Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le
Trousse de secours en entreprise : contenu obligatoire
La trousse de secours en entreprise n’est pas un simple accessoire : c’est le premier maillon de la chaîne de secours interne. Pourtant, son contenu, son emplacement et son entretien restent souvent flous pour les employeurs et les salariés désignés. Que doit-elle contenir exactement ? Qui en est responsable ? Comment éviter qu’elle ne devienne un bric-à-brac inutile le jour d’un accident ? Ce guide pratique répond à ces questions à la lumière du Code du travail et des recommandations de l’INRS.
Ce que dit le Code du travail
L’article R. 4224-14 du Code du travail impose à l’employeur de mettre à disposition « un matériel de premiers secours adapté à la nature des risques et facilement accessible ». Le texte ne fixe pas de liste précise, et c’est là que les employeurs se perdent. La logique n’est pas celle d’un kit standardisé mais d’une analyse des risques : une usine chimique n’aura pas la même trousse qu’un cabinet comptable.
Le contenu doit donc être défini en concertation avec :
- le médecin du travail, qui connaît les expositions réelles,
- le CSE (Comité social et économique) lorsqu’il existe,
- et, le cas échéant, le SST (Sauveteur Secouriste du Travail) de l’établissement.
Cette co-construction doit être tracée dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP).
Le contenu minimal recommandé par l’INRS
À défaut de liste légale, l’INRS publie une base consensuelle qui couvre les besoins courants d’un établissement tertiaire ou commercial de taille moyenne :
Matériel de protection du secouriste
- Gants nitrile à usage unique (plusieurs tailles)
- Masque de protection pour bouche-à-bouche avec valve anti-retour
- Lunettes de protection
- Sacs plastique étanches pour déchets souillés
Matériel de pansement
- Compresses stériles de 10 × 10 cm
- Bandes extensibles de 5 cm et 10 cm
- Pansements adhésifs assortis
- Pansements compressifs d’urgence
- Sparadrap hypoallergénique
- Filets tubulaires pour maintien
Matériel d’immobilisation et de nettoyage
- Écharpe triangulaire
- Couverture de survie (face argentée + dorée)
- Ciseaux à bouts ronds (type Jesco) pour couper les vêtements
- Pince à écharde
- Sérum physiologique en unidoses de 5 ou 10 mL
- Compresses imprégnées d’antiseptique en unidoses (type chlorhexidine aqueuse)
Divers
- Thermomètre frontal sans contact
- Lampe de poche avec piles de rechange
- Registre des soins ou cahier d’infirmerie
- Liste à jour des numéros d’urgence (15, 18, 112, médecin du travail, SST)
Ce qu’il ne faut PAS mettre
Beaucoup de trousses d’entreprise contiennent du paracétamol, de l’ibuprofène, de la pommade anti-inflammatoire ou de l’aspirine. C’est une erreur. L’employeur n’a pas le droit de dispenser de médicaments, même en vente libre, sans prescription individuelle. Un salarié peut avoir une allergie, une interaction médicamenteuse ou une pathologie contre-indiquant la molécule. La responsabilité civile et pénale de l’entreprise peut être engagée.
De la même façon, évitez :
- l’alcool à 70° ou 90° (douloureux sur plaie, inefficace et vieillit mal),
- l’éosine ou le mercurochrome (colorent la plaie et masquent les signes d’infection),
- les garrots improvisés type lacet ou ceinture (sauf formation spécifique au garrot tactique).
Où placer la trousse ?
Le Code du travail impose un accès « facile ». En pratique :
- Visible et signalée par un pictogramme vert à croix blanche (norme ISO 7010).
- Non verrouillée. Une trousse dans un placard fermé à clé dont le détenteur est en congé n’est pas accessible.
- Multiple sur grandes surfaces. Pour un entrepôt de 5 000 m², une seule trousse à l’accueil est insuffisante. Prévoyez un point de secours tous les 50 à 100 mètres.
- Près des zones à risque : atelier de découpe, cuisine, laboratoire, zone de chargement.
- Mobile si l’activité l’exige (chantier, intervention extérieure, événementiel).
Qui gère et contrôle la trousse ?
L’employeur peut désigner un ou plusieurs référents trousse de secours, idéalement les SST de l’entreprise. Leur rôle :
- vérifier mensuellement la présence et l’état du matériel,
- surveiller les dates de péremption (surtout sérum physiologique, antiseptiques et pansements compressifs),
- remplacer immédiatement tout élément utilisé,
- tenir un registre de contrôle daté et signé.
Ce registre est précieux en cas de contrôle de l’Inspection du travail ou d’enquête après accident : il prouve la diligence de l’employeur.
Fréquence de renouvellement
| Élément | Durée de vie moyenne |
|---|---|
| Compresses stériles | 5 ans (si emballage intact) |
| Sérum physiologique | 3 ans |
| Antiseptique en unidose | 2 à 3 ans |
| Pansements adhésifs | 5 ans |
| Couverture de survie | 10 ans (si non ouverte) |
| Gants nitrile | 3 à 5 ans selon stockage |
Stockez la trousse à l’abri de la chaleur, de l’humidité et de la lumière directe. Un placard métallique dans un local technique surchauffé abrège drastiquement la durée de vie des consommables.
Trousse spécifique selon l’activité
Certains environnements imposent des compléments :
- Travail en hauteur : couverture isotherme supplémentaire, kit anti-suspension.
- Travaux électriques : gants isolants, perche de sauvetage, tapis isolant. Pas d’eau ni de métal dans la trousse elle-même.
- Risque chimique : douche oculaire portable (unidoses de 500 mL de solution tampon phosphate), fiches de données de sécurité à proximité.
- Restauration : pansements détectables bleus (visibles dans les aliments en cas de chute), gel brûlure.
- Chantiers isolés : trousse « avancée » avec attelle gonflable, collier cervical, défibrillateur portable si plus de 15 minutes d’un SMUR.
Et le défibrillateur automatisé externe (DAE) ?
Depuis le décret du 19 décembre 2018, les établissements recevant du public (ERP) de catégorie 1 à 3 doivent être équipés d’un DAE ; les ERP de catégorie 4 l’ont depuis 2020 et les ERP de catégorie 5 à risques depuis 2022. Le DAE n’est pas dans la trousse mais à proximité, dans un boîtier mural signalé, accessible 24h/24 si l’activité le justifie. Son emplacement doit être déclaré dans la base nationale Géo’DAE.
Formation : la trousse ne suffit pas
Le matériel le mieux fourni ne vaut rien sans personnel formé. Le Code du travail (article R. 4224-15) impose la présence d’un SST par atelier à risque et recommande un SST pour 20 salariés dans les autres situations. La formation initiale dure 14 heures et doit être recyclée tous les 24 mois (MAC SST, 7 heures).
Checklist à imprimer
Pour auditer rapidement votre trousse :
- Pictogramme ISO 7010 bien visible
- Accès non verrouillé en permanence
- Contenu adapté au DUERP et validé par le médecin du travail
- Aucun médicament par voie orale
- Dates de péremption toutes valides
- Registre de contrôle à jour (mensuel)
- Liste des numéros d’urgence affichée à l’intérieur
- SST identifiés et formation à jour
- DAE présent si ERP concerné
Conclusion
Au-delà de la conformité, la trousse de secours en entreprise est une démarche de culture de prévention. Un contenu réfléchi, maintenu, et surtout utilisable par des secouristes formés transforme ces quelques euros de matériel en gain de temps vital. En cas de doute sur votre configuration, le service de prévention et de santé au travail (SPST) de votre zone est l’interlocuteur à solliciter en priorité : il connaît votre secteur et peut auditer gratuitement votre dispositif.
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