Par la rédaction eBrigade · Publié le

Reconnaître un infarctus au travail : signes et gestes

Savoir reconnaître un infarctus au travail peut littéralement sauver la vie d’un collègue. L’infarctus du myocarde reste l’une des premières causes de mort subite de l’adulte en France, et une partie de ces accidents survient sur le lieu de travail, souvent en milieu de matinée. Face à un adulte qui s’effondre dans un open space, un atelier ou un chantier, chaque minute compte : plus la prise en charge tarde, plus les chances de survie et de récupération diminuent. Cet article détaille les signes à repérer et la conduite à tenir pas à pas, sans jargon médical.

Pourquoi l’infarctus survient-il souvent au travail ?

Le milieu professionnel cumule plusieurs facteurs déclenchants : stress chronique, sédentarité, tabagisme en pause, repas déséquilibrés, charge mentale élevée. Une activité intense, un conflit avec la hiérarchie ou un pic de deadline peuvent précipiter un accident cardiaque chez un salarié déjà porteur de facteurs de risque (hypertension, cholestérol, diabète, antécédents familiaux).

Les cardiologues décrivent par ailleurs un pic connu d’évènements cardiovasculaires en début de matinée, période qui correspond souvent à la prise de poste. Les secteurs les plus exposés sont le BTP, la restauration, les métiers de la sécurité et les postes à horaires décalés, pour lesquels les contraintes physiques, le stress ou le sommeil haché se cumulent.

Les 7 signes qui doivent alerter immédiatement

Un infarctus ne ressemble pas toujours à la scène « hollywoodienne » où la victime s’écroule en se tenant la poitrine. Les manifestations peuvent être plus discrètes, surtout chez les femmes et les personnes diabétiques.

  1. Douleur thoracique prolongée — Sensation d’étau, de serrement ou de brûlure derrière le sternum, qui dure et ne cède pas au repos.
  2. Irradiation de la douleur — Vers le bras gauche, la mâchoire, le dos ou l’épigastre (haut de l’estomac).
  3. Essoufflement anormal — La personne cherche son souffle sans effort particulier, parle par phrases coupées.
  4. Sueurs froides et pâleur — Visage gris ou blanc, peau moite, parfois teintée bleutée aux lèvres.
  5. Nausées ou vomissements — Souvent confondus avec une indigestion, surtout après le déjeuner.
  6. Fatigue intense et soudaine — Le salarié dit « ne plus se sentir », veut s’asseoir, s’allonger.
  7. Angoisse de mort imminente — Signe psychologique souvent décrit, à prendre très au sérieux.

Si au moins deux signes sont présents, il faut agir sans attendre la confirmation d’un diagnostic.

La conduite à tenir en 4 étapes

1. Mettre la victime au repos complet

Allongez la personne, ou installez-la en position demi-assise si elle respire difficilement. Desserrez cravate, ceinture, boutons de col. Évitez absolument de la faire marcher jusqu’à l’infirmerie : chaque effort augmente le travail du cœur déjà en souffrance.

2. Appeler le 15 (SAMU) ou le 112

Donnez clairement : votre nom, l’adresse précise de l’entreprise, l’étage, le code d’accès éventuel, l’âge et le sexe de la victime, les symptômes observés et leur durée. Ne raccrochez jamais le premier : le médecin régulateur guide la suite.

3. Préparer l’arrivée des secours

Désignez une personne pour accueillir le SAMU à l’entrée et débloquer les ascenseurs. Rassemblez les informations médicales disponibles (traitements en cours, allergies, carte vitale) si elles sont connues de l’entourage professionnel.

4. Surveiller et rassurer

Parlez calmement, ne laissez jamais la victime seule. Si elle perd connaissance et ne respire plus normalement, débutez immédiatement une réanimation cardio-pulmonaire par un massage cardiaque rythmé et ininterrompu, et faites apporter le défibrillateur automatisé externe (DAE) de l’entreprise. L’appareil vocal guide pas à pas chaque geste.

Le rôle clé du défibrillateur et du SST

De nombreux établissements recevant du public et entreprises sont désormais tenus d’être équipés d’un DAE accessible. Chaque collaborateur doit savoir où il se trouve dans son bâtiment : couloir, hall d’accueil, local technique. Les Sauveteurs Secouristes du Travail (SST), formés et régulièrement recyclés, sont les premiers maillons de la chaîne de survie dans l’entreprise.

Si votre structure ne dispose pas de DAE, demandez une évaluation du risque auprès du CSE ou du service de santé au travail. L’investissement est modeste comparé au coût humain d’un décès évitable.

Prévenir plutôt que subir

L’employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés (article L.4121-1 du Code du travail). La prévention passe par :

  • des visites médicales régulières avec dépistage cardiovasculaire ;
  • la mise à disposition d’un DAE et sa signalétique visible ;
  • une formation SST d’un nombre suffisant de salariés pour couvrir tous les créneaux ;
  • des actions de sensibilisation sur le tabac, la nutrition et le stress ;
  • une politique claire sur les horaires et la charge de travail.

Côté salarié, écouter son corps est essentiel : une douleur thoracique inhabituelle, même brève, mérite une consultation. Mieux vaut un faux positif qu’un diagnostic posé trop tard.

Après l’alerte : accompagner la reprise

Un collègue victime d’un infarctus aura besoin de temps. La reprise se fait progressivement, en lien avec le médecin du travail, souvent avec un aménagement de poste. L’équipe aussi peut être marquée : proposer une cellule psychologique n’est pas un luxe, c’est un acte de management responsable.

En conclusion, reconnaître un infarctus au travail n’est pas réservé aux soignants : c’est une compétence citoyenne qui peut s’apprendre en quelques heures et faire la différence entre la vie et la mort d’un collègue, d’un ami, d’un proche.

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