Par Joseph · Expert eBrigade Technologies · Publié le · Mis à jour le

SSLIA : définition, niveaux de protection 1 à 10 et délais

Qu’est-ce qu’un SSLIA ?

Le SSLIA, ou service de sauvetage et de lutte contre l’incendie des aéronefs, est le service de pompiers d’aérodrome dont l’objet principal est de sauver des vies humaines en cas d’accident ou d’incident d’avion. Il est mis en place par l’exploitant de l’aérodrome, ou par l’organisme auquel celui-ci le confie, et contrôlé par le préfet. Ses moyens dépendent d’un niveau de protection de 1 à 10, et ses engins doivent pouvoir projeter de la mousse en bout de piste dans les trois minutes qui suivent l’alerte.

Ces règles figurent aux articles D. 213-1 et suivants du code de l’aviation civile et dans l’arrêté du 18 janvier 2007 relatif aux normes techniques applicables au SSLIA, qui s’inscrivent dans le cadre de la convention de Chicago relative à l’aviation civile internationale. Elles s’appliquent aux aérodromes où l’État exerce le pouvoir de police, sauf ceux réservés aux hélicoptères.

Qui organise le SSLIA ?

Contrairement à une idée répandue, le SSLIA ne relève ni du SDIS ni de la direction générale de l’aviation civile (DGAC). La responsabilité en revient à l’exploitant d’aérodrome, qui peut en confier l’exécution à un organisme extérieur. Les pompiers d’aérodrome sont donc employés par l’exploitant ou par ce prestataire ; ce qui les qualifie, c’est un agrément délivré par le préfet.

Le préfet contrôle le respect de la réglementation. Après mise en demeure restée sans effet, il peut faire exécuter le service d’office ou décider la cessation totale ou partielle de l’activité aéroportuaire, aux frais de l’exploitant. La DGAC définit les programmes de formation propres à l’aviation civile et en organise les examens.

La réforme de décembre 2025. Un décret du 30 décembre 2025 (n° 2025-1447, publié au Journal officiel du 1er janvier 2026) et un arrêté du même jour réécrivent ce cadre en renvoyant au code des transports. Le décret charge l’exploitant de définir la catégorie de l’aérodrome, son niveau de protection et ses modulations, puis de les soumettre à l’approbation du ministre chargé de l’aviation civile. Il maintient l’agrément préfectoral des pompiers d’aérodrome, demandé par l’exploitant, et précise que le silence du préfet pendant deux mois vaut refus. Il entre en vigueur le 1er janvier 2029.

Les niveaux de protection 1 à 10

Le niveau de protection découle de la taille des avions accueillis. L’arrêté de 2007 répartit les avions en dix classes selon leur longueur hors-tout et la largeur de leur fuselage :

ClasseLongueur de l’avionLargeur maximale du fuselage
1Moins de 9 m2 m
29 à 12 m2 m
312 à 18 m3 m
418 à 24 m4 m
524 à 28 m4 m
628 à 39 m5 m
739 à 49 m5 m
849 à 61 m7 m
961 à 76 m7 m
1076 à 90 m8 m

Un avion dont le fuselage dépasse la largeur maximale de sa classe passe dans la classe supérieure. Un Airbus A320, long de 37,57 m pour un fuselage de 3,95 m selon le constructeur, relève ainsi de la classe 6.

Le niveau de l’aérodrome correspond à la classe la plus élevée dont les mouvements, cumulés avec ceux des classes supérieures, dépassent 24 pendant les trois mois consécutifs de plus fort trafic. S’ils restent inférieurs à 700 sur cette période, le niveau peut être abaissé d’un cran. Un aérodrome qui ne justifie d’aucun classement est de niveau 1, et le niveau peut être modulé selon les périodes de trafic.

Moyens minimaux par niveau de protection

L’annexe I de l’arrêté du 18 janvier 2007 fixe, pour chaque niveau, les quantités minimales d’agents extincteurs et le nombre minimal de véhicules et de personnels :

NiveauEau pour la mousseDébit de moussePoudre BCVéhiculesPersonnels minimum
1032 300 L11 200 L/min450 kg36 pompiers + 1 chef de manœuvre
924 300 L9 000 L/min450 kg36 pompiers + 1 chef de manœuvre
818 200 L7 200 L/min450 kg36 pompiers + 1 chef de manœuvre
712 100 L5 300 L/min225 kg24 pompiers + 1 chef de manœuvre
67 900 L4 000 L/min225 kg24 pompiers + 1 chef de manœuvre
55 400 L3 000 L/min180 kg12 pompiers
42 400 L1 800 L/min135 kg12 pompiers
31 200 L900 L/min135 kg12 pompiers
2——250 kg1 véhicule léger1 pompier
1——50 kg——

La mousse est l’agent principal, la poudre BC l’agent complémentaire, et l’aérodrome garde une réserve des deux. À partir du niveau 3, chaque pompier et chef de manœuvre en service dispose d’un appareil respiratoire isolant. Les aérodromes « côtiers », dont les trajectoires survolent l’eau, ajoutent une embarcation rapide et des plateformes de recueil des passagers.

Le délai d’intervention : trois minutes en bout de piste

Selon l’article 20 de l’arrêté, le SSLIA doit pouvoir atteindre chaque extrémité de piste et y projeter sans interruption :

  • dans les trois minutes suivant l’alerte, au moins 50 % du débit de mousse requis, pendant une minute au moins (au niveau 2, l’agent complémentaire) ;
  • au plus tard quatre minutes après l’alerte, la totalité du débit de mousse et d’agent complémentaire.

Aucun délai n’est fixé au niveau 1. Ce chronomètre explique l’implantation des postes d’incendie au plus près des pistes.

L’équipe de permanence doit être disponible à chaque mouvement : pour un décollage, avant la mise en route des moteurs et jusqu’à quinze minutes après ; pour un atterrissage, au moins dix minutes avant et jusqu’à quinze minutes après l’arrêt des moteurs. Selon la situation, le service passe en état de veille (défaillance mineure signalée, faible visibilité), en état d’alerte (risque d’accident) ou en état d’accident.

Missions et fonctions des pompiers d’aérodrome

Le chef du SSLIA encadre le service, veille au maintien en état opérationnel des moyens et rédige les comptes rendus. À partir du niveau 6, des chefs de manœuvre dirigent les pompiers sur le lieu de l’intervention. Les pompiers d’aérodrome mettent en œuvre le matériel et assurent la lutte contre les feux d’aéronefs, le sauvetage, l’évacuation et les premiers secours aux occupants, ainsi que la prévention des incendies et accidents d’aéronefs.

Le service intervient dans la zone d’aérodrome, qui s’étend jusqu’à 1 200 m du seuil des pistes, et dans sa zone voisine. Il y participe aussi aux secours n’impliquant pas un avion, en attendant les secours publics et dans la limite de ses moyens.

Formation et agrément des pompiers d’aérodrome

L’article 10 de l’arrêté de 2007 subordonne l’agrément de pompier d’aérodrome à :

  • une formation initiale de sapeur-pompier volontaire couvrant l’incendie et le secours à personnes ;
  • les modules de formation initiale définis par le ministre chargé de l’aviation civile ;
  • les permis de conduire requis pour les véhicules du SSLIA ;
  • un certificat médical d’aptitude ;
  • une attestation de l’exploitant confirmant la formation locale aux particularités de l’aérodrome.

Une expérience récente de sapeur-pompier civil ou militaire peut valoir validation de tout ou partie de la formation. L’agrément vaut pour un aérodrome donné ; changer d’aérodrome suppose une nouvelle formation locale. Le chef de manœuvre doit, lui, avoir été officier ou sous-officier de sapeurs-pompiers depuis moins de deux ans, ou détenir depuis deux ans l’agrément de pompier sur un aérodrome de niveau 6 ou plus.

Maintien des compétences : ce qui fait perdre l’agrément

Selon l’article 12 de l’arrêté, le maintien de l’agrément suppose :

  • des entraînements théoriques et pratiques réguliers, selon les programmes fixés par la DGAC ;
  • des stages de formation continue ;
  • un certificat médical en cours de validité ;
  • au moins 144 heures de service par trimestre, ou 24 vacations sur les aérodromes de niveau inférieur à 6, sauf remise à niveau après une absence.

Sans entraînements ou sans certificat médical valide, l’agrément est suspendu immédiatement. Le chef de service doit donc suivre, agent par agent, ces échéances : un agent suspendu ne peut tenir aucune fonction opérationnelle, ce qui peut faire tomber la garde sous le minimum du niveau.

Gardes, indisponibilité et matériel

Le planning de garde croise les fonctions à tenir (chef de manœuvre, conducteurs, équipiers), les agréments valides, les congés, les formations et les pointes de trafic, pour ne jamais descendre sous le minimum de l’annexe I.

Quand les moyens requis manquent, l’aérodrome passe en indisponibilité. L’exploitant prévient les services de la circulation aérienne, qui informent les usagers ; au-delà de douze heures, la baisse du niveau de protection est publiée par NOTAM. Au-delà de deux mois, un nouveau niveau est fixé et le trafic doit s’y adapter.

Les véhicules, produits extincteurs et équipements sont entretenus selon les carnets des constructeurs, et leurs caractéristiques ne peuvent être modifiées sans l’accord du ministre. L’exploitant établit enfin un compte rendu annuel des activités, des interventions et des essais de véhicules.

Questions fréquentes sur le SSLIA

Les pompiers d’aéroport sont-ils des sapeurs-pompiers ?

Pas nécessairement. Ils sont employés par l’exploitant de l’aérodrome ou par l’organisme auquel il confie le service. Ils valident une formation initiale de sapeur-pompier volontaire, mais c’est l’agrément du préfet qui les autorise à exercer sur un aérodrome donné.

Quel est le délai d’intervention d’un SSLIA ?

Les engins doivent pouvoir projeter au moins la moitié du débit de mousse requis à chaque extrémité de piste dans les trois minutes suivant l’alerte, et la totalité au plus tard en quatre minutes, selon l’article 20 de l’arrêté du 18 janvier 2007.

Combien de pompiers faut-il sur un aéroport ?

Cela dépend du niveau de protection : un pompier au niveau 2, deux du niveau 3 au niveau 5, quatre pompiers et un chef de manœuvre aux niveaux 6 et 7, six pompiers et un chef de manœuvre du niveau 8 au niveau 10. Il en faut davantage si la configuration de l’aérodrome impose plus de véhicules.

Que se passe-t-il si le SSLIA est incomplet ?

L’aérodrome passe en état d’indisponibilité : les usagers sont informés, un NOTAM est publié au-delà de douze heures et le niveau de protection assuré baisse temporairement. Si la situation dure plus de deux mois, le trafic accueilli doit s’adapter au nouveau niveau fixé.

Gérer un SSLIA avec eBrigade

La complexité opérationnelle des SSLIA — gestion des compétences à date d’expiration courte, planification des gardes sous contrainte réglementaire, suivi du matériel et des véhicules spécialisés — justifie le recours à un outil de gestion adapté. eBrigade propose aux services SSLIA une plateforme centralisée permettant de suivre en temps réel le statut des qualifications de chaque agent, de générer automatiquement les tableaux de garde en tenant compte des affectations et des compétences disponibles, de programmer les formations continues et d’éditer les attestations, et de gérer l’ensemble de la logistique matérielle. Les responsables SSLIA disposent ainsi d’une visibilité permanente sur la disponibilité opérationnelle de leur service, sans avoir à consulter manuellement des tableurs ou des registres papier. Pour un exemple concret, voir le retour d’expérience de l’aéroport de Tahiti et notre page logiciel SSLIA.


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