Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 15 janvier 2025

Pourquoi le remboursement des frais bénévoles est une obligation morale et souvent légale

Les bénévoles consacrent leur temps, leur énergie et parfois leur propre argent au service d’une cause commune. Dans les corps de sapeurs-pompiers volontaires, les associations de protection civile, les équipes de secouristes ou les structures d’aide à domicile, il est fréquent que les membres avancent des frais pour réaliser leurs missions : carburant pour rejoindre un poste de garde, achat de petit matériel, frais de restauration lors d’une intervention prolongée, péages d’autoroute pour un déplacement en mission régionale.

La loi ne contraint pas les associations à rembourser ces dépenses, mais le droit associatif reconnaît pleinement ce mécanisme. L’absence de remboursement constitue une charge financière injuste pour les bénévoles les moins aisés et peut, à terme, décourager l’engagement. À l’inverse, un remboursement systématique, bien encadré, préserve la gratuité du bénévolat tout en respectant les contributeurs.

Quelles dépenses sont remboursables et dans quelles conditions

Toutes les dépenses ne peuvent pas prétendre au remboursement. Quatre critères cumulatifs s’appliquent :

  1. La dépense doit être engagée dans l’intérêt exclusif de la structure et non à des fins personnelles. Un bénévole qui passe devant une station-service en revenant d’une mission peut refaire le plein de son véhicule ; il ne peut facturer que la consommation liée au trajet associatif.
  2. La décision de prise en charge doit être autorisée par les statuts, le règlement intérieur ou une délibération du conseil d’administration. Sans base documentaire, le remboursement peut être requalifié.
  3. Les dépenses doivent être justifiées : ticket de caisse, facture nominative, relevé de péage ou note de restaurant indiquant la date, le montant et l’objet de la dépense.
  4. Le montant remboursé doit correspondre au coût réel, sans excédent. Tout surplus est requalifié en rémunération, ce qui emporte des conséquences sociales et fiscales importantes.

Les frais les plus couramment pris en charge dans les structures de sécurité civile et les associations opérationnelles sont : les déplacements en véhicule personnel, les transports en commun, les repas lors de déplacements ou d’interventions de longue durée, l’hébergement et les frais de formation (inscriptions, manuels techniques).

Barème kilométrique 2026 : calcul et application pratique

Le remboursement des frais de déplacement en véhicule personnel est encadré par le barème fiscal publié chaque année par l’administration. Pour 2026, les valeurs pour une voiture de 5 CV sont, à titre indicatif :

  • Jusqu’à 5 000 km : 0,548 €/km
  • De 5 001 à 20 000 km : 0,309 €/km + 1 272 €
  • Au-delà de 20 000 km : 0,373 €/km

Ces montants varient selon la puissance fiscale du véhicule. Des tableaux distincts s’appliquent aux deux-roues motorisés (y compris les scooters inférieurs à 50 cm³) et aux vélos à assistance électrique.

Pour un bénévole qui effectue 80 km aller-retour pour participer à un exercice régional de sécurité civile avec un véhicule de 5 CV, le remboursement s’établit à 80 × 0,548 = 43,84 €. Ce montant est exonéré d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales, dans la limite du barème officiel.

Lorsqu’une association utilise ses propres véhicules, aucun barème kilométrique ne s’applique : c’est la comptabilité interne qui supporte le coût carburant et entretien.

Le dispositif du don de frais : fiscalité et reçu fiscal

Un bénévole qui ne souhaite pas percevoir le remboursement auquel il a droit peut y renoncer formellement. Cette renonciation prend la forme d’une mention manuscrite sur la note de frais : « Je soussigné(e) [nom et prénom] certifie renoncer au remboursement des frais ci-dessus et les laisse à l’association à titre de don. » La mention doit être datée et signée.

En contrepartie, l’association émet un reçu fiscal (formulaire Cerfa n° 11580*03 pour les organismes d’intérêt général). Ce reçu ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % du montant pour les associations d’intérêt général, et à 75 % pour les organismes d’aide aux personnes en difficulté dans la limite du plafond légal. Un bénévole pompier volontaire qui abandonne 300 € de frais kilométriques à une association reconnue d’intérêt général bénéficiera ainsi d’une réduction d’impôt de 198 €.

Attention : seules les structures reconnues d’intérêt général ou d’utilité publique peuvent délivrer des reçus fiscaux valables. Les clubs sportifs dont l’objet est la pratique d’une activité par les membres ne sont généralement pas éligibles à ce dispositif.

Risques de requalification : rémunération déguisée et conséquences

Le dépassement du remboursement réel constitue le principal risque. Dès lors que les sommes versées excèdent les dépenses effectivement prouvées, l’URSSAF et l’administration fiscale peuvent requalifier ces versements en salaires. Les conséquences sont immédiates :

  • L’association perd son caractère non lucratif et peut voir sa gestion désintéressée remise en cause.
  • Elle devient redevable des cotisations sociales patronales et salariales sur les sommes versées, assorties de majorations de retard.
  • Le bénévole, devenu salarié de fait, acquiert des droits à la retraite, à l’assurance chômage et doit déclarer ces revenus à l’impôt.
  • La structure peut également être assujettie à la taxe sur les salaires.

Pour éviter ce risque, la règle d’or est simple : rembourser au centime près sur présentation des justificatifs, jamais sur la base d’un forfait interne déconnecté du barème officiel.

Mettre en place une procédure efficace de suivi des frais

Une procédure documentée protège à la fois l’association et le bénévole. Elle comprend au minimum :

  • Un formulaire de note de frais standardisé précisant : date, nature de la dépense, montant, justificatif joint, signature du responsable hiérarchique.
  • Un délai de remise des notes de frais (généralement 30 jours après la dépense).
  • Un circuit de validation (responsable d’activité puis trésorier).
  • Un registre des remboursements effectués, consultable en cas de contrôle.

Dans les corps de sapeurs-pompiers volontaires, les indemnités horaires de garde et de formation sont distinctes des frais remboursables. Il convient de bien séparer ces deux types de versements dans la comptabilité pour éviter toute confusion lors d’un contrôle.

Comment eBrigade simplifie la gestion des frais bénévoles

La centralisation des données de présence, des missions et des déplacements est indispensable pour calculer et justifier les remboursements rapidement. eBrigade intègre un module de suivi des activités et des frais qui permet aux responsables d’équipe de valider les notes de frais directement depuis leur interface, de générer des tableaux récapitulatifs par période et par bénévole, et d’exporter les données vers la comptabilité. Que vous gériez un corps de pompiers volontaires, une association de sécurité civile ou une structure d’aide à domicile, eBrigade réduit considérablement le temps administratif consacré aux remboursements tout en garantissant la traçabilité exigée par les organismes de contrôle.


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