Par Léa · Rédactrice eBrigade · Publié le 10 septembre 2026

Comment gérer une douleur thoracique sur un poste de secours

Sur un dispositif prévisionnel de secours (DPS), savoir comment gérer une douleur thoracique évite de banaliser un symptôme potentiellement grave ou de perdre du temps à chercher un diagnostic. Le chef de dispositif doit organiser simultanément le bilan, l’alerte, la surveillance et l’accueil des secours publics.

La prise en charge d’une douleur thoracique sur un poste de secours consiste à arrêter tout effort, installer la victime dans une position confortable, rechercher une détresse respiratoire ou circulatoire, demander rapidement un avis médical et surveiller en continu. Le secouriste décrit les signes et leur évolution sans conclure lui-même à un infarctus.

Ce guide complète le guide général des premiers secours, sujet pilier du parcours consacré aux gestes qui sauvent. Il s’adresse aux directeurs d’associations agréées de sécurité civile, chefs de dispositif et équipiers PSE ; les gestes restent à adapter aux recommandations en vigueur et aux procédures de l’autorité d’emploi.

À retenir

  • Toute douleur thoracique nécessite un avis médical.
  • Une douleur brutale, intense, persistante ou associée à un essoufflement, des sueurs, des nausées ou un trouble de conscience impose une alerte urgente.
  • La victime consciente reste au repos dans la position où elle se sent le mieux.
  • Le secouriste ne pose pas de diagnostic et n’administre pas un médicament de sa propre initiative.
  • La disparition de la douleur ne dispense ni de l’avis médical ni de la surveillance.

Pourquoi une douleur thoracique est-elle une urgence potentielle ?

Une douleur thoracique peut avoir une origine cardiaque, vasculaire, respiratoire, digestive, musculaire ou anxieuse, mais le poste de secours ne dispose pas des examens permettant de les différencier avec certitude. L’enjeu opérationnel consiste donc à détecter une détresse, transmettre des faits précis et ne jamais retarder la régulation médicale.

L’Assurance Maladie indique que toute douleur thoracique nécessite un avis médical. Une douleur qui serre la poitrine, dure plus de cinq minutes, irradie vers la mâchoire, les bras, le dos, le cou ou l’abdomen, ou s’accompagne d’essoufflement, de sueurs, de nausées, de faiblesse ou de troubles de conscience réclame une prise en charge urgente. Sa page sur les signes d’alerte d’une douleur thoracique recommande de composer le 15 ou le 112 en présence de symptômes inquiétants.

Les présentations peuvent être atypiques, notamment chez certaines femmes, personnes âgées ou diabétiques. L’absence de douleur spectaculaire n’écarte pas une situation grave : essoufflement soudain, fatigue inhabituelle ou malaise doivent aussi être transmis.

Quels signes faut-il rechercher sans poser de diagnostic ?

Le bilan secouriste qualifie la douleur, recherche les signes associés et mesure leur évolution ; il ne cherche pas à nommer la maladie. Commencez par observer la conscience, la respiration, la coloration, le comportement et la position spontanément adoptée.

Posez ensuite des questions courtes :

  • Où se situe la douleur et vers quelles zones se propage-t-elle ?
  • Quelle est la sensation, et quand a-t-elle commencé : brutalement ou progressivement, au repos ou à l’effort ?
  • La douleur est-elle continue ou aggravée par la respiration ou un mouvement ?
  • Existe-t-il un essoufflement, des sueurs, des nausées, des palpitations, un vertige ou une faiblesse ?
  • La victime a-t-elle des antécédents, des allergies et un traitement personnel prescrit ?
  • Un traumatisme, une chute, un effort intense ou une consommation de substance a-t-il précédé les signes ?
ObservationInformation à transmettrePriorité opérationnelle
Douleur intense, en étau ou irradiéeheure de début, siège, irradiation, évolutionalerte médicale immédiate
Essoufflement, lèvres bleutées, difficulté à parlerqualité de la respiration, position, paramètres prévus au bilanconduite adaptée à la détresse respiratoire
Pâleur, sueurs, faiblesse, confusionconscience, pouls et autres paramètres selon le protocolerecherche et traitement de la détresse circulatoire
Douleur apparemment isoléecaractéristiques, antécédents, traitement, évolutionrepos, bilan complet et avis médical
Perte de connaissance brutaleréaction et présence d’une respiration normalegestes d’urgence prioritaires, DAE prêt

Étape 1 — Mettre au repos et répartir les rôles

La première étape consiste à interrompre l’effort, protéger la victime et l’installer dans la position où elle se sent le mieux. Évitez tout déplacement inutile et ne la laissez jamais marcher jusqu’au poste si une équipe peut la rejoindre sans se mettre en danger.

Répartissez immédiatement les tâches :

  1. un équipier reste auprès de la victime et conduit le bilan ;
  2. un second prépare le matériel prévu, note les horaires et anticipe une aggravation ;
  3. le chef d’équipe transmet le bilan au SAMU-Centre 15 selon la procédure du DPS ;
  4. le chef de dispositif organise l’accès du vecteur et maintient la couverture du public.

Les références techniques nationales de premiers secours constituent la base à appliquer avec les consignes de l’autorité d’emploi.

Étape 2 — Alerter sans attendre un diagnostic

Le poste de secours demande un avis médical après le bilan et alerte immédiatement en présence d’un signe de détresse ou d’une douleur inquiétante. Une mesure manquante ne doit jamais retarder l’appel lorsque l’état paraît grave.

Le message initial précise :

  • l’identité du DPS, l’adresse exacte et l’accès ;
  • l’âge approximatif de la victime ;
  • le motif : « douleur thoracique », sans diagnostic affirmé ;
  • l’heure et les circonstances d’apparition ;
  • les caractéristiques et irradiations de la douleur ;
  • la conscience, la respiration et les paramètres recueillis selon le protocole ;
  • les signes associés et leur évolution ;
  • les antécédents, traitements connus et actions réalisées.

La méthode du bilan victime transmis en 90 secondes aide à hiérarchiser ces informations. Répétez les consignes reçues et ne raccrochez pas avant que l’interlocuteur ne vous y invite.

Étape 3 — Appliquer uniquement les gestes autorisés

Le secouriste traite les détresses observées selon son niveau de compétence, le référentiel PSE et les consignes médicales ; il n’improvise aucun traitement. Les modalités d’oxygénothérapie et d’utilisation du matériel dépendent du bilan, des recommandations applicables et de l’organisation de l’association.

Si la victime possède un médicament prescrit pour cette situation, relevez son nom, la prescription déclarée et les prises déjà réalisées. L’aide éventuelle respecte le référentiel ou la demande du médecin régulateur. Ne proposez jamais le médicament d’un tiers.

Si l’état est préoccupant, préparez le défibrillateur automatisé externe sans gêner la prise en charge afin d’anticiper une dégradation brutale.

Étape 4 — Surveiller et retransmettre toute évolution

La surveillance d’une douleur thoracique vérifie régulièrement la conscience, la respiration, la douleur et les paramètres prévus par le protocole. Chaque aggravation, disparition puis réapparition, ou nouveau signe doit être horodaté et retransmis selon les consignes reçues.

Surveillez notamment :

  • la capacité à parler et la qualité de la respiration ;
  • la coloration et l’apparition de sueurs, nausées ou confusion ;
  • la localisation, l’intensité déclarée et l’extension de la douleur ;
  • la réponse aux actions et la présence d’une respiration normale.

Si la victime perd connaissance, vérifiez immédiatement sa respiration. En l’absence de respiration normale, débutez la réanimation cardio-pulmonaire et utilisez le DAE selon les recommandations. Le guide sur l’arrêt cardiaque au travail détaille cette bascule opérationnelle.

Étape 5 — Tracer la prise en charge et maintenir le DPS

La traçabilité doit restituer la chronologie sans interprétation médicale : constat initial, horaires, actions, transmissions, consignes et orientation. La fiche bilan accompagne la victime selon les règles applicables, tandis que la main courante conserve les éléments opérationnels nécessaires au dispositif.

Inscrivez :

  • l’heure du premier contact et du début déclaré des signes ;
  • les observations et paramètres successifs ;
  • les traitements personnels déclarés ;
  • l’heure de l’appel et les consignes reçues ;
  • chaque changement d’état et retransmission ;
  • l’heure de prise en charge, l’orientation et la remise en disponibilité du poste.

La main courante numérique d’un poste de secours doit rester complémentaire de la fiche bilan. Limitez les données de santé au strict nécessaire, contrôlez les accès et évitez les recopies dispersées dans des messageries.

Comment préparer l’équipe avant l’ouverture du DPS ?

Un briefing court réduit les hésitations en attribuant les rôles, en testant l’alerte et en vérifiant l’accès aux moyens essentiels. Le directeur ou chef de dispositif doit transformer le protocole écrit en chaîne d’action immédiatement exécutable.

Checklist avant l’accueil du public :

  • qualifications PSE et responsabilités vérifiées ;
  • téléphone ou radio d’alerte testé, avec solution de secours ;
  • adresse, accès, point de rencontre et obstacles communiqués ;
  • DAE localisé, accessible et contrôlé selon la procédure ;
  • matériel de bilan vérifié par les personnes habilitées ;
  • fiche bilan et support d’horodatage disponibles ;
  • équipier désigné pour accueillir les secours publics ;
  • solution prévue pour maintenir le DPS pendant l’évacuation ;
  • scénario de perte de connaissance répété en équipe.

FAQ sur la douleur thoracique en poste de secours

Faut-il appeler le 15 si la douleur disparaît rapidement ?

Oui, toute douleur thoracique nécessite un avis médical. Signalez sa disparition, sa durée et les circonstances au médecin régulateur, puis respectez l’orientation donnée.

Peut-on conclure qu’il s’agit d’une crise cardiaque ?

Non. Le secouriste décrit une douleur thoracique et les signes associés. Le diagnostic relève des professionnels de santé disposant de l’évaluation et des examens nécessaires.

Peut-on aider la victime à prendre son traitement ?

L’aide concerne uniquement le traitement personnel prescrit à la victime, dans les conditions prévues par le référentiel, l’autorité d’emploi ou le médecin régulateur. Le secouriste ne choisit ni médicament ni dose.

Que faire si la victime perd connaissance ?

Vérifiez immédiatement si elle respire normalement. En l’absence de respiration normale, commencez la réanimation cardio-pulmonaire, faites apporter le DAE et poursuivez selon les consignes des secours.

Faire du protocole un réflexe collectif

Savoir comment gérer une douleur thoracique repose sur une chaîne simple : mise au repos, bilan ciblé, avis médical rapide, gestes autorisés, surveillance continue et traçabilité. Un exercice de dix minutes permet de tester cette chaîne, y compris l’accueil du vecteur et le maintien des autres missions du DPS.

eBrigade peut soutenir cette organisation au quotidien en centralisant les qualifications des secouristes, les affectations, les contrôles du matériel et la main courante opérationnelle. Le directeur d’association dispose ainsi d’un cadre commun pour préparer le dispositif, coordonner les rôles et retrouver la chronologie utile après l’intervention.

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