Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 12 août 2026
Transmettre bilan victime aux secours en 90 secondes
Sur un poste de secours saturé, un festivalier s’effondre. Votre équipier PSE2 démarre le bilan. Combien de temps met-il à passer l’info au 15 pour déclencher les moyens adaptés ? Ce guide vous apprend à transmettre bilan victime aux secours en 90 secondes chrono, méthode utilisée par les équipes professionnelles de la Croix-Rouge, de la Protection Civile et de la Fédération Française de Sauvetage et de Secourisme (FFSS).
Transmettre bilan victime aux secours consiste à communiquer au régulateur du SAMU (15) ou du CODIS (18) une synthèse structurée de l’état de la victime en moins de 90 secondes, permettant au médecin régulateur d’engager les moyens médicaux adaptés (VSAV, SMUR, hélicoptère) sans avoir à multiplier les questions. Cette transmission normée s’appuie sur des mnémoniques codifiés (SAMPLE, MHTA) enseignés en PSE1, PSE2 et AFGSU.
Pourquoi viser 90 secondes de transmission ?
Un bilan efficace tient en 90 secondes parce qu’au-delà, le régulateur perd la ligne de son propre triage : il gère jusqu’à 200 appels par heure en période de forte activité. Chaque seconde perdue à décrire des détails non prioritaires retarde l’engagement des moyens médicaux.
Trois raisons pratiques imposent cette contrainte :
- Charge cognitive du régulateur : il mémorise mieux un message court et structuré qu’un récit chronologique.
- Multiplicité des appels simultanés : sur un dispositif prévisionnel de secours de grande ampleur, votre équipe peut avoir 3 à 5 bilans à faire remonter en parallèle.
- Réseau saturé : la bande radio TETRA ou GSM peut être partagée avec d’autres services ; libérez-la vite.
Quelles informations transmettre : la méthode SAMPLE-MHTA
La méthode combine deux mnémoniques enseignés dans le Référentiel National Compétences de Sécurité Civile (RNCSC).
SAMPLE = anamnèse de la victime :
- Signes et symptômes actuels
- Allergies connues
- Médicaments pris régulièrement
- Pathologies et antécédents
- Last meal (dernier repas et hydratation)
- Evénement déclencheur
MHTA = examen actualisé et demande :
- Motif d’appel (nature de la détresse)
- Horaire de survenue
- Traitements et gestes effectués sur place
- Action demandée aux secours
Combinés, SAMPLE et MHTA donnent au régulateur les quatre dimensions indispensables : circonstances, terrain de la victime, gestes déjà posés, besoin opérationnel exact.
Comment structurer votre message au 15 ou 18 : exemple type
Voici la séquence à respecter, testée par les équipes de la Fédération Nationale de Protection Civile sur les grands dispositifs.
- Identification (5 s) : « Ici poste de secours Alpha, festival Ville-de-X, équipier PSE2 »
- Motif et gravité (10 s) : « Homme 45 ans, malaise avec perte de connaissance brève »
- Constantes (20 s) : « Conscient GCS 15, ventilation 18/min ample, pouls radial 110 régulier, saturation 96 % air ambiant, TA 100/60 »
- Anamnèse SAMPLE (25 s) : « Antécédents cardiaques connus, traité Kardegic, allergique pénicilline, dernier repas midi »
- Gestes réalisés (15 s) : « Position latérale de sécurité puis demi-assis, DSA posé sans choc conseillé, oxygène 6 L/min au masque haute concentration »
- Demande explicite (10 s) : « Nous demandons VSAV pour évacuation médicalisée, présence médecin souhaitée »
- Coordonnées de retour (5 s) : « Point de rendez-vous entrée artistes, canal radio 3 réservé »
Total : 90 secondes. Le régulateur pose ensuite ses questions ciblées ou déclenche directement les moyens.
Quelles erreurs éviter lors de la transmission ?
Ces cinq erreurs allongent votre bilan de 30 à 60 secondes inutiles :
- Raconter l’histoire chronologique avant les constantes vitales : le régulateur veut d’abord évaluer la gravité.
- Multiplier les qualificatifs flous — « un peu pâle », « assez essoufflé » — au lieu de chiffres mesurés.
- Oublier votre identification : le régulateur doit savoir avec qui il parle, où et sous quelle autorité.
- Interrompre le régulateur pendant sa reformulation (attendez le « collationnement » avant de compléter).
- Négliger la demande explicite : dire « je ne sais pas quoi faire » oblige le régulateur à deviner et retarde l’engagement.
Comment tracer et archiver le bilan transmis ?
Chaque bilan transmis doit être horodaté et conservé pour trois raisons : médico-légale (responsabilité de l’équipe), qualité (retour d’expérience) et statistique (rapport annuel à la préfecture pour maintien d’agrément).
La fiche bilan victime papier reste acceptable, mais génère des délais de saisie et des risques de perte. Les outils numériques dédiés — comme la fiche bilan victime dématérialisée — remontent automatiquement les données à la main courante du poste de secours, horodatent chaque geste et facilitent la restitution au médecin régulateur en fin d’intervention.
Pour les chefs de dispositif SSIAP en ERP, la traçabilité de la main courante suit exactement la même logique : consigner qui a fait quoi, quand, avec quel résultat.
Comment s’entraîner à la transmission avec votre équipe ?
L’entraînement à la transmission de bilan doit être un rituel mensuel, pas un exercice annuel. Trois formats simples fonctionnent en association comme en centre de secours :
- Exercice sec de 15 minutes : deux équipiers, un scénario tiré au sort, chrono en main.
- Debrief croisé : chaque équipier joue à tour de rôle régulateur, victime et secouriste transmetteur.
- Enregistrement audio : réécouter sa propre transmission fait progresser plus vite qu’un cours théorique.
Documentez ces séances dans votre registre de formation continue — c’est un critère apprécié lors du renouvellement d’agrément préfectoral de sécurité civile et lors d’un audit qualité PSE.
À retenir
- Objectif : 90 secondes pour un bilan complet et immédiatement exploitable.
- Méthode : SAMPLE + MHTA, dans l’ordre identification → gravité → constantes → anamnèse → gestes → demande.
- Chiffres précis toujours préférés aux qualificatifs flous.
- Traçabilité systématique : sans horodatage, pas de valeur médico-légale.
- Entraînement mensuel avec chrono et enregistrement audio.
FAQ
Faut-il transmettre au 15 ou au 18 ?
Au 15 (SAMU) pour toute détresse médicale ou traumatique. Au 18 (pompiers) si vous êtes déjà en contact opérationnel avec le CODIS via une convention, ou si la situation combine secours à personne et danger d’incendie ou routier. Le 112 fonctionne partout en Europe et bascule vers l’un des deux.
Un secouriste PSE1 peut-il transmettre un bilan seul ?
Oui. Le Référentiel National Compétences de Sécurité Civile autorise le PSE1 à réaliser et transmettre un bilan, à condition qu’un PSE2 ou un chef d’équipe supervise. Sur un poste isolé, le PSE1 transmet seul et rend compte ensuite au chef de dispositif.
Que faire si le régulateur ne répond pas ?
Rappelez immédiatement — le 15 basculera vers un régulateur libre. En parallèle, alertez le chef de dispositif et vérifiez la couverture réseau. Sur un DPS, prévoyez toujours un moyen radio de secours (VHF associative + GSM).
La transmission écrite remplace-t-elle la transmission orale ?
Non. La fiche bilan écrite complète la transmission orale mais ne s’y substitue jamais : le régulateur a besoin de la voix pour évaluer l’urgence (ton, débit et respiration du transmetteur reflètent le stress réel de la scène).
Combien de temps conserver les bilans transmis ?
20 ans minimum, conformément à la réglementation sur les dossiers médicaux (article R1112-7 du Code de la santé publique). Les associations agréées de sécurité civile appliquent cette même durée par précaution médico-légale.
Piloter la chaîne de bilan sur eBrigade
Passer de 3 minutes à 90 secondes de transmission n’est pas une question de talent, mais d’outillage et d’entraînement régulier. eBrigade centralise la fiche bilan victime, la main courante et le suivi des équipiers PSE sur une même plateforme utilisée par la FFSS, la Croix Blanche et la Protection Civile (ebrigade.app). Les bilans sont horodatés, transmissibles hors ligne et exportables pour le rapport préfectoral en fin de dispositif. Découvrez comment structurer votre organisation de secours et libérez vos équipiers pour ce qui compte : les 90 secondes qui sauvent.
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