Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le
Guide des premiers secours contre les gelures en 5 étapes

Sur un DPS hivernal, une main blanche et insensible ne doit jamais être banalisée ni réchauffée au hasard. Les premiers secours contre les gelures demandent une décision essentielle : protéger immédiatement la victime, puis éviter un dégel suivi d’un regel.
Les premiers secours contre les gelures consistent à mettre la victime à l’abri, rechercher une hypothermie ou une détresse associée, libérer les zones comprimées, transmettre un bilan médical et protéger les tissus. Un réchauffement local n’est entrepris que si toute nouvelle exposition au froid est exclue et selon le référentiel applicable.
Ce guide pratique s’adresse aux chefs de poste et aux responsables d’associations agréées de sécurité civile qui préparent des dispositifs prévisionnels de secours (DPS) en montagne, sur une course hivernale, un marché de Noël ou une maraude.
À retenir
- Une gelure est une lésion locale ; une hypothermie concerne l’ensemble de l’organisme. Les deux peuvent être associées.
- Il ne faut ni frotter la zone, ni percer une cloque, ni appliquer une chaleur sèche directe.
- Un membre réchauffé ne doit pas être de nouveau exposé au gel.
- Le bilan et l’avis médical précèdent tout geste qui ne relève pas du protocole de l’équipe.
Comment reconnaître une gelure sans la confondre avec une engelure ?
Une gelure est une lésion de la peau et des tissus sous-jacents provoquée par un refroidissement local intense. Une engelure est une réaction inflammatoire au froid humide, généralement rouge ou violacée et accompagnée de démangeaisons, sans congélation des tissus.
Les gelures touchent surtout les doigts, les orteils, le nez, les oreilles, les joues et les lèvres. Recherchez une exposition prolongée, des vêtements mouillés, une chaussure serrée, l’immobilité, la fatigue ou une protection insuffisante.
| Observation sur le terrain | Interprétation prudente | Action immédiate |
|---|---|---|
| Picotements, douleur, engourdissement | Atteinte débutante possible | Mettre à l’abri et examiner |
| Peau pâle, cireuse, froide ou dure | Gelure probable | Protéger, libérer les compressions et transmettre |
| Perte de sensibilité | Signe de gravité | Demander rapidement un avis médical |
| Œdème ou cloques claires | Atteinte évoluée possible | Ne pas percer ; couvrir sans serrer |
| Zone bleutée, noire ou cloques sanglantes | Atteinte profonde possible | Prise en charge médicale urgente |
La couleur initiale ne suffit pas à classer la profondeur. Le Référentiel national de premiers secours en équipe (PSE) rappelle que l’identification définitive du degré de la gelure relève du milieu hospitalier. Consultez toujours les références techniques nationales de la Sécurité civile et le protocole de votre autorité d’emploi.
Comment assurer les premiers secours contre les gelures en 5 étapes ?
Les premiers secours contre les gelures suivent cinq étapes : soustraire au froid, réaliser le bilan, supprimer les compressions, demander un avis médical, puis protéger et surveiller. Le chef d’équipe conserve une vision globale, car une détresse vitale ou une hypothermie prime sur la lésion locale.
1. Soustraire la victime au froid sans la faire marcher inutilement
Installez la victime dans un local, un véhicule ou un poste chauffé, à l’abri du vent et du sol froid. Isolez-la, retirez les vêtements mouillés si les conditions permettent de préserver son intimité, séchez-la sans friction et remplacez-les par des vêtements secs.
Limitez l’appui sur un pied atteint. Si l’évacuation impose encore un trajet dans le froid, ne commencez pas un réchauffement local qui pourrait être suivi d’un regel. Organisez plutôt l’extraction et demandez une conduite à tenir.
2. Rechercher d’abord une détresse et une hypothermie associée
Effectuez le bilan prévu par votre référentiel : conscience, respiration, circulation, plainte principale et circonstances. Recherchez notamment des frissons, une confusion, une somnolence, une maladresse ou une altération de la parole, puis appliquez la conduite à tenir adaptée.
Une gelure visible peut détourner l’attention d’une atteinte générale plus grave. Pour structurer cette évaluation, reportez-vous au guide sur l’hypothermie en DPS. Notez aussi l’heure de fin d’exposition, les zones touchées, la durée estimée du froid et les gestes déjà réalisés.
3. Libérer les zones comprimées et examiner sans traumatiser
Retirez doucement bagues, bracelets, montre, gants et objets serrés avant l’apparition d’un œdème important. Desserrez les chaussures et les bandes autoagrippantes sans arracher un vêtement collé à la peau.
Ne massez pas, ne frottez pas avec de la neige et ne manipulez pas inutilement les tissus. Comparez les deux côtés, sans multiplier les contacts, et décrivez l’étendue avec des repères anatomiques précis. Une photographie éventuelle n’est réalisée que selon les règles de votre organisation et avec une base juridique appropriée ; elle ne remplace jamais le bilan clinique.
4. Transmettre le bilan avant de décider du réchauffement local
Le bilan transmis au SAMU ou au médecin régulateur doit préciser l’âge, les circonstances, la durée d’exposition, les zones atteintes, la sensibilité, l’aspect de la peau, les cloques, les signes généraux et le risque de nouvelle exposition. Utilisez une trame commune pour ne pas oublier une information décisive ; la méthode est détaillée dans le guide pour transmettre un bilan victime en 90 secondes.
Pour une atteinte mineure, le référentiel PSE prévoit un réchauffement contre la peau du sauveteur pendant une courte durée. Pour une gelure sévère de moins de 24 heures, le référentiel n’envisage l’immersion entre 37 °C et 39 °C pendant 20 à 30 minutes que si aucune réexposition n’est possible et si une prise en charge médicalisée ne peut pas intervenir rapidement. Suivez les consignes reçues et mesurez l’eau avec un thermomètre fiable ; la victime peut ne pas sentir une brûlure.
5. Protéger, surveiller et préparer l’évacuation
Après le geste décidé, couvrez la zone avec des compresses stériles sèches, sans serrer. Placez de la gaze entre les doigts ou les orteils si le protocole le prévoit, laissez les cloques intactes et empêchez tout nouveau refroidissement.
Surveillez l’état général et réévaluez la douleur, la sensibilité, la couleur ainsi que l’apparition d’un œdème ou de cloques. Transmettez toute évolution et préparez l’évacuation avec la fiche bilan. La page de l’Assurance Maladie consacrée aux gelures confirme qu’une atteinte avec cloques ou aggravation après réchauffement justifie une évaluation urgente.
Quelles erreurs aggravent une gelure ?
Les gestes agressifs et les sources de chaleur non contrôlées aggravent les lésions. Affichez cette liste dans le lot « grand froid » et reprenez-la au briefing des équipiers :
- ne pas frotter la peau, avec les mains, un tissu ou de la neige ;
- ne pas utiliser de sèche-cheveux, radiateur, flamme, bouillotte brûlante ou chaufferette au contact direct ;
- ne pas dépasser la température prévue par le référentiel et les consignes médicales ;
- ne pas percer les cloques et ne pas appliquer de pommade de sa propre initiative ;
- ne pas donner d’alcool, car l’alcool favorise la perte de chaleur et altère l’évaluation ;
- ne pas faire marcher une victime sur un pied dégelé, sauf instruction adaptée à une situation d’isolement ;
- ne pas réchauffer localement si le regel reste possible pendant l’évacuation.
Comment préparer un DPS hivernal avant l’ouverture au public ?
Un DPS hivernal est prêt lorsque les moyens de mise à l’abri, de mesure, de protection et d’évacuation ont été vérifiés avant la prise de poste. La préparation doit aussi définir qui décide, qui transmet et où la victime sera accueillie.
Utilisez cette checklist opérationnelle :
- identifier un point chaud accessible et son responsable ;
- vérifier les couvertures, vêtements secs, serviettes et tapis isolants ;
- prévoir un thermomètre adapté si le protocole autorise un bain contrôlé ;
- contrôler les compresses stériles, la gaze et les moyens de protection ;
- tester les radios et les téléphones, puis afficher les coordonnées d’alerte ;
- repérer l’itinéraire d’évacuation qui évite une nouvelle exposition ;
- briefer l’équipe sur la différence entre gelure et hypothermie ;
- désigner la personne chargée de la fiche bilan et de la main courante ;
- tracer les contrôles du matériel et remplacer tout consommable manquant.
La vérification peut être intégrée à la composition et au contrôle du sac d’intervention secouriste. Ajoutez un scénario simple à l’exercice : un participant présente deux doigts insensibles après plusieurs heures au vent, tandis que le véhicule d’évacuation accuse un retard. L’équipe doit alors verbaliser le risque de regel avant toute action locale.
FAQ sur les gelures en premiers secours
Les questions fréquentes sur les gelures portent sur le frottement, l’immersion, les cloques et l’alerte. Les réponses suivantes restent subordonnées au référentiel PSE, au protocole de l’autorité d’emploi et aux consignes médicales.
Peut-on frotter une gelure pour rétablir la circulation ?
Non. Le frottement ajoute un traumatisme mécanique à des tissus déjà fragilisés. Mettez la victime à l’abri, protégez la zone et appliquez la conduite à tenir du référentiel PSE.
Faut-il plonger systématiquement une main gelée dans l’eau chaude ?
Non. L’immersion n’est pas systématique : elle dépend de la gravité, du délai de prise en charge et surtout de l’absence totale de risque de regel. L’équipe transmet le bilan et respecte les consignes médicales ainsi que son protocole.
Quelle température d’eau utiliser pour une gelure ?
Le référentiel PSE indique une eau tempérée entre 37 °C et 39 °C dans les conditions précises prévues pour une gelure sévère récente. Une température supérieure ou une chaleur sèche directe peut provoquer une brûlure sur une zone insensible.
Peut-on percer une cloque apparue après le réchauffement ?
Non. Un secouriste ne perce pas une cloque. Il la protège sans compression, surveille son évolution et permet une prise en charge médicale.
Quand faut-il appeler le 15 ou le 112 ?
Demandez rapidement un avis médical en cas de perte de sensibilité persistante, de cloque, de zone bleutée ou noire, d’atteinte étendue, de douleur importante, d’hypothermie associée ou de doute. Une détresse vitale impose l’alerte et les gestes de secours immédiats.
Transformer le protocole en réflexe d’équipe
Une prise en charge sûre repose moins sur un geste spectaculaire que sur une chaîne maîtrisée : mise à l’abri, bilan complet, décision encadrée, protection, surveillance et traçabilité. Avant chaque saison froide, révisez le scénario avec vos équipiers et alignez le matériel sur le référentiel de votre autorité d’emploi.
Pour appliquer ces consignes au quotidien, eBrigade permet de centraliser les disponibilités, les habilitations, les contrôles du matériel, les affectations et les comptes rendus de mission. Un responsable de DPS peut ainsi vérifier avant le départ que l’équipage formé, le lot « grand froid » et les moyens d’évacuation sont réellement disponibles.
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