Par Clara · Rédactrice eBrigade · Publié le 22 août 2026
Coup de chaleur en entreprise : gestes d'urgence et prévention
Un coup de chaleur en entreprise tue en moins d’une heure si le refroidissement n’est pas initié dans les dix premières minutes. Confondre malaise vagal et hyperthermie sévère peut coûter la vie d’un salarié — et engager la responsabilité pénale de l’employeur pour faute inexcusable.
Le coup de chaleur en entreprise désigne une hyperthermie sévère (température corporelle supérieure à 40 °C) associée à des troubles neurologiques, provoquée par une exposition professionnelle à la chaleur ou à un effort en ambiance chaude. Il constitue une urgence vitale absolue relevant du plan canicule employeur. Ce guide s’adresse aux coordinateurs SST, responsables HSE et référents canicule chargés d’appliquer les obligations issues du décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 sur la prévention des risques liés aux fortes chaleurs au travail.
Comment reconnaître un coup de chaleur au travail ?
Le coup de chaleur se distingue d’un simple épuisement thermique par la présence de signes neurologiques et l’arrêt de la sudation. La progression clinique se décompose en trois stades — crampes, épuisement, coup de chaleur — qu’il faut savoir identifier pour graduer la réponse.
- Crampes de chaleur : contractures musculaires douloureuses (mollets, abdomen), sudation abondante, conscience normale, température < 38,5 °C.
- Épuisement thermique : céphalées, nausées, vertiges, peau moite, pouls rapide, température entre 38,5 et 40 °C. Récupération possible au repos et à l’ombre.
- Coup de chaleur : peau chaude, rouge et sèche (sudation arrêtée), confusion, agressivité, convulsions, perte de connaissance, température ≥ 40 °C. Urgence absolue.
Signal d’alerte majeur : un salarié qui devient incohérent, agité ou somnolent en ambiance chaude fait un coup de chaleur jusqu’à preuve du contraire. N’attendez pas la prise de température : l’appel au 15 doit être immédiat.
Quels sont les 5 gestes d’urgence face à un coup de chaleur ?
Les cinq gestes de secours à appliquer devant un coup de chaleur en entreprise visent un objectif unique : abaisser la température centrale sous 39 °C en moins de 30 minutes. Chaque minute perdue augmente le risque de séquelles neurologiques irréversibles.
- Alerter le 15 ou le 112 en donnant les circonstances, la température ambiante, l’état de conscience et les gestes en cours.
- Déplacer la victime vers un local frais, climatisé si possible, à l’abri du rayonnement solaire direct.
- Déshabiller au maximum (torse nu, retrait des chaussures) pour favoriser les échanges thermiques.
- Refroidir activement : brumisation d’eau tempérée sur tout le corps + ventilation continue (ventilateur, éventail). Alternative : linges humides sur front, nuque, aisselles, plis de l’aine, changés toutes les 3 minutes.
- Hydrater par petites gorgées UNIQUEMENT si la victime est parfaitement consciente et capable de déglutir. En cas de trouble de la conscience : position latérale de sécurité et surveillance stricte.
Ne jamais immerger la victime dans un bain glacé (risque de choc thermique et de vasoconstriction paradoxale), ni administrer d’antipyrétique (paracétamol, ibuprofène) — ces médicaments sont inefficaces sur une hyperthermie d’exposition et aggravent le risque hépatique.
Quelles obligations employeur face aux fortes chaleurs ?
Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, impose une évaluation spécifique des risques liés à la chaleur dans le DUERP et déclenche des mesures graduées selon les seuils de vigilance Météo-France (jaune, orange, rouge).
Obligations en vigilance orange (≥ 32 °C) :
- Fourniture d’au moins 3 litres d’eau fraîche par salarié et par jour sur les chantiers extérieurs
- Aménagement des horaires (démarrage matinal, pause allongée entre 12 h et 16 h)
- Local de repos climatisé ou zone ombragée ventilée à moins de 5 minutes du poste
- Information renforcée des salariés (affichage, briefing quotidien)
Obligations en vigilance rouge (canicule extrême) : suspension de l’activité pour les postes exposés (BTP, agriculture, logistique extérieure) sauf mesures de compensation validées par le CSE. Le non-respect expose l’employeur à une amende administrative jusqu’à 4 000 € par salarié concerné (article L. 4741-14 du Code du travail).
Comment structurer un plan canicule opérationnel ?
Un plan canicule efficace repose sur quatre livrables articulés : cartographie des postes à risque, procédure d’alerte, kit de refroidissement et référent canicule identifié. Il se déclenche automatiquement dès le passage en vigilance orange par Météo-France.
Checklist plan canicule entreprise :
- Cartographie des postes exposés (température, effort, EPI imperméables)
- Fiche réflexe « coup de chaleur » plastifiée près de chaque poste à risque
- Kit de refroidissement : brumisateur, ventilateur portable, packs froids, thermomètre frontal
- Référent canicule formé (SST idéalement) désigné par site
- Registre des interventions et déclaration en accident de service si arrêt de travail
Pour aller plus loin, consultez notre guide complet des premiers secours en entreprise, le contenu réglementaire de la trousse de secours et notre méthode pour organiser les recyclages MAC-SST.
À retenir
- Peau sèche + trouble de la conscience + ambiance chaude = coup de chaleur, appel 15 immédiat
- Refroidir en brumisant + ventilant, jamais en immergeant dans la glace
- Objectif : abaisser la température centrale sous 39 °C en moins de 30 minutes
- Le décret du 27 mai 2025 impose eau, pauses et local frais dès la vigilance orange
- Un salarié somnolent ou agité par temps chaud n’est jamais « juste fatigué »
FAQ coup de chaleur en entreprise
Quelle différence entre coup de chaleur et insolation ?
L’insolation est un coup de chaleur provoqué par l’exposition directe au rayonnement solaire, avec atteinte spécifique des méninges (céphalées violentes, raideur de nuque). La prise en charge est identique : refroidissement actif et appel au 15. En milieu professionnel, la majorité des hyperthermies sévères sont des coups de chaleur d’effort, sans exposition solaire directe.
Un salarié peut-il refuser de travailler en cas de canicule ?
Oui, dans le cadre du droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) si le salarié estime que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. L’employeur ne peut ni sanctionner ni retenir la rémunération. Le droit de retrait s’apprécie au cas par cas, en fonction du poste, de l’âge, des pathologies et des mesures de prévention en place.
Faut-il déclarer un coup de chaleur en accident du travail ?
Oui, dès lors qu’il survient au temps et au lieu de travail. La déclaration s’effectue dans les 48 heures via la DAT (déclaration d’accident du travail). En cas de décès ou de séquelles graves, l’inspection du travail et la CARSAT diligentent une enquête sur les mesures de prévention en place. L’absence de plan canicule documenté caractérise la faute inexcusable.
Quels salariés sont les plus à risque ?
Cinq populations concentrent le risque : salariés âgés (> 55 ans), femmes enceintes, personnes souffrant de pathologies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque ou rénale), salariés sous traitement diurétique ou neuroleptique, et travailleurs isolés (chauffeurs, techniciens itinérants). Ces profils doivent faire l’objet d’un suivi médical renforcé par le SPST.
Combien de temps conserver les données du registre canicule ?
Le registre des interventions liées à la chaleur et les relevés de température des postes de travail doivent être conservés cinq ans, comme les autres documents du DUERP. Ces éléments sont exigibles par l’inspection du travail et opposables en cas de contentieux prud’homal ou pénal.
Structurer votre organisation premiers secours
Déclencher un plan canicule suppose de disposer, en temps réel, de la liste des SST et référents canicule disponibles par site, du suivi des habilitations à jour et d’un canal d’alerte fiable. eBrigade centralise ces dimensions : suivi nominatif des recyclages SST, alerte automatique des échéances MAC, planning des présences par site, registre numérique des interventions et diffusion des consignes canicule. La plateforme s’adresse aux coordinateurs sécurité multi-sites, aux organismes de formation Qualiopi et aux services SPST. Complétez votre organisation avec le registre SST multisites du coordinateur, puis testez le module sur ebrigade.app.
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