Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 15 septembre 2026

Crise d'asthme au travail premiers secours : conduite à tenir SST

Tente « Poste de secours » d'une association de secouristes installée sur une place publique pendant un événement
Poste de secours tenu par une association agréée de sécurité civile pendant une manifestation publique, place Bellecour à Lyon. Photo Sebleouf · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Crise d’asthme au travail premiers secours : quatre mots qui doivent immédiatement déclencher, chez tout référent SST, une conduite claire et chronométrée. Une bronchoconstriction aiguë peut basculer en urgence vitale en moins de dix minutes si les premiers gestes tardent. Pourtant, la majorité des sauveteurs secouristes du travail ne savent pas exactement quoi faire lorsqu’un collègue s’affaisse en cherchant son air. Ce guide donne la marche à suivre, étape par étape, pour un référent SST, un coordinateur sécurité ou un RH confronté à cette situation.

Une crise d’asthme au travail se manifeste par une bronchoconstriction aiguë chez un salarié : toux sèche, sifflement respiratoire (wheezing), difficulté à parler en phrases complètes et gêne thoracique. Les premiers secours consistent à placer la victime en position assise, à faciliter la prise du bronchodilatateur de secours et à alerter le SAMU (15) sans attendre l’aggravation. Selon Santé publique France, l’asthme concerne 4,15 millions de personnes en France en 2024, dont une part significative reste active en milieu professionnel.

Comment reconnaître une crise d’asthme au travail ?

Une crise d’asthme au travail se reconnaît à quatre signes cardinaux : sifflement expiratoire audible, toux sèche irritative, sensation d’oppression thoracique et essoufflement disproportionné à l’effort réalisé. La victime cherche souvent une position assise, penchée en avant, et parle par mots isolés plutôt que par phrases.

Certains indices doivent immédiatement alerter le SST :

  • Cyanose péribuccale (lèvres bleutées) ou extrémités froides
  • Fréquence respiratoire supérieure à 25 cycles par minute
  • Fréquence cardiaque supérieure à 120 bpm
  • Impossibilité de finir une phrase sans reprendre son souffle
  • Confusion, agitation ou somnolence — signes de manque d’oxygène cérébral

Ces signes définissent une crise d’asthme grave au sens du référentiel HAS 2021 sur l’asthme de l’adulte. Ils imposent l’appel immédiat au 15.

Quelles sont les 5 étapes de premiers secours à appliquer ?

Les cinq étapes de premiers secours face à une crise d’asthme au travail sont : sécuriser la scène, installer la victime en position assise, faciliter le traitement de secours, alerter le SAMU si nécessaire et surveiller jusqu’à l’arrivée des secours. Cette séquence figure au programme officiel du SST (INRS, référentiel 2023).

1. Sécuriser la scène et écarter les facteurs déclenchants

Éloignez la victime de toute source d’irritation respiratoire : fumées, poussières, produits chimiques volatils, animaux, allergènes alimentaires. Ouvrez une fenêtre si l’air extérieur est propre. Faites reculer les curieux pour libérer l’espace autour de la personne.

2. Installer la victime en position assise

La position debout ou allongée aggrave la crise. Faites asseoir la personne, dos droit, légèrement penchée en avant, coudes appuyés sur une table ou sur ses cuisses. Cette position dite « du cocher » facilite mécaniquement l’expiration en abaissant le diaphragme.

Desserrez col, cravate, ceinture. Rassurez à voix calme : le stress amplifie la bronchoconstriction.

3. Faciliter la prise du bronchodilatateur

Demandez à la victime si elle dispose de son traitement d’urgence : le plus souvent un inhalateur de salbutamol (Ventoline®) ou de terbutaline (Bricanyl®). Aidez-la à saisir le dispositif sans l’utiliser à sa place. Le protocole standard prévoit 2 bouffées, à renouveler après 10 minutes si la crise persiste, jusqu’à un maximum de 10 bouffées.

Si la victime n’a pas son traitement sur elle, vérifiez rapidement la trousse de secours de l’entreprise et son casier personnel.

4. Alerter le SAMU (15) sans attendre

Appelez le 15 dès l’apparition d’un des critères de gravité : impossibilité de parler, cyanose, essoufflement au repos, absence d’amélioration après deux prises de bronchodilatateur, altération de la conscience. Décrivez précisément : lieu, âge, sexe, antécédents connus, traitement pris, évolution des signes.

Consultez notre méthode complète pour transmettre un bilan victime aux secours en 90 secondes.

5. Surveiller et rassurer jusqu’à l’arrivée des secours

Restez auprès de la victime. Comptez la fréquence respiratoire toutes les minutes. Surveillez la coloration des lèvres et des ongles. Notez l’heure des prises de traitement pour la remettre au SMUR. N’allongez jamais la victime, ne lui donnez rien à boire, ne quittez pas la pièce.

Quand faut-il appeler le 15 immédiatement ?

L’appel au 15 est indispensable dès qu’un seul des critères suivants est présent, sans attendre l’effet du traitement :

  • Difficulté à parler en phrases complètes
  • Cyanose des lèvres ou du visage
  • Somnolence, confusion, agitation inhabituelle
  • Fréquence respiratoire > 25/min ou fréquence cardiaque > 120 bpm
  • Absence d’amélioration après 2 bouffées de bronchodilatateur
  • Première crise chez une personne sans antécédent connu
  • Grossesse en cours
  • Antécédent d’hospitalisation en réanimation pour asthme

En France, l’asthme est encore responsable d’environ 900 décès par an (Santé publique France, 2023). La plupart de ces décès surviennent hors du milieu hospitalier et étaient évitables par un appel plus précoce au 15.

Comment sécuriser une victime en attente des secours ?

Sécuriser la victime consiste à maintenir la position assise, contrôler la respiration, garder le contact verbal et préparer l’arrivée du SMUR. Désignez un salarié pour guider l’équipe médicale depuis l’entrée du site : chaque minute gagnée dans un couloir compte.

Préparez ces informations pour le médecin régulateur puis pour l’équipe de secours :

InformationOù la trouver
Nom, âge, poste occupéRegistre du personnel, badge
Antécédents connus, traitementsFiche d’aptitude du SPST
Heure de début de la criseNotée dès le premier signe
Traitements administrésEmballage du bronchodilatateur
Facteurs déclenchants possiblesPoste de travail, produits présents

Cette traçabilité est aussi utile pour le futur bilan et pour la déclaration éventuelle d’accident du travail. Elle rejoint les bonnes pratiques du registre SST et alertes à la direction.

Rôle du SST et suivi post-incident

Après une crise d’asthme au travail, le référent SST rédige un compte-rendu détaillé, informe le service de santé au travail (SPST) et déclenche une analyse des causes. L’objectif : identifier un déclencheur professionnel (asthme dit « d’origine professionnelle », tableau 66 des maladies professionnelles) et adapter le poste si nécessaire.

Trois actions à ne pas oublier :

  1. Consignation au registre des accidents bénins ou déclaration d’AT selon la gravité et la durée d’arrêt.
  2. Signalement au médecin du travail dans les 48 heures pour visite de reprise ou aménagement.
  3. Retour d’expérience (RETEX) avec l’équipe : ce qui a fonctionné, ce qui doit être amélioré dans la trousse ou la formation.

Un référent secouriste entreprise formé annuellement au MAC-SST reste la meilleure garantie de réactivité.

À retenir

  • Position assise, jamais allongée : c’est le geste qui sauve en premier
  • 2 bouffées de bronchodilatateur, renouvelables après 10 minutes
  • Appel au 15 dès qu’un critère de gravité est présent
  • Surveillance continue de la fréquence respiratoire et de la coloration
  • Traçabilité complète pour le SMUR et le SPST

Questions fréquentes

Un SST peut-il administrer la Ventoline à un collègue ?

Le SST peut aider un collègue à prendre son propre traitement prescrit, en lui tendant l’inhalateur et en le guidant. Il ne doit jamais administrer un traitement appartenant à un tiers ni un médicament stocké dans la pharmacie de l’entreprise sans prescription individuelle nominative.

Faut-il faire boire de l’eau à quelqu’un en crise d’asthme ?

Non. Boire pendant une crise d’asthme majore le risque de fausse route car la coordination respiration-déglutition est perturbée. Attendez la stabilisation ou l’avis du SAMU pour proposer une gorgée d’eau tiède.

Une crise d’asthme peut-elle être un accident du travail ?

Oui, si elle survient au temps et au lieu de travail, ou si elle est déclenchée par un agent professionnel (poussières de farine, isocyanates, latex, produits de nettoyage). Elle relève alors du tableau 66 des maladies professionnelles ou d’une déclaration d’AT selon le contexte.

Combien de SST faut-il pour couvrir ce risque ?

Le Code du travail (article R.4224-15) impose au moins un SST par atelier dangereux et un pour 20 salariés sur les chantiers de plus de 15 jours. Pour un site tertiaire sans risque particulier, la CARSAT recommande un ratio d’au moins 10 % de l’effectif formé au SST.

Quel matériel prévoir dans la trousse de secours ?

Le CNRS et l’INRS recommandent : chambre d’inhalation universelle, oxymètre de pouls, plan d’action asthme (PAA) individuel pour les salariés déclarés, coordonnées du médecin du travail et du 15 affichées. La trousse de secours entreprise doit être vérifiée mensuellement.

Piloter la conformité et les recyclages SST

Gérer la traçabilité des recyclages SST, des visites SPST et des incidents comme une crise d’asthme représente un vrai travail administratif — surtout sur plusieurs sites. eBrigade (ebrigade.app) centralise les habilitations SST, le suivi des MAC, le registre des accidents et les alertes automatiques avant échéance. Le coordinateur SST y consigne chaque événement, notifie la direction et pilote le plan de prévention depuis un seul tableau de bord, aligné sur le suivi des sauveteurs secouristes du travail attendu par l’inspection.

Gérez vos équipes terrain avec eBrigade

Planning, formations, habilitations, pointage — tout en un.

Demander une démo gratuite
Essai gratuit 30 jours Sans CB · Sans engagement · Espace prêt en 2 min
Commencer →