Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 16 septembre 2026

Exercice PICS : prouver que le plan est opérationnel

Les plans communaux et intercommunaux de sauvegarde font l’objet d’une évaluation garantissant leur caractère opérationnel au moins tous les cinq ans, organisée sous l’autorité du maire ou du président de l’EPCI, selon l’article R. 731-8 du code de la sécurité intérieure. Le même article impose une révision dont le délai ne peut excéder cinq ans et une information régulière des acteurs concernés.

« Garantir le caractère opérationnel » n’est pas « avoir organisé un exercice ». La différence tient à ce qu’on rapporte après : une matinée agréable, ou trois écarts documentés et corrigés. Voici comment obtenir la seconde.

Choisir le format selon ce qu’on veut vérifier

Trois formats, trois coûts, trois objets.

FormatDuréeCe qu’il teste réellement
Exercice sur table2 à 3 hLa compréhension des rôles, la chaîne de décision, les zones grises entre communes et EPCI
Exercice de mobilisation1 h, sans préavisL’annuaire, les canaux d’alerte, le taux de réponse réel et les délais
Exercice de terrainune demi-journéeLa mise en œuvre : ouverture d’un lieu, montée d’un moyen, accueil de personnes

L’erreur fréquente consiste à viser d’emblée l’exercice de terrain. C’est le plus visible, le plus coûteux, et celui qui révèle le moins de choses si les deux premiers n’ont pas été faits : on découvre le jour J que trois numéros sont faux, et l’exercice devient une démonstration de ce qu’on savait déjà.

La séquence qui produit le plus d’enseignements sur cinq ans : un exercice sur table la première année, un test de mobilisation chaque année, un exercice de terrain la quatrième — avant la révision du plan.

Écrire un scénario qui révèle quelque chose

Un scénario utile n’est pas un scénario spectaculaire. Trois règles :

Partir d’un risque réel du territoire, pris dans l’analyse des risques du plan — celui qui est arrivé il y a quinze ans et dont plus personne ne parle est un excellent candidat.

Choisir un moment défavorable. Un vendredi à 18 h, un dimanche d’août, une nuit de pont : c’est là que le plan se teste. Un scénario qui commence un mardi à 10 h teste une organisation qui n’aura jamais à fonctionner.

Introduire deux incidents, pas dix. Un adjoint injoignable, une salle indisponible : deux frottements suffisent à faire apparaître la souplesse — ou son absence. Un scénario catastrophe où tout tombe en même temps ne mesure plus rien.

Et un interdit : le scénario ne se prépare pas avec ceux qui vont le jouer. Si le directeur des services techniques a relu le scénario, on ne teste plus que sa mémoire.

Placer des observateurs, pas des spectateurs

Un exercice sans observateurs ne produit aucune donnée. Un observateur par fonction clé, avec une grille en trois colonnes : ce qui était prévu, ce qui s’est passé, l’écart horodaté.

Les observateurs les plus utiles ne sont pas les cadres de la maison : un cadre d’une commune voisine, un agent du SDIS, un représentant de la préfecture voient ce que l’habitude rend invisible. Et ils ne corrigent pas en direct — un observateur qui souffle la réponse détruit la mesure.

Les chiffres à sortir

Un exercice se conclut par des nombres, pas par des impressions. Les cinq qui comptent :

  1. Délai entre l’alerte et la première réponse d’une fonction du plan.
  2. Taux de joignabilité : combien de personnes touchées sur combien d’appelées, par canal.
  3. Délai d’armement de la cellule intercommunale, ou du dispositif d’appui.
  4. Nombre et nature des écarts entre la fiche réflexe et la conduite réelle.
  5. Délai de mise à disposition du premier moyen mutualisé demandé.

Ces cinq chiffres ne se reconstituent pas de mémoire trois semaines après. Ils sortent d’une main courante horodatée tenue pendant l’exercice et des accusés de réception du système d’alerte. Une main courante tenue sur un paperboard produit une belle photo et aucune donnée exploitable ; tenue dans un journal daté et exportable, elle produit le rapport presque tout seul.

Le retour d’expérience qui change quelque chose

La partie que tout le monde rate. Un RETEX utile tient en une page et se juge sur un seul critère : combien d’actions ont un responsable et une date.

La méthode la plus économique : à chaud, dans les trente minutes qui suivent la fin, chaque fonction dit une chose qui a marché et une chose qui a manqué — sans discussion. À froid, quinze jours après, on trie : ce qui relève du plan (à corriger dans le document), ce qui relève de la donnée (annuaire, inventaire, droits d’accès), ce qui relève de la formation, ce qui relève de l’équipement.

Puis on écrit qui fait quoi pour quand, et on vérifie six mois plus tard. Un RETEX sans revue à six mois est un document de plus.

Ce qu’il faut garder comme preuve

L’évaluation quinquennale doit pouvoir être justifiée. Le dossier minimal à archiver : la note de cadrage et le scénario, la liste des participants et des observateurs, la main courante horodatée, les relevés d’alerte avec les accusés de réception, les grilles d’observation, le RETEX avec son plan d’actions, et la trace de la revue de ce plan d’actions.

Ce dossier sert trois fois : pour la révision du plan, pour justifier le respect de l’article R. 731-8, et — si un événement réel survient — pour montrer que la collectivité avait préparé sa réponse.

À retenir

  • L’évaluation d’opérationnalité est obligatoire au moins tous les cinq ans, sous l’autorité du président de l’EPCI pour le PICS.
  • Trois formats, à enchaîner dans l’ordre : table, mobilisation, terrain. Commencer par le terrain gaspille l’exercice.
  • Un scénario se place à un moment défavorable, avec deux frottements — et ne se relit pas avec ceux qui vont le jouer.
  • Cinq chiffres à sortir, tous issus d’une main courante horodatée et des accusés de réception : ils ne se reconstituent pas de mémoire.
  • Un RETEX se juge au nombre d’actions ayant un responsable, une date et une revue à six mois.

FAQ

À quelle fréquence faut-il exercer le PICS ?

L’article R. 731-8 impose une évaluation garantissant le caractère opérationnel du plan au moins tous les cinq ans, et une révision dans le même délai maximal. C’est un plancher, pas un objectif : les intercommunalités les mieux préparées tiennent un exercice sur table ou un test de mobilisation chaque année, ce qui coûte peu et maintient les réflexes, et réservent l’exercice de terrain à l’approche de la révision.

Un exercice de mobilisation doit-il être annoncé ?

Non, et c’est tout son intérêt — à trois conditions : prévenir en amont les autorités concernées (préfecture, SDIS, centre de traitement de l’alerte) pour éviter toute confusion avec un événement réel, marquer très clairement chaque message comme un exercice, et informer les participants qu’un test non annoncé aura lieu dans l’année, sans dire quand. Un test surprise total, non annoncé au principe, met en cause la confiance dans le canal d’alerte.

Peut-on compter un événement réel comme évaluation ?

Oui, et c’est même la meilleure évaluation possible, à condition d’en tirer un retour d’expérience formalisé avec les mêmes exigences qu’un exercice : main courante exploitée, chiffres relevés, écarts identifiés, plan d’actions suivi. Un événement vécu sans RETEX écrit ne prouve rien du caractère opérationnel du plan — il prouve seulement qu’il s’est passé quelque chose.

Qui doit participer à l’exercice ?

Pour un PICS : le président de l’EPCI ou son représentant, les maires ou référents des communes jouées, les directions générales, les services techniques, la communication, et les fonctions du plan effectivement armées. Inviter le SDIS et la préfecture comme observateurs est fortement recommandé — leur regard extérieur vaut la moitié du RETEX, et cela prépare la coordination réelle.

Combien coûte un exercice ?

Un exercice sur table coûte essentiellement du temps d’agents : une demi-journée de préparation, deux à trois heures de jeu, une demi-journée de RETEX. Un test de mobilisation coûte une heure et les éventuels envois SMS. Un exercice de terrain engage davantage de moyens et se justifie une fois par cycle de révision. Le vrai coût n’est jamais l’exercice : c’est l’absence d’exercice, découverte le jour de l’événement.


Les cinq chiffres d’un exercice sortent du journal, pas des souvenirs. eBrigade (ebrigade.app) tient la main courante horodatée et les fiches réflexes, les alertes avec réponses en direct, la carte partagée de l’événement et les exports pour le rapport. À lire aussi : le logiciel PICS, l’annuaire opérationnel et le logiciel de cellule de crise.

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