Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 1 septembre 2026
Comment gérer un arrêt cardiaque au travail en 4 étapes clés

En France, l’arrêt cardiaque est la première cause de mortalité subite chez l’adulte, avec plusieurs dizaines de milliers de cas annuels selon la Fédération française de cardiologie (2024). Une part significative survient sur le lieu de travail, et chaque minute perdue sans réanimation réduit les chances de survie d’environ 10 %.
Un arrêt cardiaque au travail désigne l’interruption brutale de l’activité cardiaque d’un salarié sur son poste, entraînant une perte de conscience et l’arrêt de la respiration normale. La procédure premiers secours associe reconnaissance immédiate, alerte des secours (15 ou 18), massage cardiaque externe et défibrillation par DAE dans les cinq premières minutes.
Ce guide destiné aux coordinateurs SST, DRH et responsables sécurité détaille la chaîne de survie applicable en entreprise, les 4 étapes concrètes à enseigner à vos équipes, et les obligations réglementaires à respecter en 2026.
Reconnaître un arrêt cardiaque : quels signes en 10 secondes ?
Un arrêt cardiaque au travail se reconnaît en moins de 10 secondes à trois signes cumulatifs : la victime ne répond pas, ne bouge pas, et ne respire pas normalement. Ce trio suffit à déclencher la chaîne de survie, sans avoir besoin de rechercher le pouls (geste retiré des recommandations grand public depuis 2010).
Le protocole officiel combine trois vérifications rapides :
- Vérifier la conscience : parler à la victime, lui tapoter les épaules (“Ça va ? M’entendez-vous ?”).
- Libérer les voies aériennes : basculer prudemment la tête en arrière, soulever le menton.
- Observer la respiration pendant 10 secondes maximum : regarder si le thorax se soulève, écouter, sentir un souffle sur la joue.
Attention aux gasps agoniques : ces respirations bruyantes, lentes et irrégulières trompent souvent les témoins. Elles signent un arrêt cardiaque. Considérez toute respiration anormale comme une absence de respiration et enchaînez immédiatement l’alerte et le massage.
Comment alerter les secours en cas d’arrêt cardiaque ?
Dès la reconnaissance confirmée, désignez nommément une personne présente (“Vous, en veste bleue”) et faites-la appeler le 15 (SAMU) ou le 18 (sapeurs-pompiers) — le 112 fonctionne aussi depuis un mobile. Le message doit être bref, structuré et complet :
- Nature du problème : “Arrêt cardiaque suspecté, victime inconsciente ne respirant plus.”
- Adresse précise : nom de l’entreprise, étage, bâtiment, code d’accès, point de rendez-vous.
- Nombre de victimes et âge approximatif.
- Gestes en cours : “RCP démarrée, DAE en route.”
- Ne raccrochez jamais avant l’accord du régulateur : il guide à distance jusqu’à l’arrivée de l’équipe SMUR.
En parallèle, envoyez un second collaborateur chercher le défibrillateur automatisé externe (DAE). Sans DAE sur site, le régulateur du SAMU indique par géolocalisation l’emplacement du plus proche accessible 24/7 (mairie, ERP, pharmacie).
Prévoyez également un troisième témoin pour guider les secours depuis l’entrée du site — un accès mal signalé peut coûter plusieurs minutes précieuses.
Massage cardiaque externe : la technique de référence
Le massage cardiaque externe (MCE) maintient la circulation sanguine jusqu’à l’arrivée du DAE et des secours. Selon les recommandations European Resuscitation Council 2025, la technique est standardisée pour l’adulte :
- Fréquence : 100 à 120 compressions par minute (rythme de “Staying Alive” des Bee Gees, très utile mnémonique).
- Profondeur : 5 à 6 cm.
- Position : talon d’une main au milieu de la poitrine (moitié inférieure du sternum), l’autre main par-dessus, coudes verrouillés, bras tendus, épaules à la verticale.
- Relâchement complet entre chaque compression, sans décoller les mains.
- Ratio : 30 compressions / 2 insufflations si secouriste formé, sinon compressions continues sans bouche-à-bouche.
Relayez-vous toutes les 2 minutes entre secouristes formés : la qualité du MCE chute rapidement avec la fatigue, même chez un secouriste entraîné. Un témoin non formé peut aussi pratiquer un massage seul (compressions uniquement) — c’est infiniment mieux que ne rien faire.
Pour approfondir les gestes réglementaires du sauveteur secouriste du travail, consultez notre guide des actions clés du SST en entreprise.
Utiliser un DAE : mode d’emploi en 5 minutes
Le défibrillateur automatisé externe (DAE) analyse le rythme cardiaque et délivre un choc électrique uniquement si nécessaire. Aucune formation préalable n’est requise — l’appareil guide chaque utilisateur par voix synthétique claire.
Procédure d’utilisation :
- Allumez le DAE dès son arrivée : suivez les instructions vocales.
- Dénudez le torse de la victime, séchez la peau si mouillée, rasez brièvement si très poilu (rasoir fourni dans la mallette).
- Collez les électrodes aux emplacements schématisés (sous la clavicule droite et sous l’aisselle gauche).
- Écartez tout contact avec la victime pendant l’analyse et le choc éventuel (“Personne ne touche la victime !”).
- Reprenez immédiatement le MCE après le choc, sans attendre : le DAE réanalyse toutes les 2 minutes.
Le DAE est obligatoire dans les ERP de catégories 1 à 4 depuis le décret n° 2018-1186 et fortement recommandé au-delà de 250 salariés en entreprise. Vérifiez les obligations défibrillateur entreprise 2026 applicables à votre structure.
Quelles obligations pour l’employeur en 2026 ?
L’employeur doit garantir la présence de secouristes formés et de matériel de premiers secours accessible sur chaque site. Les obligations réglementaires 2026 se concentrent sur cinq points :
- Un SST minimum par section homogène de 20 salariés dans les ateliers présentant des risques particuliers (article R4224-15 du Code du travail).
- Trousse de secours contrôlée périodiquement et adaptée aux risques identifiés dans le DUERP.
- DAE obligatoire dans les ERP de catégories 1 à 4 (décret n° 2018-1186) ; contrôle annuel de maintenance obligatoire.
- Registre des accidents bénins tenu à jour et disponible pour l’inspection du travail.
- Maintien et actualisation des compétences (MAC SST) tous les 24 mois pour chaque secouriste, avec traçabilité archivée.
Le suivi des sauveteurs secouristes du travail est un enjeu de conformité stratégique : un SST dont le MAC a expiré n’est plus reconnu comme SST au sens du Code du travail et n’entre plus dans le ratio légal.
À retenir : la chaîne de survie en entreprise
- Reconnaissance en 10 secondes : inconscience + arrêt respiratoire = arrêt cardiaque.
- Chaîne de survie : alerter (15/18) → masser (100-120/min) → défibriller.
- DAE : à moins de 3 minutes à pied de chaque poste de travail dans l’idéal.
- Formation SST : recyclage MAC tous les 24 mois, sinon perte de la reconnaissance légale.
- Traçabilité : registre à jour, DAE contrôlé annuellement, DUERP mis à jour.
FAQ – Arrêt cardiaque au travail
Combien de temps a-t-on pour agir face à un arrêt cardiaque ?
Chaque minute perdue sans réanimation réduit les chances de survie d’environ 10 %. Au-delà de 4 à 6 minutes sans oxygénation cérébrale, les lésions neurologiques deviennent irréversibles. L’intervention des premiers témoins dans les trois premières minutes multiplie par 2 à 3 les chances de survie de la victime d’un arrêt cardiaque au travail.
Un salarié non formé peut-il utiliser le DAE ?
Oui. La loi n° 2018-527 autorise toute personne, formée ou non, à utiliser un défibrillateur automatisé externe en cas d’arrêt cardiaque. L’appareil est conçu pour guider vocalement l’utilisateur et ne délivre un choc que si le rythme cardiaque le nécessite. Aucun risque de choc inapproprié n’existe pour la victime.
Peut-on faire un massage cardiaque sans bouche-à-bouche ?
Oui. Les recommandations 2025 de l’European Resuscitation Council valident le massage cardiaque seul (compressions continues) pour les secouristes non formés, en cas de risque infectieux, ou lorsque le bouche-à-bouche est refusé. La qualité et la continuité des compressions priment sur les insufflations.
Faut-il déplacer la victime avant l’arrivée des secours ?
Non. Sauf danger immédiat pour la victime ou le secouriste (incendie, effondrement, électrocution en cours), la personne en arrêt cardiaque doit rester sur place. La déplacer interrompt le massage cardiaque, dégrade son efficacité et retarde la défibrillation, réduisant sensiblement les chances de survie.
Combien de SST dois-je former dans mon entreprise ?
La réglementation impose un SST par section homogène de 20 salariés dans les ateliers présentant des risques particuliers. Au-delà, la CNAM recommande 10 à 15 % de l’effectif formé. Un ratio adapté au DUERP, aux horaires et aux sites multiples permet de couvrir chaque poste — y compris nuits, week-ends et sites isolés.
Que faire si aucun DAE n’est disponible sur site ?
Poursuivez le massage cardiaque externe sans interruption jusqu’à l’arrivée des secours, en relayant les secouristes toutes les 2 minutes. Le régulateur du SAMU peut aussi mobiliser un DAE d’un voisin ou d’un ERP proche. Un massage bien conduit sans DAE reste efficace : il double les chances de survie par rapport à l’absence de RCP.
Structurer votre organisation SST avec un outil dédié
Piloter les habilitations SST, la validité des recyclages MAC, les contrôles DAE et la traçabilité des interventions demande un système fiable. Un tableur Excel montre vite ses limites dès que l’effectif dépasse quelques dizaines de salariés répartis sur plusieurs sites, avec le risque d’un SST expiré non détecté à l’inspection.
eBrigade (ebrigade.app) centralise le suivi des habilitations SST, planifie automatiquement les recyclages avant expiration, enregistre les interventions dans une main courante numérique horodatée et alerte les responsables en cas de manquement de conformité. Cet ERP est déjà utilisé par des SDIS, des associations agréées de sécurité civile, des collectivités et des grandes entreprises pour sécuriser leur dispositif premiers secours au quotidien.
Gérez vos équipes terrain avec eBrigade
Planning, formations, habilitations, pointage — tout en un.
Demander une démo gratuite