Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le

Guide : premiers secours après explosion en 5 étapes clés

Tente « Poste de secours » des Sauveteurs Secouristes Lyonnais (UDPS 69) installée sur une place publique pendant un événement
Poste de secours des Sauveteurs Secouristes Lyonnais (UDPS 69) pendant une manifestation publique, place Bellecour à Lyon. Photo Sebleouf · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Les premiers secours après explosion exigent une méthode différente de la prise en charge d’un traumatisme isolé. Une victime peut marcher, parler et ne présenter aucune plaie visible, tout en ayant subi un effet de souffle susceptible de provoquer des lésions internes.

Les premiers secours après explosion désignent la protection de la zone, l’évaluation de toutes les personnes exposées, le traitement des détresses vitales, la transmission systématique d’un bilan et la surveillance continue. Cette conduite tient compte des lésions de blast, parfois invisibles au premier examen, ainsi que du risque de nombreuses victimes.

Pour un chef d’équipe secouriste, la priorité consiste donc à ne pas limiter le bilan aux blessés apparents. La méthode suivante complète les procédures de l’autorité d’emploi et les consignes de la régulation médicale ; elle ne remplace ni la formation PSE ni la direction des services publics de secours.

À retenir

  • Sécurisez la zone avant toute prise en charge.
  • Considérez chaque personne exposée comme une victime potentielle du souffle.
  • Recherchez les détresses vitales et les lésions associées.
  • Transmettez un bilan pour chaque personne exposée, même apparemment indemne.
  • Surveillez et tracez toute évolution jusqu’au relais médical.

Pourquoi une explosion impose-t-elle une prise en charge particulière ?

Une explosion peut provoquer simultanément des lésions internes, des projections, une chute, des brûlures et une intoxication. Le chef d’équipe doit rechercher plusieurs mécanismes lésionnels chez la même victime au lieu de s’arrêter à la blessure la plus visible.

Les Références techniques nationales de premiers secours en équipe de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises distinguent quatre mécanismes :

MécanismeCauseLésions à rechercher
Blast primaireOnde de chocAtteintes des tympans, des voies respiratoires, des poumons ou de l’abdomen
Blast secondaireProjection de débrisPlaies, criblage, corps étrangers et hémorragies
Blast tertiaireProjection de la victimeTraumatismes du crâne, du rachis, du bassin ou des membres
Blast quaternaireEffets associés à l’explosionBrûlures, inhalation de fumées, intoxication et souffrance psychique

Les lésions de blast peuvent apparaître de façon retardée. Une personne proche du lieu de l’explosion doit donc bénéficier d’un bilan, même si elle affirme aller bien. Une gêne respiratoire, une douleur thoracique, une douleur abdominale, une baisse de l’audition, des acouphènes ou un saignement de l’oreille doivent être signalés sans délai.

Comment organiser les premiers secours après explosion ?

Les premiers secours après explosion s’organisent en cinq étapes : protéger, alerter, évaluer, transmettre et surveiller. Le chef d’équipe attribue les rôles dès que possible afin d’éviter les entrées incontrôlées dans la zone, les bilans incomplets et la perte d’informations.

1. Protéger la zone et les secouristes

N’engagez pas une équipe dans une zone qui n’a pas été reconnue comme accessible. Une explosion peut être suivie d’un incendie, d’un effondrement, d’une fuite de gaz, d’une exposition chimique ou d’une seconde explosion.

Le chef d’équipe doit notamment :

  • observer la scène à distance et rechercher les dangers persistants ;
  • faire interrompre l’accès du public à la zone ;
  • déterminer un cheminement d’entrée et de sortie ;
  • positionner le point de regroupement dans un secteur protégé ;
  • demander les moyens spécialisés adaptés au risque ;
  • ne pas déplacer un objet suspect et ne pas modifier inutilement la scène.

Les équipements de protection habituels ne rendent pas une atmosphère dangereuse respirable. En présence de fumées, de gaz ou de poussières inconnues, l’accès relève des équipes disposant des protections et des compétences requises.

2. Alerter et dimensionner les moyens

L’alerte doit décrire l’explosion, les dangers persistants et le nombre estimé de personnes exposées. Une demande précoce de renforts facilite la création d’une chaîne de commandement et la prise en charge de plusieurs victimes.

Transmettez au minimum :

  1. l’adresse précise et le meilleur accès pour les secours ;
  2. la nature connue ou supposée de l’explosion ;
  3. les risques encore présents : feu, fumées, effondrement ou produit dangereux ;
  4. le nombre approximatif de victimes visibles et de personnes exposées ;
  5. les détresses vitales déjà repérées ;
  6. les moyens engagés et le point de regroupement choisi.

Sur un dispositif prévisionnel de secours, le chef d’équipe informe immédiatement le chef de dispositif et respecte l’organisation du commandement prévue. Un événement qui dépasse les moyens associatifs doit être signalé sans attendre que tous les bilans individuels soient terminés.

3. Évaluer toutes les personnes exposées

Chaque personne exposée à l’effet de souffle doit faire l’objet d’une évaluation, y compris lorsqu’elle marche et ne présente aucune blessure visible. Les détresses vitales sont traitées en priorité selon les référentiels applicables et les compétences de l’équipe.

Pour chaque victime, recherchez notamment :

  • une altération de la conscience ou un comportement inhabituel ;
  • une difficulté respiratoire, une toux ou une douleur thoracique ;
  • une hémorragie externe ou des signes de détresse circulatoire ;
  • une douleur abdominale, pelvienne ou rachidienne ;
  • des plaies, des brûlures, des fractures ou des corps étrangers ;
  • des acouphènes, une baisse de l’audition ou un saignement de l’oreille ;
  • une exposition aux fumées ou à un produit chimique.

Ne retirez pas un corps étranger fiché dans une plaie. N’autorisez pas non plus une victime apparemment indemne à quitter spontanément le point de regroupement avant les consignes des secours compétents.

En présence de nombreuses victimes, appliquez la procédure prévue pour la situation et évitez de concentrer tous les équipiers sur la première personne rencontrée. L’objectif consiste à repérer rapidement les urgences tout en conservant une vision d’ensemble.

4. Transmettre un bilan systématique

Le bilan secouriste doit préciser l’exposition à l’explosion, même lorsque les constantes et l’examen initial paraissent rassurants. Cette information permet à la régulation médicale d’intégrer le risque de lésions internes ou retardées.

Le message doit distinguer les faits observés des informations rapportées. Indiquez notamment :

  • l’heure et le lieu de l’explosion ;
  • la position approximative de la victime au moment du souffle ;
  • le caractère clos ou ouvert de l’espace ;
  • une éventuelle projection ou perte de connaissance ;
  • les plaintes, les signes observés et leur évolution ;
  • les gestes réalisés et la réponse de la victime ;
  • les expositions associées aux fumées, aux flammes ou aux produits chimiques.

Pour fiabiliser la formulation, appuyez-vous sur la méthode de transmission du bilan victime et sur le guide consacré à la fiche bilan secouriste. Répétez le bilan si l’état de la victime change.

5. Surveiller, réévaluer et tracer

La surveillance après une explosion doit rester continue jusqu’au relais par les secours publics ou la structure médicale désignée. Une première évaluation normale ne permet pas d’écarter une aggravation secondaire.

Réévaluez régulièrement :

  • la conscience et le comportement ;
  • la respiration et l’apparition d’une gêne respiratoire ;
  • la circulation, la coloration et les signes de détresse ;
  • la douleur, notamment thoracique ou abdominale ;
  • les paramètres accessibles selon le niveau de qualification ;
  • l’efficacité et la tolérance des gestes entrepris.

Notez les heures, les observations, les décisions reçues et les transmissions. Une main courante de poste de secours permet de reconstituer la chronologie sans remplacer la fiche bilan individuelle.

Quelle check-list le chef d’équipe doit-il utiliser ?

Une check-list courte aide le chef d’équipe à maintenir la sécurité, le suivi des victimes et la continuité du commandement. Elle doit être adaptée au plan d’intervention de l’association et accessible depuis le poste de commandement.

Avant de passer le relais, vérifiez les points suivants :

  • La zone accessible et les dangers résiduels ont été identifiés.
  • Un point de regroupement protégé a été désigné.
  • Le chef de dispositif et les secours publics ont été informés.
  • Toutes les personnes exposées ont été recensées.
  • Chaque victime a reçu un identifiant non ambigu.
  • Les détresses vitales ont été traitées en priorité.
  • Un bilan a été transmis pour chaque personne exposée.
  • Les réévaluations et les changements d’état sont horodatés.
  • Les départs, orientations et relais sont enregistrés.
  • Le matériel utilisé sera contrôlé et réapprovisionné.

La fonction de chef d’équipe PSE implique aussi de préserver une capacité de commandement. Le responsable ne doit pas se laisser absorber par un seul geste technique si personne ne conserve la vue d’ensemble.

Quelles erreurs faut-il éviter après une explosion ?

Les erreurs les plus dangereuses consistent à entrer trop tôt, à négliger une personne valide et à interrompre la surveillance après un premier bilan rassurant. Une organisation claire réduit ces trois risques.

Évitez notamment de :

  • pénétrer dans un bâtiment instable sans autorisation ;
  • considérer la rupture du tympan comme le seul indicateur d’un blast ;
  • traiter uniquement les plaies visibles ;
  • omettre l’exposition à l’explosion lors de la transmission ;
  • laisser repartir une personne exposée sans avis adapté ;
  • mélanger les fiches de plusieurs victimes ;
  • communiquer publiquement des données médicales nominatives ;
  • effacer la chronologie en complétant la main courante après la mission.

Après l’intervention, organisez un retour technique centré sur la sécurité de la zone, le recensement, la transmission et la continuité des informations. Le retour d’expérience ne doit pas retarder la remise en condition des équipes et du matériel.

Comment préparer l’association avant un tel événement ?

Une association agréée de sécurité civile doit préparer la réponse à une explosion avant le début du dispositif. Le briefing opérationnel précise les circuits d’alerte, les points de regroupement possibles et la répartition des responsabilités.

Le responsable peut prévoir :

  1. une fiche réflexe conforme aux référentiels de l’autorité d’emploi ;
  2. un exercice sur table avec plusieurs victimes dispersées ;
  3. une procédure d’identification et de suivi des personnes exposées ;
  4. un moyen de transmission de repli en cas de réseau saturé ;
  5. un contrôle des compétences, des lots de secours et des moyens de communication.

La préparation doit intégrer l’interface avec l’organisateur, le service d’incendie et de secours, le Service d’aide médicale urgente et les forces de sécurité. Elle doit aussi rappeler que le personnel associatif n’intervient pas dans une zone dangereuse en dehors de son cadre de compétences.

Questions fréquentes

Une personne sans blessure visible doit-elle recevoir un bilan ?

Oui. Toute personne exposée à l’effet de souffle est susceptible de présenter une lésion initialement invisible. L’exposition, les plaintes, les signes constatés et leur évolution doivent être transmis aux secours compétents.

Quels signes peuvent révéler une lésion de blast ?

Une gêne respiratoire, une douleur thoracique ou abdominale, des acouphènes, une baisse de l’audition, un saignement de l’oreille ou une altération de la conscience peuvent notamment être observés. L’absence de ces signes au premier examen n’exclut pas une évolution retardée.

Faut-il déplacer immédiatement les victimes ?

Le déplacement dépend du danger et des consignes opérationnelles. Une victime peut devoir être soustraite à un danger réel et immédiat, mais tout déplacement inutile risque d’aggraver un traumatisme. Le chef d’équipe applique les techniques correspondant à la situation et à son niveau de qualification.

Que faut-il préciser dans le bilan secouriste ?

Le bilan précise l’exposition à l’explosion, le lieu, l’heure, la position de la victime, le caractère clos ou ouvert de l’espace, les signes observés, les gestes réalisés et l’évolution. Toute projection, perte de connaissance ou exposition aux fumées doit être signalée.

Comment assurer la traçabilité avec plusieurs victimes ?

Attribuez un identifiant distinct à chaque victime et reportez-le sur la fiche bilan, la main courante et le suivi des orientations. Horodatez les évaluations, les transmissions, les consignes reçues et le relais vers chaque moyen d’évacuation.

Appliquer la méthode au quotidien

Les premiers secours après explosion reposent sur une chaîne simple : protéger, alerter, évaluer chaque personne exposée, transmettre puis surveiller. La qualité de cette chaîne dépend autant des gestes de secours que de la disponibilité des équipiers, de la circulation des bilans et de la traçabilité des décisions.

Pour transformer cette méthode en organisation durable, eBrigade permet de centraliser les effectifs qualifiés, les disponibilités, les fiches de mission, le matériel et les informations opérationnelles. Une association peut ainsi préparer ses dispositifs, suivre les moyens engagés et conserver une chronologie exploitable sans disperser les données entre plusieurs tableaux.

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