Par Thomas Bernard · Expert BTP & équipes terrain · Publié le
Fracture du poignet au travail : droits et démarches SST
Une fracture du poignet au travail figure parmi les lésions professionnelles les plus fréquentes au Québec. Chute de plain-pied, glissade sur sol mouillé, choc avec une machine ou effort excessif lors d’une manutention : les circonstances sont nombreuses et les conséquences, souvent lourdes. Ce guide pratique explique ce qu’il faut faire en cas de fracture du poignet au travail, comment déclarer l’accident à la CNESST, quels sont vos droits à l’indemnisation et comment organiser un retour au travail sécuritaire. Il s’adresse autant aux travailleurs qu’aux employeurs qui doivent accompagner un employé blessé et respecter leurs obligations en santé et sécurité du travail.
Comprendre la blessure
Le poignet est composé de huit petits os (le carpe), de l’extrémité du radius et du cubitus. La fracture la plus courante touche l’extrémité distale du radius, souvent après une chute sur la main tendue. On distingue :
- La fracture simple, sans déplacement, traitée par immobilisation plâtrée pendant quatre à six semaines ;
- La fracture déplacée, qui exige une réduction, parfois une chirurgie avec vis ou plaque ;
- La fracture du scaphoïde, discrète à la radiographie initiale et à surveiller sous peine de pseudarthrose.
Un diagnostic rapide est essentiel : une consolidation incorrecte peut entraîner raideurs, douleurs chroniques et perte de force préhensile durable.
Les gestes à poser immédiatement
Lorsqu’un accident survient, les premières minutes conditionnent la suite du dossier médical et administratif.
- Sécuriser la zone pour éviter un deuxième accident.
- Immobiliser le poignet avec une attelle improvisée ou un bandage, sans réaligner soi-même.
- Appliquer du froid par intermittence pour limiter l’œdème.
- Consulter un professionnel de la santé sans tarder, idéalement à l’urgence ou en clinique.
- Obtenir une Attestation médicale CNESST, document indispensable pour ouvrir un dossier.
La personne blessée doit également aviser son employeur dès que possible, même si elle quitte le lieu de travail en ambulance.
Déclarer l’accident à la CNESST
Au Québec, tout accident du travail doit être signalé pour que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) prenne en charge le dossier.
Obligations du travailleur
- Remettre à l’employeur l’attestation médicale.
- Compléter, au besoin, le formulaire Réclamation du travailleur (ADR‑1).
- Conserver toutes les preuves : courriels, témoignages, photos de la scène, rapports internes.
Obligations de l’employeur
- Verser l’intégralité du salaire pour la journée de l’accident.
- Payer les 14 premiers jours à 90 % du salaire net.
- Remplir l’Avis de l’employeur et demande de remboursement (ADR‑6) et le transmettre à la CNESST.
- Collaborer à la réintégration en proposant une assignation temporaire conforme à l’avis du médecin traitant.
Les délais sont stricts : la réclamation doit être produite dans les six mois suivant la lésion.
Indemnités et prestations
Après la 14ᵉ journée, la CNESST verse une indemnité de remplacement du revenu équivalente à 90 % du revenu net assurable, jusqu’à la consolidation. Selon la gravité, d’autres prestations peuvent s’ajouter :
| Prestation | Objet | Déclencheur |
|---|---|---|
| Indemnité pour préjudice corporel | Compenser une atteinte permanente | Séquelles permanentes évaluées |
| Remboursement de frais | Déplacements, orthèses, médicaments | Lien direct avec la lésion |
| Réadaptation | Physiothérapie, ergothérapie, formation | Prescription médicale |
| Indemnité de décès | Famille du travailleur | Si décès lié à l’accident |
Un dossier bien documenté facilite l’acceptation : rapports médicaux, imagerie, suivis de physiothérapie et notes de l’équipe traitante doivent être conservés.
Prévenir les récidives et les contestations
Un refus initial de la CNESST peut être contesté par une demande de révision administrative dans les 30 jours. En cas de nouveau refus, le dossier peut aller devant le Tribunal administratif du travail. Pour renforcer la position du travailleur :
- Faire valider le lien de causalité par le médecin de famille ;
- Demander un avis au Bureau d’évaluation médicale si l’employeur conteste ;
- Se faire accompagner par un syndicat, un conseiller en SST ou un avocat spécialisé.
Côté employeur, documenter l’enquête interne et appliquer rapidement les mesures correctives (antidérapant, formation, EPI adaptés) réduit à la fois le risque de récidive et la cotisation future auprès de la CNESST.
Le retour au travail
La reprise doit être progressive. Le médecin traitant peut autoriser une assignation temporaire compatible avec les capacités résiduelles du poignet : tâches à une main, poste administratif, horaire allégé. Un ergothérapeute évalue les gestes à risque et propose des adaptations : clavier ergonomique, outils à poignée élargie, aides mécaniques pour la manutention.
Avant la reprise définitive, un plan individualisé de réadaptation (PIR) peut être mis en place avec la CNESST. Il couvre la réadaptation physique, sociale et professionnelle, incluant au besoin la formation vers un nouvel emploi si le poste initial n’est plus réaliste.
À retenir
Une fracture du poignet survenue au travail ouvre des droits concrets : prise en charge médicale, indemnité de remplacement du revenu, réadaptation et parfois reconversion. La clé réside dans la rapidité des démarches, la précision des documents médicaux et la bonne communication entre travailleur, employeur et CNESST. En combinant prévention des chutes, formation à la manutention sécuritaire et aménagements ergonomiques, les milieux de travail québécois peuvent réduire significativement l’incidence de cette blessure invalidante.
Gérez vos équipes terrain avec eBrigade
Planning, formations, habilitations, pointage — tout en un.
Demander une démo gratuite