Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 19 août 2026

Premiers secours crise d'épilepsie en entreprise : le guide complet pour les employeurs

Tente « Poste de secours » d'une association de secouristes installée sur une place publique pendant un événement
Poste de secours tenu par une association agréée de sécurité civile pendant une manifestation publique, place Bellecour à Lyon. Photo Sebleouf · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Premiers secours crise d’épilepsie en entreprise : le guide complet pour les employeurs

Les premiers secours crise d’épilepsie figurent aujourd’hui parmi les compétences les plus utiles à diffuser au sein d’une entreprise. Avec environ 700 000 personnes concernées en France, la probabilité qu’une crise survienne sur le lieu de travail est loin d’être négligeable. Pourtant, la plupart des salariés n’ont jamais été formés à réagir face à ce type d’urgence. Ce guide détaille les gestes qui sauvent, les erreurs à éviter, les obligations légales de l’employeur et les bonnes pratiques pour intégrer l’épilepsie dans votre politique de santé et sécurité au travail.

Comprendre une crise d’épilepsie en milieu professionnel

Une crise d’épilepsie résulte d’une décharge électrique anormale dans le cerveau. Elle peut prendre plusieurs formes :

  • Crise tonico-clonique généralisée : perte de connaissance, chute, raideur puis convulsions rythmiques. C’est la forme la plus impressionnante et la plus connue.
  • Absence : brève rupture du contact (quelques secondes), regard fixe, arrêt de l’activité en cours. Souvent invisible pour l’entourage.
  • Crise focale : mouvements involontaires localisés, sensations étranges, troubles du langage, sans nécessairement de perte de conscience.

En entreprise, ces manifestations peuvent survenir n’importe où : bureau, atelier, escaliers, cantine, parking. La nature du poste de travail (hauteur, machines, conduite) conditionne directement la gravité potentielle de l’incident.

Les gestes de premiers secours face à une crise d’épilepsie

Pendant la crise (phase convulsive)

  1. Rester calme et noter l’heure de début. La durée est un critère médical essentiel.
  2. Sécuriser l’environnement. Écarter les objets contondants, meubles, câbles électriques. Éloigner les collègues curieux.
  3. Protéger la tête. Glisser un vêtement plié, une veste ou un coussin sous la tête pour éviter les chocs contre le sol.
  4. Desserrer ce qui peut gêner la respiration (col, cravate, écharpe).
  5. Ne rien mettre dans la bouche. Ni doigts, ni cuillère, ni mouchoir : cela n’empêche pas la morsure de langue et présente un risque d’étouffement ou de fracture dentaire.
  6. Ne pas maintenir la personne au sol. N’essayez pas de bloquer les mouvements convulsifs : vous risquez de provoquer des blessures musculaires ou articulaires.

Après la crise (phase post-critique)

  1. Placer la personne en position latérale de sécurité (PLS) dès la fin des convulsions, pour libérer les voies respiratoires.
  2. Rester à ses côtés. La confusion post-critique peut durer de quelques minutes à une heure. La personne peut être désorientée, somnolente, voire agressive sans en avoir conscience.
  3. Parler doucement, se présenter, expliquer ce qui vient de se passer.
  4. Ne pas donner à boire ou à manger tant que la vigilance n’est pas totalement revenue.

Quand appeler le 15 (SAMU) ?

L’appel aux secours n’est pas systématique si la personne est connue épileptique et que la crise ressemble à ses crises habituelles. Composez le 15 immédiatement si :

  • La crise dure plus de 5 minutes (état de mal épileptique).
  • Plusieurs crises s’enchaînent sans reprise de conscience entre elles.
  • C’est une première crise connue.
  • La personne s’est blessée pendant la chute.
  • La crise s’est produite dans l’eau ou pendant une grossesse.
  • La respiration ne reprend pas normalement après les convulsions.

Obligations de l’employeur : ce que dit le Code du travail

L’article L.4121-1 du Code du travail impose à l’employeur une obligation générale de sécurité et de protection de la santé physique et mentale des travailleurs. Concrètement, cela se traduit par plusieurs exigences liées aux premiers secours crise d’épilepsie et aux urgences vitales en général :

  • Article R.4224-15 : présence obligatoire de sauveteurs secouristes du travail (SST) dans chaque atelier où sont effectués des travaux dangereux, et dans chaque chantier de plus de vingt personnes durant plus de quinze jours.
  • Article R.4224-14 : mise à disposition d’un matériel de premiers secours adapté et facilement accessible.
  • Article R.4224-16 : consignes de premiers secours affichées, indiquant notamment les modalités d’appel des services de secours.

L’employeur qui ne prend pas ces dispositions engage sa responsabilité civile et pénale en cas d’accident. La jurisprudence récente sanctionne également l’absence de formation adaptée du personnel encadrant.

Former ses équipes : SST et sensibilisation ciblée

La formation Sauveteur Secouriste du Travail (SST)

Dispensée par un organisme habilité par l’INRS ou la CARSAT, la formation SST dure 14 heures et intègre un module dédié aux malaises, dont les crises convulsives. Le recyclage (MAC SST) de 7 heures doit intervenir tous les 24 mois pour maintenir la certification.

Notre recommandation : viser un ratio d’au moins 1 SST pour 10 salariés, au-delà du minimum légal. Cette redondance garantit une intervention rapide, y compris en cas d’absence ou de rotation d’équipes.

Sensibilisation spécifique à l’épilepsie

Au-delà du SST généraliste, une sensibilisation ciblée de 1 à 2 heures peut être organisée :

  • Séance animée par un professionnel de santé ou par un intervenant de l’association Épilepsie-France.
  • Ateliers pratiques de mise en PLS.
  • Discussion des idées reçues (langue avalée, contagion, danger permanent).

Cette action peut être valorisée dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et dans le rapport annuel du CSE.

Accueillir un collaborateur épileptique : bonnes pratiques

L’épilepsie n’est pas une contre-indication au travail, mais elle appelle un dialogue confiant entre le salarié, le médecin du travail et l’employeur.

  • Confidentialité : le diagnostic relève du secret médical. Le salarié n’est pas tenu de le divulguer, sauf s’il souhaite adapter son poste.
  • Aménagement du poste : le médecin du travail peut préconiser d’éviter le travail en hauteur, la conduite d’engins, l’exposition à des écrans stroboscopiques ou des horaires très irréguliers.
  • Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) : ouverte aux personnes épileptiques, elle peut donner accès à des aides spécifiques (aménagement, financement de matériel, appui de l’AGEFIPH).
  • Plan personnalisé d’urgence : co-construit avec l’intéressé, il précise qui prévenir, où trouver les traitements de secours, quels signes précèdent habituellement une crise.

Constituer une trousse et un protocole adaptés

Une trousse de premiers secours n’est pas obligatoirement normalisée en France, mais elle doit être adaptée aux risques du site. Pour la prise en charge d’une crise convulsive, prévoyez notamment :

  • Un coussin ou un vêtement plié repérable pour caler la tête.
  • Une couverture de survie en cas de station prolongée au sol.
  • Des gants à usage unique pour la protection du secouriste.
  • Une fiche réflexe plastifiée rappelant les gestes clés et les numéros d’urgence.
  • Un cahier de suivi pour tracer les incidents, la durée des crises et les actions réalisées (utile pour la médecine du travail).

Le protocole écrit doit préciser : qui alerte, qui sécurise, qui accueille les secours à l’entrée, qui prévient la famille si la personne le souhaite.

Après l’incident : accompagnement et retour d’expérience

Une crise d’épilepsie au travail marque durablement les témoins. Un débriefing à chaud, animé par le SST ou le référent santé, permet de :

  • Rassurer la personne concernée et éviter le sentiment de stigmatisation.
  • Répondre aux questions des collègues et déconstruire les peurs.
  • Documenter les points forts et les axes d’amélioration de la réponse d’urgence.
  • Mettre à jour le DUERP et les procédures si nécessaire.

Un rendez-vous auprès du service de prévention et de santé au travail (SPST) doit être proposé au salarié dans les jours qui suivent, pour ajuster éventuellement le poste ou les traitements.

Ce qu’il faut retenir

Maîtriser les premiers secours crise d’épilepsie en entreprise, c’est protéger la santé de vos collaborateurs, réduire les conséquences d’un incident et respecter vos obligations d’employeur. Les bons réflexes tiennent en quelques principes : sécuriser, protéger la tête, ne rien mettre dans la bouche, mettre en PLS après la crise, appeler le 15 en cas de doute. Complétez ces gestes par une politique de formation SST, une sensibilisation ciblée et un dialogue ouvert avec les salariés concernés : c’est la meilleure garantie d’une culture de sécurité durable.

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