Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 26 août 2026
Guide premiers secours électrisation au travail en 5 étapes

Face à une décharge électrique sur un salarié, chaque seconde compte : le risque d’arrêt cardio-respiratoire dépasse 30 % pour les tensions supérieures à 500 volts. Ce guide premiers secours électrisation au travail détaille les cinq étapes validées par l’INRS pour agir en moins de 90 secondes, protéger la victime et sécuriser votre responsabilité d’employeur. Il s’adresse aux responsables sécurité, coordinateurs SST et référents secouristes en entreprise multisite.
Qu’est-ce qu’une électrisation au travail ?
Une électrisation au travail désigne le passage d’un courant électrique à travers le corps d’un salarié après un contact accidentel avec une pièce sous tension. Elle provoque brûlures internes et externes, contractures musculaires, troubles du rythme cardiaque, voire un arrêt cardio-respiratoire. Selon l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), environ 200 accidents électriques graves sont recensés chaque année en France dans le milieu professionnel, principalement en maintenance industrielle, BTP et interventions sur installations anciennes.
L’électrocution, elle, désigne l’électrisation mortelle. Les deux notions relèvent du même protocole de premiers secours : la différence se joue sur la rapidité de la coupure du courant et la qualité de la chaîne de survie.
Comment réagir en 5 étapes face à une électrisation ?
La conduite à tenir face à une électrisation au travail suit cinq étapes ordonnées : couper le courant, protéger la scène, alerter les secours, examiner la victime et tracer l’événement. Cette séquence, enseignée en formation Sauveteur Secouriste du Travail (SST), réduit les séquelles neurologiques et cardiaques lorsqu’elle est appliquée dans les 90 premières secondes après l’accident.
Étape 1 — Couper le courant immédiatement
Couper le courant est la priorité absolue : tant que la victime reste en contact avec la source électrique, tout contact la maintient sous tension et vous expose au même risque.
- Localisez le disjoncteur, l’interrupteur général ou le sectionneur du poste.
- Coupez l’alimentation ou débranchez la fiche si elle est accessible sans risque.
- Si la coupure est impossible, écartez la victime avec un objet isolant et sec (manche de balai en bois, tapis en caoutchouc, corde sèche).
- Ne touchez jamais la victime à mains nues avant d’avoir vérifié que le circuit est hors tension.
En haute tension (au-dessus de 1000 V en alternatif), n’intervenez jamais vous-même : maintenez un périmètre de sécurité minimum de 3 mètres et attendez la coupure par le service compétent.
Étape 2 — Protéger la victime et la scène
Une fois le courant coupé, protégez la victime des risques secondaires : chute d’objets, atmosphère explosive, présence d’un second circuit sous tension.
- Balisez la zone et écartez toute personne non essentielle.
- Coupez toute source de chaleur ou de gaz environnante.
- Vérifiez qu’aucun autre salarié n’a été touché par la même source.
- Notez l’heure exacte du contact — donnée clé pour les urgentistes.
Étape 3 — Alerter les secours en moins de 90 secondes
Alertez immédiatement les secours en composant le 15 (SAMU), le 18 (sapeurs-pompiers) ou le 112 (numéro d’urgence européen). Toute électrisation, même sans symptôme apparent, impose une évaluation médicale : les troubles du rythme cardiaque peuvent apparaître jusqu’à 48 heures après le choc.
Transmettez au régulateur :
- votre identité et un numéro de rappel joignable
- l’adresse précise du site et le point d’accès pompiers
- l’état de conscience et de respiration de la victime
- la tension (basse ou haute) et le type de courant (alternatif, continu)
- les circonstances : projection, brûlure visible, chute associée
Un référent secouriste en entreprise formé garantit que ce bilan est structuré et fiable.
Étape 4 — Examiner et appliquer les gestes de premiers secours
Examinez la victime dans cet ordre : conscience, respiration, brûlures.
- Victime consciente : allongez-la, rassurez-la, refroidissez toute brûlure à l’eau tempérée pendant 10 à 15 minutes.
- Inconsciente mais respirant : placez-la en position latérale de sécurité (PLS), surveillez la respiration en continu.
- Arrêt cardio-respiratoire : débutez la réanimation cardio-pulmonaire (100 à 120 compressions par minute) et déclenchez le défibrillateur automatisé externe (DAE) dès qu’il est disponible. Le défibrillateur en entreprise est obligatoire dans tous les ERP de catégories 1 à 4.
- Brûlures électriques : ne percez jamais les cloques, couvrez avec un pansement stérile non adhésif.
Étape 5 — Sécuriser et tracer l’événement
La traçabilité conditionne à la fois la protection juridique de l’entreprise et l’analyse pour ne pas revivre l’accident.
- Consignez le fait dans le registre SST et la main courante du site.
- Déclarez l’accident du travail à la CPAM sous 48 heures via le formulaire Cerfa 14463*03.
- Alertez le CSE et le médecin du travail.
- Analysez la cause racine (défaut d’isolement, absence de consignation, EPI inadaptés) et mettez à jour le DUERP.
- Programmez un retour d’expérience avec l’équipe concernée dans les 15 jours.
Quels gestes appliquer si la victime est inconsciente ?
Face à une victime inconsciente après une électrisation, allongez-la sur le dos, basculez sa tête en arrière pour libérer les voies aériennes, puis vérifiez la respiration pendant 10 secondes maximum. Sans respiration efficace, commencez immédiatement 30 compressions thoraciques suivies de 2 insufflations, et posez le DAE dès son arrivée. La chaîne de survie repose sur la précocité du massage : chaque minute perdue réduit de 10 % les chances de survie sans séquelles.
Comment prévenir le risque d’électrisation dans votre entreprise ?
La prévention repose sur quatre piliers réglementaires codifiés par le décret n° 2010-1118 :
- Habilitations électriques à jour : B0, H0, BR, BC selon les tâches confiées, avec recyclage triennal.
- Vérification périodique des installations par un organisme agréé (annuelle en général).
- Consignation / déconsignation systématique avant toute intervention (procédure des 5 étapes VAT).
- EPI adaptés : gants isolants classe 00 à 4, écran facial, chaussures diélectriques, tapis isolant.
Ces obligations rejoignent celles du plan d’ensemble des premiers secours en entreprise et alimentent directement le DUERP.
À retenir
- 5 étapes ordonnées : couper, protéger, alerter, examiner, tracer.
- Ne touchez jamais la victime avant coupure du courant, sous peine de devenir une seconde victime.
- Alerte médicale obligatoire même sans symptôme : les troubles du rythme peuvent survenir jusqu’à 48 h après.
- DAE + RCP dès arrêt cardiaque : la précocité conditionne la survie sans séquelles.
- Traçabilité dans le registre SST, déclaration AT sous 48 h, mise à jour du DUERP.
FAQ
Combien de SST faut-il pour couvrir le risque d’électrisation ?
Le Code du travail impose un SST pour 15 salariés dans les ateliers où sont effectués des travaux dangereux (article R4224-15), ce qui inclut les interventions électriques. Pour les autres sites, visez au minimum un SST par équipe et par plage horaire, avec redondance pour couvrir les absences.
Le défibrillateur est-il obligatoire face au risque électrique ?
Oui pour les ERP de catégories 1 à 4 depuis la loi du 28 juin 2018 et son décret d’application. Pour les autres entreprises, il est fortement recommandé dès qu’un risque cardiaque professionnel existe — c’est le cas des sites avec installations électriques, chantiers BTP ou travaux en hauteur.
Une victime consciente après une électrisation peut-elle refuser l’hospitalisation ?
Elle peut refuser, mais l’employeur doit documenter ce refus par écrit et faire signer la victime. Toute électrisation nécessite un ECG dans les 24 heures : informez la victime des risques de troubles du rythme différés et transmettez ce refus au médecin du travail.
Comment tracer une électrisation dans le registre des accidents bénins ?
Le registre ne convient que si aucun soin médical n’a été prescrit. Une électrisation sortant de ce cadre, elle relève systématiquement de la déclaration d’accident du travail Cerfa 14463*03 sous 48 heures, doublée d’une consignation détaillée en main courante numérique.
Faut-il former tous les salariés au risque électrique ?
Non, seuls les intervenants sur installations doivent être habilités (B0 minimum pour les non-électriciens travaillant à proximité). En revanche, la formation SST couvre les gestes réflexes utiles à tous et doit être organisée conformément aux obligations SST de l’entreprise.
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