Par Julie · Rédactrice eBrigade · Publié le 24 août 2026

Brûlure grave au travail : guide complet des premiers gestes, droits et démarches

Une brûlure grave au travail peut survenir en quelques secondes : contact avec une plaque chauffante, projection chimique, arc électrique, vapeur sous pression. La rapidité de la réaction — dans la minute qui suit — conditionne à la fois la survie des tissus et l’ampleur des séquelles. Ce guide rassemble ce que chaque salarié, chaque manager et chaque référent sécurité doit savoir face à une brûlure grave au travail : reconnaître la gravité, appliquer les bons gestes, déclarer correctement l’accident et faire valoir ses droits d’indemnisation.

Reconnaître une brûlure grave au travail

Toutes les brûlures ne se valent pas. On distingue trois degrés :

  • 1er degré : rougeur simple, type coup de soleil. Douloureuse mais superficielle.
  • 2e degré superficiel : cloques (phlyctènes) sur peau rouge, très douloureuses.
  • 2e degré profond et 3e degré : peau blanche, cartonnée, brune ou noire. Peu ou pas douloureuse car les terminaisons nerveuses sont détruites.

Une brûlure est considérée comme grave dès qu’un des critères suivants est réuni :

  • surface atteinte supérieure à la paume de la main de la victime (≈ 1 % de la surface corporelle) ;
  • localisation à risque : visage, mains, pieds, articulations, organes génitaux, voies respiratoires ;
  • brûlure circulaire (autour d’un membre, du thorax) ;
  • brûlure électrique ou chimique, même d’apparence limitée ;
  • victime fragile (enfant, personne âgée, femme enceinte, pathologie chronique).

Les premiers gestes en cas de brûlure grave au travail

1. Sécuriser la scène

Coupez la source : électricité au disjoncteur, arrivée de vapeur, robinet d’eau chaude, flamme. N’approchez jamais une victime en contact avec un conducteur électrique sans avoir coupé l’alimentation. Éloignez les curieux et dégagez l’accès pour les secours.

2. Refroidir immédiatement

Appliquez la règle des « 15-15-15 » : eau à 15 °C, pendant 15 minutes, à 15 cm de la peau. L’eau doit être tempérée, jamais glacée (risque d’hypothermie et de vasoconstriction aggravante). Retirez vêtements et bijoux sauf s’ils adhèrent à la peau — dans ce cas, laissez-les en place et arrosez par-dessus.

Pour une brûlure chimique, rincez abondamment à l’eau tiède pendant au moins 20 minutes, en éloignant l’écoulement des zones saines. Certaines fiches de données de sécurité prévoient des solutions spécifiques (type Diphotérine) : suivez le protocole affiché sur le poste.

3. Alerter les secours

Appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Précisez :

  • localisation exacte (adresse, étage, atelier) ;
  • nature de la brûlure (thermique, chimique, électrique) ;
  • surface et localisation estimées ;
  • état de conscience et de respiration de la victime.

Ne raccrochez qu’à la demande du régulateur.

4. Protéger en attendant

Couvrez la zone brûlée d’un linge propre, non pelucheux, non adhérent (type champ stérile ou drap repassé). Couvrez la victime pour éviter l’hypothermie. Ne percez jamais les cloques, n’appliquez ni pommade, ni beurre, ni dentifrice, ni glace.

Ce qu’il ne faut surtout pas faire

  • Retirer un vêtement collé à la peau.
  • Utiliser de la glace ou de l’eau glacée.
  • Appliquer un corps gras, une pommade, un désinfectant coloré.
  • Faire boire la victime.
  • Déplacer une victime électrisée sans avoir coupé le courant.

Déclarer l’accident du travail : les étapes obligatoires

Une brûlure grave au travail relève du régime des accidents du travail (AT). Les démarches sont encadrées par le Code de la Sécurité sociale.

Côté salarié

  1. Informer l’employeur dans un délai de 24 heures, sauf cas de force majeure (hospitalisation). Un SMS, un mail ou un appel horodaté fait foi.
  2. Consulter un médecin (urgences, médecin traitant, service de santé au travail) qui établit un certificat médical initial (CMI) décrivant les lésions et la durée prévisible des soins.
  3. Transmettre les volets 1 et 2 du CMI à la CPAM, conserver le volet 3, remettre le volet 4 (arrêt de travail) à l’employeur.

Côté employeur

L’employeur dispose de 48 heures (hors dimanches et jours fériés) pour adresser à la CPAM la déclaration d’accident du travail (DAT), formulaire Cerfa 14463*03, désormais dématérialisé via net-entreprises.fr. Il remet au salarié la feuille d’accident du travail (S6201) qui permet la gratuité des soins liés à la brûlure (tiers payant intégral, exonération du ticket modérateur).

En cas de désaccord, l’employeur peut émettre des réserves motivées dans les 10 jours ; la CPAM instruit alors le dossier contradictoirement.

Prise en charge médicale et indemnités

Soins remboursés à 100 %

Tous les soins en lien avec la brûlure grave au travail — consultations, hospitalisation, greffes, pansements, kinésithérapie, orthèses, soutien psychologique — sont pris en charge à 100 % du tarif conventionnel sur la base de la feuille d’accident.

Indemnités journalières (IJ)

Le salarié en arrêt perçoit des IJ de la Sécurité sociale :

  • 60 % du salaire journalier de référence les 28 premiers jours ;
  • 80 % à partir du 29e jour ;
  • sans délai de carence (contrairement à un arrêt maladie classique).

La convention collective ou l’accord d’entreprise prévoit souvent un complément employeur portant l’indemnisation à 90 ou 100 % du net.

Incapacité permanente (IPP)

Si des séquelles subsistent après consolidation (cicatrices, perte de mobilité, préjudice esthétique), le médecin-conseil de la CPAM fixe un taux d’incapacité permanente partielle. Ce taux ouvre droit à :

  • une indemnité en capital si le taux est inférieur à 10 % ;
  • une rente viagère au-delà de 10 %.

Faute inexcusable de l’employeur : une voie complémentaire

Lorsque la brûlure grave au travail résulte d’un manquement à l’obligation de sécurité — EPI absents ou inadaptés, absence de formation, machine non conforme, alerte du CSE ignorée — le salarié peut engager une action en reconnaissance de faute inexcusable devant le pôle social du tribunal judiciaire.

Les gains en cas de reconnaissance :

  • majoration de la rente ou du capital à son maximum ;
  • indemnisation intégrale des préjudices non couverts par la Sécurité sociale : souffrances endurées, préjudice esthétique et d’agrément, pretium doloris, perte de chance professionnelle, aménagement du logement.

Le délai pour agir est de 2 ans à compter du jour de l’accident ou de la cessation du paiement des IJ. Faites-vous accompagner par un avocat en droit du dommage corporel ou par le service juridique de votre syndicat.

Prévenir la récidive : le retour d’expérience obligatoire

Tout accident grave doit déclencher :

  • une analyse par l’employeur (arbre des causes, méthode 5M) ;
  • une information du CSE et, pour les accidents graves, une enquête paritaire ;
  • une mise à jour du DUERP (Document unique d’évaluation des risques professionnels) ;
  • une révision des plans de prévention et des fiches de poste.

Côté équipement : vérifier la présence et la conformité des douches de sécurité, rince-œil, extincteurs, couvertures anti-feu, EPI thermiques (gants, tabliers, écrans faciaux), affichage des consignes en langue comprise par tous.

Ressources et contacts utiles

  • SAMU : 15 — Numéro d’urgence européen : 112.
  • Centre antipoison (brûlures chimiques et inhalations) : consulter le centre régional compétent.
  • INRS — fiches pratiques risque incendie/brûlure et affiches téléchargeables.
  • Ameli.fr — rubrique « Accident du travail ».
  • Service de santé au travail de votre entreprise, pour le suivi post-accident et le maintien dans l’emploi.

À retenir

Face à une brûlure grave au travail, chaque minute compte : sécuriser, refroidir 15 minutes à l’eau tempérée, alerter le 15, protéger sans occulter la plaie. Sur le plan administratif, respectez les délais (24 h pour informer l’employeur, 48 h pour la DAT) et conservez tous les justificatifs. Enfin, n’hésitez pas à faire valoir vos droits : indemnités journalières majorées, rente en cas de séquelles et, si les circonstances le justifient, reconnaissance de la faute inexcusable pour une réparation intégrale.

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