Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le · Mis à jour le

Guide des premiers secours : les gestes qui sauvent

Tente « Poste de secours » des Sauveteurs Secouristes Lyonnais (UDPS 69) installée sur une place publique pendant un événement
Poste de secours des Sauveteurs Secouristes Lyonnais (UDPS 69) pendant une manifestation publique, place Bellecour à Lyon. Photo Sebleouf · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Face à une urgence, la priorité est simple : se protéger, vérifier l’état de la victime, alerter les secours et agir sans attendre leurs instructions. En France, environ 40 000 personnes sont victimes d’un arrêt cardiaque chaque année et jusqu’à 20 000 vies pourraient être sauvées par une meilleure diffusion des gestes de secours et du défibrillateur, selon la Direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises.

Ce guide a été actualisé à partir des références techniques nationales publiées par la Sécurité civile le 18 juillet 2026 et de l’aide-mémoire SST de l’INRS révisé en mars 2026. Il aide à mémoriser une conduite à tenir, mais ne remplace pas une formation pratique : dès l’appel, suivez les consignes du médecin régulateur ou de l’opérateur de secours.

Quels sont les quatre réflexes de premiers secours ?

La conduite à tenir est : protéger, examiner, alerter, puis secourir. Cet ordre évite le suraccident et permet aux secours d’adapter leur réponse pendant que les premiers gestes commencent.

  1. Protéger : repérez les dangers persistants — circulation, électricité, incendie, fumées, produit toxique — et n’approchez que sans risque. Ne déplacez la victime qu’en cas de danger réel, immédiat et incontrôlable.
  2. Examiner : recherchez rapidement une hémorragie, un étouffement, une perte de connaissance et une respiration absente ou anormale.
  3. Alerter : indiquez le numéro depuis lequel vous appelez, l’adresse exacte, la nature de l’événement, le nombre de victimes, leur état et les gestes déjà réalisés. Activez le haut-parleur si vous êtes seul et ne raccrochez pas le premier.
  4. Secourir : réalisez le geste adapté et surveillez la victime jusqu’au relais des secours.

Cette séquence correspond au référentiel Gestes qui sauvent de la Sécurité civile publié en 2026.

Quel numéro d’urgence appeler en France ?

Pour une urgence médicale, appelez le 15 ; pour un secours ou un incendie, le 18 ; le 112 vous oriente vers le service compétent partout dans l’Union européenne. Le 114 est accessible par SMS, tchat ou visiophonie aux personnes sourdes, malentendantes, sourdaveugles ou aphasiques.

  • 15 — SAMU : urgence médicale, malaise, douleur thoracique, suspicion d’AVC ;
  • 18 — sapeurs-pompiers : accident, incendie, péril ou secours à personne ;
  • 112 — urgence européenne : utilisable gratuitement depuis un téléphone fixe ou mobile dans l’Union européenne ;
  • 114 — urgence accessible : notamment par SMS ou via l’application et le site Urgence 114.

Si les services d’urgence vous rappellent, le numéro affiché peut être 0 800 112 112 : ce numéro sert uniquement au rappel et ne remplace pas le 15, le 18 ou le 112. Les modalités du 112 et du 114 ont été vérifiées par Service-Public.fr en avril 2026.

Arrêt cardiaque : appeler, masser, défibriller

Une personne qui ne répond pas et ne respire pas normalement doit être considérée en arrêt cardiaque : appelez les secours, commencez immédiatement les compressions thoraciques et utilisez un DAE dès qu’il arrive. Une respiration rare, bruyante ou faite de gasps n’est pas une respiration normale.

  1. Vérifiez l’absence de réaction, libérez les voies aériennes et contrôlez la respiration pendant 10 secondes au maximum.
  2. Faites appeler le 15, le 18 ou le 112 et demandez qu’on apporte un défibrillateur automatisé externe (DAE). Si vous êtes seul, appelez en haut-parleur pour commencer le massage sans délai.
  3. Allongez la victime sur le dos, sur un plan dur. Placez le talon d’une main au centre de la poitrine, l’autre main par-dessus, bras tendus.
  4. Comprimez le thorax de 5 à 6 cm, à un rythme de 100 à 120 compressions par minute, en laissant la poitrine remonter entre deux compressions.
  5. Si vous savez pratiquer les insufflations, alternez 30 compressions et 2 insufflations. Sinon, réalisez des compressions continues : masser vaut mieux que ne rien faire.
  6. Allumez le DAE, collez les électrodes sur la poitrine nue comme indiqué et suivez ses messages. Personne ne doit toucher la victime pendant l’analyse ou un éventuel choc.

Interrompez les compressions le moins possible. Continuez jusqu’à la reprise d’une respiration normale, le relais des secours ou l’épuisement. Le DAE peut être utilisé par toute personne : il analyse le rythme et ne délivre un choc que s’il est indiqué.

Étouffement : distinguer la toux efficace de l’obstruction totale

Si la victime peut parler, respirer ou tousser efficacement, encouragez-la à tousser et surveillez-la ; ne donnez ni claques dans le dos ni compressions abdominales. Si elle ne peut plus parler, tousser ou respirer, l’obstruction est grave et il faut agir immédiatement.

Chez l’adulte et l’enfant de plus d’un an :

  1. Penchez la victime vers l’avant et donnez jusqu’à 5 claques vigoureuses entre les omoplates, en vérifiant après chacune si l’objet est expulsé.
  2. En cas d’échec, effectuez jusqu’à 5 compressions abdominales : placez un poing entre le nombril et le bas du sternum, saisissez-le avec l’autre main, puis tirez franchement vers vous et vers le haut.
  3. Alternez les deux séries jusqu’à désobstruction ou perte de connaissance, et faites alerter les secours.

Chez une femme enceinte ou une personne dont l’abdomen ne peut pas être encerclé, réalisez des compressions thoraciques plutôt qu’abdominales. Chez le nourrisson de moins d’un an, alternez jusqu’à 5 claques dans le dos et jusqu’à 5 compressions thoraciques ; ne pratiquez jamais de compression abdominale.

Si la victime perd connaissance, accompagnez-la au sol, alertez immédiatement les secours et commencez la réanimation par 30 compressions thoraciques. N’essayez pas d’extraire un objet à l’aveugle avec les doigts. La séquence est détaillée par la Croix-Rouge française.

Hémorragie externe : comprimer d’abord, poser un garrot si nécessaire

Devant un saignement abondant, comprimez immédiatement l’endroit qui saigne et allongez la victime. Protégez si possible votre main avec des gants ou un sac plastique propre, sans retarder le geste.

  • Maintenez une compression manuelle directe et continue sur la plaie, puis faites alerter les secours.
  • Si la compression est efficace et doit être libérée, remplacez-la par un pansement compressif ; si le sang traverse, reprenez la compression par-dessus sans retirer le premier pansement.
  • Pour une hémorragie d’un membre, posez un garrot seulement si la compression directe est impossible ou inefficace. Placez-le entre la plaie et la racine du membre, jamais sur une articulation.
  • Notez l’heure de pose de façon clairement visible et transmettez-la aux secours. Ne desserrez jamais le garrot après sa pose.

Ne retirez pas un corps étranger planté dans la plaie : comprimez autour et attendez les secours. Ces priorités figurent dans l’aide-mémoire SST de l’INRS, révisé en mars 2026.

Inconscience : quand mettre une victime en PLS ?

Une victime inconsciente qui respire normalement doit être placée sur le côté en position latérale de sécurité (PLS), puis surveillée sans interruption. La PLS aide à maintenir les voies aériennes ouvertes et permet l’écoulement des liquides hors de la bouche.

Après avoir vérifié la respiration pendant 10 secondes au maximum, alertez les secours. Placez le bras le plus proche à angle droit, maintenez le dos de l’autre main contre la joue, relevez le genou opposé puis faites rouler la victime vers vous. Ouvrez sa bouche vers le sol et vérifiez régulièrement que sa respiration reste normale.

Si la respiration devient absente ou anormale, remettez la victime sur le dos et commencez les compressions thoraciques. En cas de traumatisme suspecté, suivez en priorité les instructions de l’opérateur : la liberté des voies aériennes reste essentielle.

Brûlure : refroidir à l’eau tempérée

Une brûlure thermique récente doit être refroidie rapidement avec de l’eau courante tempérée, sans appliquer de glace, de crème ni de corps gras. Écartez la source de chaleur, retirez les vêtements et les bijoux seulement s’ils ne collent pas à la peau, puis demandez un avis au 15, surtout si la brûlure est étendue, profonde, chimique ou électrique, ou si elle touche le visage, les mains, les articulations ou les voies aériennes.

Malaise, AVC ou infarctus : les signes qui imposent l’appel au 15

Un malaise soudain avec douleur thoracique, difficulté à respirer, paralysie, trouble de la parole ou perte de connaissance justifie un appel immédiat au 15 ou au 112. L’heure de début des symptômes doit être notée, notamment en cas de suspicion d’AVC.

Pour reconnaître un AVC, retenez trois signes d’apparition brutale : visage asymétrique, faiblesse d’un bras, parole inhabituelle ou impossible. Pour un possible infarctus, une douleur en étau dans la poitrine peut irradier vers le bras, la mâchoire, le dos ou l’estomac et s’accompagner de sueurs, nausées ou essoufflement.

Mettez la personne au repos dans la position où elle se sent le mieux, desserrez les vêtements gênants et interrogez-la sur ses antécédents, son traitement et le début du malaise. Ne lui donnez ni aliment, ni boisson, ni médicament sans instruction du médecin régulateur. Ne la transportez pas vous-même si les secours demandent de l’attendre.

Se former en 2026 : GQS, PSC ou SST ?

La sensibilisation GQS dure 2 heures, la formation Premiers Secours Citoyen 7 heures et la formation SST au moins 14 heures. Le bon choix dépend du niveau recherché et du contexte d’intervention.

  • Gestes qui sauvent (GQS) : sensibilisation de 2 heures aux réactions immédiates face à une hémorragie, une perte de connaissance ou un arrêt cardiaque.
  • Premiers Secours Citoyen (PSC, anciennement PSC1) : formation citoyenne de référence de 7 heures, proposée par les associations habilitées. Elle couvre aussi l’étouffement, les malaises, les plaies, les brûlures et les traumatismes.
  • Sauveteur secouriste du travail (SST) : formation initiale d’au moins 14 heures adaptée aux risques professionnels. Le certificat est valable 24 mois et sa prolongation nécessite une session de maintien et actualisation des compétences (MAC) de 7 heures.

La Sécurité civile rappelait en mai 2026 l’objectif national de former ou initier 80 % de la population aux gestes de premiers secours. Pour trouver une session, adressez-vous à une association agréée de sécurité civile, à un service d’incendie et de secours ou, pour le SST, à un organisme habilité par le réseau Assurance maladie - Risques professionnels/INRS.

Premiers secours en entreprise : ce que l’employeur doit organiser

L’employeur organise les secours en fonction des risques, des effectifs et de la configuration du site ; aucun ratio universel de secouristes n’est fixé. Le Code du travail impose un matériel de premiers secours adapté aux risques et facilement accessible (article R. 4224-14), un secouriste formé dans chaque atelier où sont réalisés des travaux dangereux et sur chaque chantier employant au moins 20 travailleurs pendant plus de 15 jours avec des travaux dangereux (article R. 4224-15), et, après avis du médecin du travail, des mesures de premiers secours prises en liaison avec les secours extérieurs (article R. 4224-16).

Une organisation robuste comprend :

  • un protocole d’alerte affiché et testé, avec l’adresse précise et l’accès des secours ;
  • une couverture SST adaptée aux horaires, aux absences, aux équipes et aux sites, pas seulement à l’effectif global — voir combien de SST prévoir ;
  • une trousse de secours adaptée aux risques, accessible et signalée : aucun contenu universel n’est imposé ;
  • l’emplacement du défibrillateur connu de tous et intégré aux exercices ; le DAE est obligatoire dans les ERP de catégories 1 à 4 et dans certains ERP de catégorie 5 (voir notre guide du défibrillateur en entreprise) ;
  • le suivi des certificats SST et de leur recyclage tous les 24 mois ;
  • des exercices avec compte rendu, écarts constatés et actions correctives.

Une entreprise que ces textes ne visent pas doit tout de même traiter l’organisation des secours dans son document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).

Maintenir les compétences et les preuves de formation

Un geste de secours doit être répété pour rester mobilisable sous stress. Même lorsque aucun recyclage réglementaire n’est imposé au grand public, une révision régulière et des mises en situation permettent de corriger les automatismes.

Pour un citoyen titulaire du PSC, aucune périodicité nationale de recyclage ne s’impose en règle générale ; une courte révision et une nouvelle mise en situation tous les deux ou trois ans restent une pratique prudente, à adapter aux exigences d’un employeur, d’une activité ou d’une fédération. Un bon exercice ne teste pas seulement le geste : il mesure aussi le délai d’alerte, l’accès au défibrillateur, l’accueil des secours et la couverture quand le secouriste habituel est absent.

Dans une entreprise, une association ou une collectivité, le suivi ne se limite pas à une liste de participants : il faut connaître la date de validité de chaque certificat, anticiper les MAC SST, affecter les formateurs et conserver les attestations. eBrigade centralise les qualifications, les alertes d’échéance, la planification des sessions et l’édition des attestations dans une même interface.

Questions fréquentes sur les gestes qui sauvent

Peut-on faire du mal en massant une personne en arrêt cardiaque ?

Une blessure est possible, mais l’absence de massage face à une personne inconsciente qui ne respire pas normalement est bien plus dangereuse. Appelez les secours, suivez leurs consignes et commencez les compressions sans attendre.

Faut-il retirer le soutien-gorge avant d’utiliser un défibrillateur ?

Le DAE doit être posé sur une poitrine nue et sèche. Retirez ou coupez les vêtements qui empêchent de placer les électrodes comme sur le schéma ; décalez les électrodes d’un dispositif médical implanté visible et suivez les indications de l’appareil.

Une application de citoyens sauveteurs remplace-t-elle l’appel aux secours ?

Non. Une application peut mobiliser un volontaire ou localiser un DAE, mais elle ne remplace jamais l’appel au 15, au 18 ou au 112. L’alerte aux services d’urgence reste prioritaire.

Faut-il mettre en PLS une personne qui « gaspe » ?

Non. Des mouvements respiratoires rares, bruyants, lents ou irréguliers après un effondrement peuvent être des gasps et ne constituent pas une respiration normale. Appelez les secours et commencez le massage cardiaque. La PLS est réservée à la personne inconsciente qui respire normalement.

Le PSC remplace-t-il le PSC1 ?

Oui, l’unité d’enseignement grand public s’appelle désormais Premiers Secours Citoyen (PSC). Une ancienne attestation PSC1 ne devient pas invalide du seul fait de ce changement de nom ; une remise à niveau permet d’apprendre les recommandations en vigueur. Voir notre article sur la validité du PSC1.

Est-on protégé juridiquement lorsqu’on porte secours ?

La loi n° 2020-840 du 3 juillet 2020 a créé le statut de citoyen sauveteur pour la personne qui porte bénévolement assistance à une victime d’arrêt cardiaque : elle est exonérée de toute responsabilité civile pour le préjudice résultant de son intervention, sauf faute lourde ou intentionnelle (article L. 721-1 du code de la sécurité intérieure). Agissez sans vous mettre en danger, dans la limite de vos connaissances, et suivez les instructions des services d’urgence.

Le PSC expire-t-il comme le certificat SST ?

Le certificat PSC n’a pas la même échéance de validité réglementaire que le SST. Une remise à niveau régulière reste néanmoins recommandée. Le certificat SST, lui, est valable 24 mois et doit être prolongé par un MAC.


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