Publié le 29 mai 2026

La main courante du PC sécurité est bien plus qu’un cahier de bord : c’est la mémoire juridique et opérationnelle de votre poste. En cas de sinistre, d’enquête administrative ou de visite de la commission de sécurité, ce document peut sceller la responsabilité de l’exploitant comme celle du chef d’équipe SSIAP. Beaucoup de PC sécurité tiennent encore une main courante imparfaite : événements omis, mentions imprécises, écritures non chronologiques. Ce guide vous donne la méthode 2026 pour tenir une main courante irréprochable, structurer vos rondes, gérer une levée de doute et transmettre l’information aux sapeurs-pompiers.

Pourquoi la main courante SSIAP est un document critique

L’arrêté du 2 mai 2005 modifié encadre les missions du service de sécurité incendie et d’assistance à personnes. Le règlement de sécurité ERP (arrêté du 25 juin 1980) impose à l’exploitant de tenir à jour le registre de sécurité, dont la main courante constitue la chronique opérationnelle quotidienne. Contrairement au registre — document statique signé par l’exploitant — la main courante est un document vivant, alimenté quart par quart, qui retrace :

  • les prises et fins de service de chaque agent SSIAP,
  • les rondes effectuées et leurs anomalies,
  • les déclenchements d’alarme et les levées de doute,
  • les interventions de premiers secours et assistances à personnes,
  • les essais techniques et tests SSI,
  • les visites de prestataires et d’entreprises extérieures.

En cas d’incident grave, la main courante est saisissable par les officiers de police judiciaire et l’inspection du travail. Elle fait foi devant le juge.

1. Les 7 mentions obligatoires de chaque écriture

Une écriture professionnelle respecte un canevas strict. Pour chaque événement consigné, notez :

  1. Heure exacte au format 24 h (ex. 14:37), à la minute près.
  2. Identifiant de l’agent rédacteur (nom, prénom ou matricule).
  3. Lieu précis : bâtiment, niveau, zone de détection incendie, local.
  4. Nature de l’événement : ronde, alarme, intervention, anomalie.
  5. Actions menées dans l’ordre chronologique.
  6. Personnes prévenues : chef de site, exploitant, secours extérieurs, maintenance.
  7. Conclusion ou état final : anomalie levée, transmis à la maintenance, à suivre.

Aucune rature : on barre d’un trait, on initialise et on réécrit. Aucun blanc entre deux écritures : tracez un trait. La main courante papier reste valable, mais la version numérique horodatée s’impose pour les sites multi-PC ou multi-bâtiments.

2. Structurer les rondes : programmées, inopinées, thématiques

Le règlement de sécurité ERP n’impose pas de fréquence universelle, mais le plan de sécurité de l’établissement fixe le nombre minimal de rondes. Un chef d’équipe SSIAP 2 structure trois familles :

  • Rondes programmées : circuit fixe défini par la consigne, mêmes points de contrôle aux mêmes heures.
  • Rondes inopinées : déclenchées par le chef d’équipe hors planning pour casser la routine.
  • Rondes thématiques : ciblées sur les issues de secours, locaux à risque, désenfumage ou locaux techniques.

Chaque ronde est consignée avec heure de départ, heure de retour, circuit emprunté et anomalies rencontrées. Un point non visité doit être justifié. Un PC qui aligne 12 rondes par jour sans la moindre anomalie pendant six mois est suspect aux yeux d’un contrôleur : c’est souvent le signe de rondes fictives.

Checklist : points de contrôle incontournables

  • Issues de secours dégagées et déverrouillables sans clé.
  • Désenfumage en position d’attente.
  • Portes coupe-feu fermées, non calées.
  • Locaux techniques et machineries d’ascenseur.
  • Trémies, gaines techniques, faux plafonds.
  • Stockage de matières combustibles dans les limites autorisées.
  • DAS (dispositifs actionnés de sécurité) en position d’attente.

3. Lever un doute : la procédure en 5 étapes

La levée de doute est le moment où le chef d’équipe SSIAP engage sa responsabilité. Voici la procédure standard :

  1. Identifier la zone de détection sur le SSI et noter l’heure d’alarme.
  2. Engager un binôme muni d’une radio, d’une lampe et d’une clé tricoise.
  3. Maintenir une liaison radio permanente entre le PC et le binôme.
  4. Confirmer ou infirmer l’origine du déclenchement : feu réel, fumée, vapeur, poussière, panne détecteur.
  5. Décider : acquittement, déclenchement du POI, appel du 18 ou du 112.

Le délai d’engagement est court. Au-delà de quelques minutes sans décision, le risque juridique pèse sur le chef d’équipe. Tracez chaque étape avec horodatage dans la main courante : c’est votre meilleure protection.

4. Coordonner avec les sapeurs-pompiers à leur arrivée

Lorsque les secours se présentent, le chef d’équipe SSIAP devient l’interlocuteur du COS (commandant des opérations de secours). Préparez en moins de deux minutes :

  • le plan de l’établissement et le DCSSI (dossier de commandement),
  • un extrait de main courante des 30 dernières minutes,
  • l’état du SSI (zones en alarme, équipements actionnés),
  • la localisation du sinistre et l’accès le plus rapide,
  • la présence éventuelle de personnes en difficulté ou de matières dangereuses.

Un compte rendu structuré accélère la reconnaissance pompiers et conditionne la pertinence de l’engagement. À l’issue de l’intervention, faites signer la main courante par l’officier responsable : cette signature ferme la chaîne secours et protège l’exploitant en cas de mise en cause ultérieure.

5. Archivage et traçabilité : cinq ans minimum

La main courante doit être conservée au moins cinq ans, durée alignée sur la prescription des infractions courantes au code de la construction. Pour les ERP de 1ʳᵉ catégorie et les IGH, beaucoup d’exploitants portent ce délai à dix ans. Bonnes pratiques d’archivage :

  • reliure annuelle des mains courantes papier,
  • horodatage qualifié pour les versions numériques,
  • sauvegarde redondée (serveur sur site + cloud),
  • indexation par date, événement et agent,
  • accès restreint au chef d’équipe, à l’exploitant et aux ayants droit.

FAQ — Main courante SSIAP

La main courante peut-elle être 100 % numérique ? Oui, à condition d’utiliser un système horodaté, infalsifiable, avec authentification forte de chaque agent et sauvegarde sécurisée. Un simple tableur ne suffit pas.

Que faire si un agent oublie de consigner un événement ? Il l’inscrit dès qu’il s’en aperçoit, en précisant l’heure réelle de l’événement et l’heure d’écriture, avec la mention « consigné a posteriori ».

Qui peut consulter la main courante ? L’exploitant, le chef d’établissement, les services de police et de gendarmerie, l’inspection du travail, la commission de sécurité et, sur réquisition, le juge.

Faut-il y noter les interventions de premiers secours ? Oui, systématiquement : nature du malaise, heure de prise en charge, gestes réalisés, devenir de la victime, transmission au SAMU ou aux pompiers.

Combien de temps conserver la main courante ? Cinq ans minimum, davantage selon la typologie de l’établissement et la politique de l’exploitant.

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