Par Léa · Rédactrice eBrigade · Publié le 22 juillet 2026
Triage START : trier un afflux de victimes multiples sur un DPS
Triage START : trier un afflux de victimes multiples sur un DPS
Un mouvement de foule dans un festival, une chute d’échafaudage sur un chantier public, un carambolage à la sortie d’un rassemblement : dès qu’un dispositif prévisionnel de secours (DPS) doit gérer plus de trois blessés simultanés, la logique du secours individuel s’effondre. Le triage START (Simple Triage And Rapid Treatment), importé de la médecine de catastrophe américaine et adopté par de nombreuses équipes associatives françaises, permet à un secouriste seul de catégoriser une dizaine de victimes en moins de cinq minutes. Cet article détaille la méthode, son articulation avec la doctrine française, et les points de coordination à verrouiller avant chaque intervention en événementiel.
Pourquoi le triage START s’impose en événementiel
Sur un DPS classique, chaque victime bénéficie d’un bilan complet et d’une prise en charge personnalisée. Dès lors qu’un afflux dépasse la capacité des équipes présentes, cette approche devient dangereuse : le secouriste qui s’attarde sur un blessé grave laisse mourir un blessé critique invisible. La médecine de catastrophe inverse la logique — faire le maximum de bien au maximum de victimes, pas le maximum de soins à la première rencontrée.
Le triage START répond à cette exigence avec trois qualités :
- Rapidité : 30 secondes par victime en moyenne.
- Universalité : pas besoin d’être médecin, un secouriste PSE2 ou un SST expérimenté peut l’appliquer.
- Reproductibilité : les catégories sont visuelles, transmissibles par radio et compréhensibles par tous les intervenants (SDIS, SAMU, associations agréées).
Les quatre catégories de tri
START classe les victimes selon un code couleur mondialement reconnu :
| Couleur | Priorité | Signification |
|---|---|---|
| Rouge | Absolue | Détresse vitale, évacuation immédiate |
| Jaune | Relative | Blessure grave mais état stable |
| Vert | Différée | Blessés légers, autonomes |
| Noir | Décédé ou dépassé | Aucune prise en charge active |
Chaque victime reçoit un bracelet ou une étiquette de la couleur correspondante, apposé au poignet ou sur le vêtement. Sans marquage physique, le tri est inutilisable en relève.
L’algorithme START en trois questions
Le trieur arrive sur zone, demande à haute voix : « Toutes les personnes qui peuvent marcher, dirigez-vous vers ce point ». Cette instruction filtre immédiatement les verts (blessés autonomes qui obéissent). Restent au sol les victimes à évaluer une par une :
1. Respiration
- Absence de respiration après libération des voies aériennes → noir.
- Respiration présente > 30/min ou < 10/min → rouge.
- Respiration normale → passer à l’étape 2.
2. Perfusion
Test du pouls radial ou du temps de recoloration capillaire (TRC) sur l’ongle :
- Pouls radial absent ou TRC > 2 secondes → rouge.
- Circulation correcte → passer à l’étape 3.
3. État de conscience
- Incapable d’exécuter un ordre simple (« serrez ma main ») → rouge.
- Répond correctement → jaune.
En trente secondes, la victime est étiquetée. Le trieur passe à la suivante sans réaliser de soin, à l’exception de deux gestes salvateurs autorisés : libérer les voies aériennes et comprimer une hémorragie massive.
Articuler START avec la doctrine française
Le triage START n’est pas un référentiel officiel de la sécurité civile française, qui utilise ses propres grilles (T1, T2, T3 ou UA/UR/UD selon les protocoles préfectoraux). En pratique, START sert de pré-tri opérationnel : les secouristes associatifs identifient et regroupent les victimes selon les quatre couleurs, puis le médecin régulateur ou l’équipe SMUR arrivant sur place transpose les catégories dans la nomenclature officielle. La transmission par radio devient alors immédiate : « 4 rouges, 7 jaunes, 12 verts, 1 noir sur zone A ».
Préparer son équipe avant le DPS
Le triage START ne s’improvise pas le jour de l’événement. Trois conditions à sécuriser en amont :
- Matériel dédié : lot de 30 à 50 bracelets colorés par équipe de terrain, marqueurs indélébiles, fiches de synthèse plastifiées.
- Rôles pré-attribués : sur un DPS de grande envergure, désigner nommément le trieur, le point de rassemblement des verts (PRV), le poste médical avancé (PMA) et l’officier logistique évacuation.
- Exercice sur table : trente minutes avant la mission, faire tourner l’équipe sur un scénario écrit de 10 victimes. C’est le seul moyen fiable de détecter les hésitations sur les cas limites (respiration irrégulière, blessé psychiatrique agité).
Piloter la traçabilité avec eBrigade
Un tri de masse ne vaut que s’il est tracé : identité (ou numéro anonyme), catégorie, heure d’étiquetage, gestes réalisés, destinataire d’évacuation. Ces données conditionnent aussi bien la coordination avec le SAMU que le retour d’expérience post-événement et la couverture assurantielle du dispositif. eBrigade centralise la gestion des dispositifs prévisionnels de secours, des équipes secouristes et des habilitations opérationnelles : composition des postes, disponibilités, qualifications PSE1/PSE2, matériel affecté, fiches bilan numériques. Les associations agréées de sécurité civile qui pilotent leurs DPS avec eBrigade transforment l’improvisation en processus reproductible — et gagnent, sur chaque intervention, les minutes qui séparent le tri de la relève.
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