Par Camille · Rédactrice eBrigade · Publié le 14 septembre 2026
Guide hypothermie en DPS : 5 réflexes pour secouristes
Une pluie froide, une attente prolongée au sol ou une immersion peuvent transformer un malaise apparemment stable en urgence grave. Pour un chef de dispositif ou un responsable associatif, anticiper l’hypothermie en DPS évite les improvisations lorsque les conditions se dégradent.
L’hypothermie en DPS désigne une baisse involontaire de la température corporelle sous 35 °C pendant ou après un dispositif prévisionnel de secours. La prise en charge consiste à soustraire la victime au froid, limiter les pertes thermiques, évaluer les fonctions vitales, transmettre rapidement le bilan et appliquer le réchauffement prévu par les référentiels PSE.
Ce guide s’adresse aux encadrants et équipiers formés aux Premiers secours en équipe (PSE). Il complète la préparation opérationnelle, sans remplacer la formation, les procédures de l’autorité d’emploi ni les consignes du médecin régulateur.
1. Comment prévenir l’hypothermie avant l’ouverture du DPS ?
La prévention de l’hypothermie en DPS commence par l’analyse du site, de la météo, de la durée d’exposition et des publics vulnérables. Le risque ne dépend pas seulement d’une température négative : le vent, l’humidité, le contact avec le sol et l’immobilité accélèrent aussi les pertes de chaleur.
Lors de la reconnaissance préalable, le chef de dispositif doit identifier :
- les zones exposées au vent, à la pluie ou aux projections d’eau ;
- les sols froids sur lesquels une victime pourrait attendre ;
- la distance entre le poste, le point chaud et l’accès des ambulances ;
- les activités impliquant immersion, transpiration ou vêtements mouillés ;
- les publics plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées ou fatiguées ;
- la possibilité de remplacer rapidement un équipier frigorifié.
Prévoyez un point chaud réellement accessible, et pas seulement une tente non chauffée. Vérifiez l’éclairage, la ventilation, l’alimentation électrique, la protection contre l’incendie et l’itinéraire d’évacuation. Tout chauffage doit être utilisé selon sa notice et dans un espace compatible afin d’éviter brûlure, incendie ou intoxication au monoxyde de carbone.
Cette analyse complète la préparation générale d’un dispositif prévisionnel de secours. Elle doit apparaître au briefing avec un seuil clair de remontée d’information : vêtements trempés, frissons persistants, confusion ou difficulté à marcher.
2. Quels signes permettent de reconnaître une hypothermie ?
Une victime froide qui frissonne intensément peut présenter une hypothermie légère ; la disparition des frissons associée à une confusion, une somnolence ou un ralentissement respiratoire constitue un signe de gravité. L’absence de frissons ne signifie donc pas que la victime va mieux.
Les Références techniques nationales de Premiers secours en équipe publiées en juillet 2026 définissent l’hypothermie accidentelle comme une température corporelle inférieure à 35 °C. Elles distinguent les tableaux suivants :
| Niveau indicatif | Température centrale | Signes à rechercher |
|---|---|---|
| Légère | 35 à 32 °C | conscience conservée, frissons permanents, peau froide, ventilation et fréquence cardiaque rapides |
| Modérée | 32 à 28 °C | confusion, délire, troubles progressifs de la conscience, ralentissement respiratoire et cardiaque, disparition des frissons |
| Sévère | 28 à 24 °C | perte de connaissance, respiration et pouls lents, pouls difficile à percevoir, rigidité importante |
| Grave | moins de 24 °C | apparence d’arrêt cardiaque, nécessitant la conduite PSE correspondante |
Ces seuils orientent l’évaluation, mais la température mesurée ne doit jamais retarder les gestes urgents. Sur le terrain, un thermomètre ordinaire peut aussi être incapable d’afficher une température très basse. L’équipier doit corréler la mesure disponible avec le contexte et les signes cliniques.
Le bilan recherche en priorité :
- les circonstances et la durée d’exposition ;
- la conscience et l’évolution du comportement ;
- la qualité et la fréquence de la respiration ;
- le pouls selon le niveau de formation et le référentiel applicable ;
- les frissons, la couleur et la température de la peau ;
- une immersion, une hémorragie, un traumatisme ou une intoxication associés.
3. Comment prendre en charge une hypothermie en DPS ?
La prise en charge d’une hypothermie en DPS suit cinq actions : protéger, évaluer, alerter, isoler puis surveiller. Une victime présentant une hypothermie modérée ou sévère doit être allongée et mobilisée avec une grande précaution, car une manipulation brusque peut favoriser une aggravation brutale.
Étape 1 : soustraire la victime au froid
Mettez la victime à l’abri du vent et de l’humidité, dans un point chaud, un véhicule ou une ambulance adaptés. Isolez-la du sol avec un tapis, une couverture ou un brancard. Une couverture placée uniquement au-dessus ne supprime pas les pertes thermiques par contact avec un sol froid.
Étape 2 : réaliser le bilan sans délai
Contrôlez les fonctions vitales conformément au référentiel PSE et mesurez la température si le matériel le permet. Chez une victime très froide, la respiration et le pouls peuvent être particulièrement lents et difficiles à détecter. Les références PSE demandent aux secouristes formés de rechercher les signes de vie pendant au moins une minute en cas d’hypothermie sévère suspectée.
Étape 3 : transmettre et demander un avis médical
Transmettez rapidement au médecin régulateur ou à la chaîne de commandement : âge, circonstances, durée d’exposition, température mesurée et méthode utilisée, état de conscience, ventilation, pouls, présence ou absence de frissons, gestes réalisés et évolution. En accès direct aux secours publics, les numéros sont le 15, le 18 ou le 112 selon la situation.
Une transmission structurée peut s’appuyer sur les principes du bilan victime communiqué aux secours.
Étape 4 : limiter les pertes et réchauffer selon le protocole
Retirez les vêtements mouillés dans un espace protégé, sans exposer inutilement la victime. Séchez-la, remplacez les vêtements humides et enveloppez aussi la tête, les mains et les pieds. Si le déshabillage impose une mobilisation pénible ou douloureuse, les références PSE prévoient de couper les vêtements.
Pour une victime consciente avec hypothermie légère et frissons intenses, le référentiel distingue un réchauffement passif. En l’absence de frissons et devant une hypothermie modérée ou sévère, le réchauffement actif relève des moyens, compétences et consignes prévus par le dispositif.
Une chaufferette ou une bouillotte ne doit jamais toucher directement la peau. Interposez une épaisseur de tissu et contrôlez régulièrement la zone afin de prévenir une brûlure. Ne frictionnez pas la victime et n’improvisez pas un réchauffement brutal.
Étape 5 : surveiller jusqu’au relais
Réévaluez régulièrement la conscience, la respiration, la circulation, les frissons, la température et l’efficacité des protections. Notez chaque horaire significatif : découverte, bilan, alerte, mise au chaud, mesures, aggravation et départ. Toute détérioration impose une nouvelle transmission.
4. Quelle checklist préparer dans le poste de secours ?
Une checklist hypothermie doit associer matériel thermique, moyens de bilan, organisation des relèves et traçabilité. Le responsable du DPS vérifie les quantités avant l’événement et confirme leur disponibilité à chaque relève.
Matériel à contrôler
- couvertures textiles et couvertures isothermes en nombre adapté ;
- tapis isolants ou moyens permettant de séparer la victime du sol ;
- draps, serviettes et vêtements secs ;
- paravent ou abri contre le vent et la pluie ;
- thermomètre adapté, avec piles et consommables ;
- dispositifs de réchauffement autorisés par l’autorité d’emploi ;
- protections textiles à interposer sous les sources de chaleur ;
- brancard et moyens d’évacuation immédiatement accessibles ;
- fiches bilan, radio ou téléphone opérationnel.
Intégrez ces éléments à l’inventaire du matériel d’un DPS : quantité minimale, emplacement, date de contrôle, responsable et anomalie constatée. Une couverture présente dans un véhicule fermé ou une chaufferette périmée ne constitue pas une ressource disponible.
Organisation à tester au briefing
- Qui ouvre et équipe le point chaud ?
- Qui transmet le bilan et sur quel canal ?
- Quel équipage assure l’évacuation ?
- Qui remplace un secouriste mouillé ou refroidi ?
- Où consigner les contrôles et les décisions ?
Un exercice de cinq minutes avant l’ouverture permet de vérifier que chacun connaît le matériel et l’itinéraire. La préparation de l’équipe peut aussi être intégrée au briefing opérationnel des secouristes en DPS.
5. Comment tracer l’intervention et améliorer le DPS suivant ?
La traçabilité d’une hypothermie en DPS doit restituer les faits, les horaires, les constantes, les gestes et les décisions sans interprétation inutile. Le compte rendu sert à assurer la continuité des secours et à corriger les faiblesses du dispositif.
Après l’intervention, vérifiez quatre points :
- le risque de froid avait-il été identifié dans la préparation ?
- le point chaud était-il utilisable immédiatement ?
- le matériel était-il complet et accessible ?
- la transmission et l’évacuation ont-elles subi un retard évitable ?
Conservez les informations de santé uniquement dans les supports autorisés, avec les accès et durées de conservation prévus par votre organisation. Dans la main courante opérationnelle, inscrivez les événements utiles à la coordination sans recopier plus de données médicales que nécessaire.
À retenir
- Une hypothermie peut survenir sans température négative, notamment avec le vent, la pluie, l’immersion ou l’immobilité.
- La disparition des frissons accompagnée de confusion ou de somnolence est un signe d’aggravation.
- Isolez la victime du sol autant que du vent et de l’humidité.
- Mobilisez très prudemment une victime en hypothermie modérée ou sévère.
- Transmettez tôt le bilan et appliquez les consignes du référentiel PSE et du médecin régulateur.
Questions fréquentes sur l’hypothermie en DPS
À partir de quelle température parle-t-on d’hypothermie ?
L’hypothermie accidentelle correspond à une température corporelle inférieure à 35 °C. Une mesure normale ou imprécise n’exclut toutefois pas le risque lorsque la victime présente des signes évocateurs après une exposition au froid.
Une couverture de survie suffit-elle pour réchauffer une victime ?
Non. Une couverture isotherme contribue à limiter les échanges thermiques, mais la victime doit aussi être isolée du sol, protégée du vent et débarrassée avec précaution de ses vêtements mouillés dans un espace abrité.
Pourquoi l’arrêt des frissons est-il inquiétant ?
Chez une victime toujours exposée au froid, l’arrêt des frissons peut traduire l’épuisement des mécanismes de défense de l’organisme. Associé à une confusion, une somnolence ou un ralentissement respiratoire, ce signe impose une prise en charge urgente.
Peut-on faire marcher une victime hypotherme ?
Une victime présentant des troubles de conscience, une absence de frissons ou des signes de gravité ne doit pas être mobilisée inutilement. Pour une hypothermie légère, toute mobilisation éventuelle doit respecter le référentiel, les compétences de l’équipe et les consignes reçues.
Une hypothermie est-elle possible pendant un événement estival ?
Oui. Une immersion, des vêtements trempés, un vent soutenu, une nuit fraîche, une immobilisation prolongée, une hémorragie ou un traumatisme grave peuvent entraîner ou aggraver une hypothermie même en dehors de l’hiver.
Transformer la procédure en réflexe collectif
Une réponse efficace repose sur trois éléments : un risque anticipé, une équipe briefée et des moyens immédiatement disponibles. Pour un directeur d’association agréée de sécurité civile, l’enjeu est donc autant organisationnel que technique.
eBrigade permet de centraliser le planning des équipiers, le suivi des compétences, l’inventaire du matériel, les consignes du dispositif et la traçabilité opérationnelle. Utilisé en amont du DPS, l’outil aide à attribuer les contrôles, signaler un manque et conserver un retour d’expérience exploitable avant la mission suivante.
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