Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le

Poste médical avancé PMA en DPS : rôle et organisation

Organiser un rassemblement à risque sans anticiper l’afflux de victimes expose l’organisateur à un incident majeur. Le poste médical avancé PMA structure la prise en charge médicale sur place et régule les évacuations vers l’hôpital. Ce guide détaille son rôle, son dimensionnement selon la RNDPS, la composition d’équipe et le circuit victime à mettre en œuvre dans un dispositif prévisionnel de secours (DPS).

Qu’est-ce qu’un poste médical avancé PMA ?

Le poste médical avancé PMA est une structure de tri, de mise en condition et d’attente médicalisée déployée en avant du théâtre d’une opération de secours pour prendre en charge un afflux de victimes avant leur évacuation hospitalière. Le PMA n’est pas un hôpital de campagne : il constitue un maillon intermédiaire entre le ramassage sur zone et le transport, où médecin, infirmier diplômé d’État (IDE) et secouristes stabilisent chaque blessé et priorisent les évacuations.

En dispositif prévisionnel de secours, le PMA se prépare avant même l’événement. Sa présence dépend du dimensionnement retenu : au-delà d’un certain nombre de victimes probables et selon la nature du risque, le référentiel national impose ou recommande un PMA armé par une équipe médicale identifiée.

Pourquoi armer un PMA dans un dispositif prévisionnel de secours ?

Un PMA sécurise la chaîne de secours face à un afflux simultané de victimes qu’aucun poste de secours classique ne peut absorber. Un festival de 30 000 spectateurs, un marathon urbain, une grande manifestation revendicative ou une épreuve sportive engendrent régulièrement plusieurs blessés en même temps (malaises, traumatismes, hyperthermie, alcoolisations aiguës) : sans PMA, le premier échelon de secours sature en quelques minutes et les évacuations désordonnées engorgent les urgences hospitalières.

Concrètement, un PMA apporte trois bénéfices immédiats :

  • Un tri médicalisé structuré avec catégorisation (rouge, jaune, vert, noir) qui priorise les vraies urgences vitales
  • Un espace de mise en condition (voies veineuses, oxygène, analgésie, surveillance) qui évite d’immobiliser un vecteur SMUR sur zone pendant 45 minutes
  • Une régulation des évacuations vers les établissements adaptés, en coordination avec le SAMU-Centre 15 territorialement compétent

Sans cette structure, l’organisateur d’un rassemblement s’expose à une critique majeure en cas d’incident, y compris sur le plan judiciaire lorsque le tribunal apprécie le caractère « suffisant » du dispositif prévu.

Comment dimensionner un poste médical avancé selon la RNDPS ?

Le dimensionnement d’un PMA découle du Ratio d’Intervenants Secouristes (RIS) calculé selon le Référentiel National des Dispositifs prévisionnels de Secours (RNDPS) publié en 2010. Cette grille croise le nombre de personnes attendues, la nature de l’événement, le comportement prévisible du public et l’environnement (accessibilité, distance des hôpitaux, saisonnalité, présence de médecin de zone).

Voici les seuils opérationnels retenus par la plupart des associations agréées de sécurité civile (FFSS, Croix Blanche, Protection Civile, Croix-Rouge française) :

Niveau du dispositifRIS calculéStructure médicale recommandée
Petite envergure (PE)RIS < 12Poste de secours simple avec équipiers PSE1
Moyenne envergure (ME)RIS 12 à 36Poste médicalisable ou PMA léger
Grande envergure (GE)RIS > 36PMA médicalisé complet avec médecin permanent

Un PMA « léger » se limite en général à une tente médicalisée équipée de 2 postes d’observation et d’un binôme médecin-IDE présent en cas d’appel. Un PMA « lourd » monté pour un festival multi-jours peut comporter 8 à 12 postes de mise en condition, une zone de tri distincte, une zone d’attente d’évacuation et un local isolé pour dépôt provisoire.

Pour affiner le calcul, utilisez la grille RNDPS pour dimensionner un DPS, qui détaille la pondération à appliquer selon les critères de contexte.

Quelle composition d’équipe et quel matériel pour un PMA ?

Un PMA opérationnel repose sur trois cercles de compétences : la chaîne médicale, la chaîne secouriste et la chaîne logistique. Chaque cercle a un référent identifié, une chasuble marquée et une place précise dans le plan de circulation interne.

Composition-type d’un PMA de grande envergure :

  1. Un médecin coordinateur (idéalement urgentiste ou médecin de PC)
  2. Un ou plusieurs infirmiers diplômés d’État habilités urgence
  3. Un chef d’équipe secouriste PSE2 minimum, coordonnant les équipiers de terrain
  4. Quatre à huit secouristes PSE1/PSE2 répartis entre tri, mise en condition et brancardage
  5. Un logisticien en charge du matériel, de la traçabilité et des liaisons radio
  6. Un chargé de liaison avec la régulation SAMU et le PC du dispositif

Le matériel minimal couvre : un défibrillateur automatisé externe (DAE), deux bouteilles d’oxygène médical avec insufflateurs et masques haute concentration, un chariot d’urgence (aspiration électrique, plateau de perfusion, garrots tourniquets, colliers cervicaux, plans durs, immobilisateurs de membres, atèles), une pharmacie d’urgence sous responsabilité médicale, et le matériel de traçabilité (fiches bilan, étiquettes de tri à trois volets, main courante horodatée).

La signalétique doit être visible depuis 50 mètres : croix verte lumineuse, drapeau PMA, marquage au sol des zones. Un défaut de balisage retarde l’arrivée des vecteurs sanitaires et alimente les litiges d’assurance en post-événement.

Comment organiser le circuit des victimes dans un PMA ?

Le circuit victime dans un PMA suit toujours un sens unique : entrée par la zone de tri, sortie par la zone d’évacuation, sans croisement des flux. Ce principe évite la contamination des zones propres, réduit les risques d’erreur de catégorisation et fluidifie l’évacuation lorsque plusieurs vecteurs se présentent simultanément.

Étapes-clés du parcours :

  1. Ramassage et acheminement par les équipes de terrain jusqu’à la porte du PMA
  2. Tri à l’entrée selon la méthode START (Simple Triage And Rapid Treatment) : rouge = urgence absolue, jaune = urgence relative, vert = urgence mineure, noir = décédé ou soins impossibles
  3. Mise en condition dans la zone correspondant à la catégorie (les rouges vont aux postes médicalisés, les verts en zone d’observation prolongée)
  4. Réévaluation régulière toutes les 15 minutes pour détecter les aggravations (une jaune peut basculer en rouge)
  5. Régulation d’évacuation avec le SAMU pour orienter chaque victime vers l’établissement adapté (traumatologie, réanimation, cardiologie interventionnelle)
  6. Traçabilité de sortie : nom, catégorie, heure de départ, vecteur utilisé, destination hospitalière

Cette méthode START est détaillée dans notre guide sur le triage START en afflux de victimes multiples, qui expose les critères de décision applicables en 30 secondes par victime.

Le PMA doit également intégrer un point de rassemblement des impliqués (PRI) pour les personnes non blessées mais choquées, souvent négligé alors qu’il désature massivement la zone de tri.

À retenir sur le poste médical avancé PMA

  • Le PMA est déclenché à partir d’un DPS de grande envergure ou en cas d’incident majeur imprévu
  • Il combine tri médical START, mise en condition et régulation des évacuations vers l’hôpital
  • L’équipe minimale comprend un médecin, un IDE et une équipe secouriste PSE2
  • La circulation interne est à sens unique, de la zone de tri vers la zone d’évacuation
  • La traçabilité écrite de chaque victime est obligatoire (référentiel national et assureur)
  • La signalétique visible à 50 mètres est indispensable pour l’accueil des vecteurs sanitaires

Questions fréquentes sur le PMA en DPS

Quelle différence entre un poste de secours et un poste médical avancé ?

Un poste de secours est armé uniquement par des secouristes bénévoles (titulaires du PSE1 ou PSE2) et prend en charge les urgences relatives et mineures. Un poste médical avancé PMA intègre en plus une équipe médicale (médecin, IDE) et gère les urgences vitales sur place, avant évacuation hospitalière.

Un PMA est-il obligatoire pour tous les rassemblements ?

Non. Un poste médical avancé PMA n’est obligatoire qu’au-delà d’un certain seuil de RIS (généralement supérieur à 36 selon la RNDPS) ou lorsque la nature du risque l’impose (compétitions extrêmes, environnements isolés, événements identifiés à risque terroriste). Consultez notre article sur l’organisation d’un dispositif prévisionnel de secours pour le seuil applicable à votre événement.

Qui décide de la mise en place d’un PMA ?

Le chef du dispositif de secours propose le dimensionnement dans la convention DPS, mais c’est la préfecture qui valide la déclaration. En cas d’incident majeur imprévu, un PMA peut être ordonné par le Commandant des Opérations de Secours (COS) et pris en compte par le SDIS territorial.

Combien coûte l’armement d’un PMA pour un festival ?

Le coût varie de 3 000 à 15 000 euros selon la durée, la taille et la présence médicale requise. Ce budget inclut la location du matériel de tente, la vacation des personnels médicaux, l’assurance responsabilité civile et le consommable médical. Un logiciel de gestion des dispositifs prévisionnels de secours permet de chiffrer précisément l’engagement de chaque équipier et de facturer l’organisateur.

Comment tracer les victimes prises en charge au PMA ?

Chaque victime doit disposer d’une fiche bilan reprenant l’heure d’arrivée, la catégorie START attribuée, le bilan lésionnel, les gestes réalisés, l’heure d’évacuation et le vecteur utilisé. Cette traçabilité protège juridiquement l’organisateur, alimente le retour d’expérience post-événement et répond aux exigences du RGPD lorsqu’elle est numérisée.

Le PMA doit-il être signalé au SAMU-Centre 15 ?

Oui. La convention de DPS transmise à la préfecture indique la présence du PMA, ses coordonnées GPS précises et son numéro de téléphone dédié. Le SAMU-Centre 15 est informé avant l’événement pour intégrer le PMA au dispositif de régulation médicale du territoire.

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