Par la rédaction eBrigade · Publié le
Référent secouriste en entreprise : missions et désignation
Le « référent secouriste » n’est pas un titre défini par le Code du travail. Dans la pratique, cette expression désigne souvent le salarié sauveteur secouriste du travail (SST) ou la personne qui coordonne le dispositif de premiers secours. L’obligation juridique porte d’abord sur l’organisation des secours par l’employeur, sur la présence de personnel formé dans certaines situations et sur des moyens adaptés aux risques.
En 2026, une organisation solide repose donc sur trois éléments : des secouristes formés, une couverture réelle de chaque site et de chaque horaire, et un document interne qui décrit l’alerte et la prise en charge. La simple présence de noms sur une liste ne suffit pas si les salariés concernés sont absents, affectés ailleurs ou titulaires d’un certificat expiré.
Qu’est-ce qu’un référent secouriste en entreprise ?
Un référent secouriste est un salarié identifié pour porter les premiers secours et, s’il est formé au SST, contribuer à la prévention des risques professionnels. Cette appellation interne ne crée cependant ni un statut légal particulier ni une délégation générale de la responsabilité de l’employeur.
Le Code du travail impose qu’un membre du personnel reçoive la formation nécessaire dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux. La même règle s’applique à chaque chantier qui réunit les conditions d’effectif, de durée et de danger prévues par l’article R. 4224-15 du Code du travail. Ces salariés formés ne remplacent pas les infirmiers.
Il faut distinguer le secouriste :
- du salarié compétent en prévention des risques professionnels, que l’employeur peut désigner au titre de l’article L. 4644-1 du Code du travail ;
- du référent en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes ;
- des personnes chargées de l’évacuation en cas d’incendie ;
- de la personne qui administre le registre des accidents du travail bénins.
Un même salarié peut remplir plusieurs fonctions, mais chaque mission doit avoir un périmètre, des compétences et des preuves de formation clairement identifiés.
Quelles sont les missions du référent secouriste ?
Le secouriste protège, examine la victime, alerte les secours et réalise les gestes qui relèvent de sa formation. Le SST exerce en plus un rôle de prévention dans l’entreprise.
Ses missions opérationnelles consistent à :
- intervenir sans se mettre en danger ni exposer d’autres personnes ;
- déclencher l’alerte selon le protocole interne et transmettre aux secours des informations factuelles ;
- appliquer les gestes appris jusqu’à la prise en charge par les secours spécialisés ;
- signaler les dangers ou les situations de travail susceptibles de provoquer un nouvel accident ;
- participer, à la demande de l’employeur, aux actions de prévention et aux retours d’expérience.
L’INRS décrit le SST comme un salarié capable d’intervenir face à un accident ou à un malaise et de contribuer à la prévention, notamment en apportant son concours au document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Le SST ne pose pas de diagnostic médical et ne décide pas seul du transport d’une victime.
Combien de secouristes faut-il désigner ?
Il n’existe pas de pourcentage réglementaire de SST applicable à toutes les entreprises. Le nombre nécessaire dépend des risques, des implantations, des horaires, des absences prévisibles et du délai d’arrivée des secours extérieurs.
L’obligation minimale de l’article R. 4224-15 vise chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux ainsi que les chantiers employant au moins vingt travailleurs pendant plus de quinze jours lorsque des travaux dangereux y sont réalisés. En dehors de ces cas, l’employeur doit tout de même organiser les soins d’urgence en fonction des risques.
Le ratio de 10 à 15 % parfois présenté comme une recommandation actuelle ne doit pas être utilisé comme une règle automatique. L’INRS précise qu’il n’existe aucun ratio réglementaire et que les anciennes circulaires à l’origine d’un objectif chiffré ont été abrogées.
Pour dimensionner le dispositif, examinez plutôt :
- les unités de travail et les dangers recensés dans le DUERP ;
- les équipes de nuit, les horaires décalés et les périodes de faible effectif ;
- les congés, les formations, les déplacements et le télétravail ;
- les postes isolés et les zones éloignées du point d’accès des secours ;
- la dispersion des bâtiments, étages, ateliers ou chantiers ;
- la présence éventuelle d’un infirmier et le délai prévisible des secours extérieurs.
La bonne question n’est donc pas « combien de SST figurent dans l’effectif ? », mais « une personne formée et disponible peut-elle intervenir rapidement dans chaque situation de travail couverte ? ».
Construire une matrice de couverture par site et par horaire
Une matrice de couverture transforme une liste de certificats en dispositif opérationnel. Elle met en regard les risques, les lieux, les plages de présence et les remplaçants réellement disponibles.
Créez une ligne pour chaque unité de travail et renseignez au minimum :
| Élément à vérifier | Question de contrôle | Preuve utile |
|---|---|---|
| Site ou zone | Où le secouriste doit-il pouvoir intervenir ? | Plan du site ou liste des unités |
| Plage de travail | Quels horaires doivent être couverts ? | Planning ou tableau de service |
| Risques particuliers | Quels scénarios exigent une réponse adaptée ? | DUERP et consignes de sécurité |
| Secouriste disponible | Qui est présent, formé et joignable ? | Planning croisé avec la validité du certificat |
| Suppléance | Qui prend le relais en cas d’absence ? | Règle de remplacement |
| Accès des secours | Qui accueille et guide les secours extérieurs ? | Consigne d’urgence testée |
| Matériel | Le matériel adapté est-il accessible ? | Inventaire et contrôles périodiques |
Révisez cette matrice lors d’un changement d’équipe, d’horaires, de locaux, de procédé ou de risque. Pour approfondir la méthode, consultez l’article consacré à la cartographie des secouristes par site.
Comment désigner un référent secouriste ?
La désignation doit partir de l’évaluation des risques et aboutir à une consigne connue de tous. Une lettre de mission peut clarifier l’organisation, mais elle n’est pas, à elle seule, la source de la conformité.
Définir le besoin avant de choisir une personne
Identifiez les zones et horaires à couvrir, les scénarios d’accident plausibles, le matériel disponible et les modalités d’alerte. En l’absence d’infirmier, ou lorsque sa présence n’est pas permanente, l’article R. 4224-16 du Code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires après avis du médecin du travail, en liaison avec les secours extérieurs, puis de les consigner dans un document tenu à la disposition de l’inspection du travail.
Choisir des salariés réellement disponibles
La proximité du risque, la stabilité sur le créneau de travail, l’aptitude à appliquer une consigne et la possibilité de quitter temporairement son poste sont plus importantes qu’un quota global. Il est prudent de prévoir des suppléants afin que le dispositif ne dépende pas d’une seule personne.
Former et certifier
La formation SST doit être dispensée par une entreprise ou un organisme habilité, avec un formateur titulaire d’un certificat valide. L’INRS publie les modalités de la formation SST et l’accès à la liste des organismes habilités.
Formaliser le rôle
Une note ou une lettre de mission peut préciser :
- le site, la zone et les horaires concernés ;
- la procédure d’alerte et les limites d’intervention ;
- le temps prévu pour la formation et le maintien des compétences ;
- les modalités de suppléance ;
- le circuit de signalement des dangers et des interventions ;
- la personne chargée de suivre les échéances.
Un avenant au contrat de travail n’est pas une formalité systématiquement exigée pour nommer un secouriste. Si la mission modifie un élément essentiel du contrat, l’employeur doit toutefois examiner la situation avec son conseil habituel.
Rendre l’organisation visible et la tester
Les salariés doivent savoir qui alerter, où se trouve le matériel et comment guider les secours. Un exercice réaliste permet de vérifier la joignabilité, l’accès au site, la disponibilité du matériel et la continuité pendant les absences.
Formation SST et MAC : durées et validité
La formation initiale SST dure quatorze heures, le maintien et l’actualisation des compétences (MAC) dure sept heures et le certificat est valable vingt-quatre mois. Ces durées et cette périodicité sont celles publiées par l’INRS sur la fiche de formation SST.
| Étape | Durée minimale | Effet |
|---|---|---|
| Formation initiale SST | 14 h en présentiel | Certificat national sous réserve de réussite aux évaluations |
| MAC SST | 7 h en présentiel | Prolongation du certificat sous réserve de réussite |
| Validité du certificat | 24 mois | Un nouveau MAC est nécessaire pour prolonger la validité |
Le suivi doit porter sur la date de fin de validité exacte, et non seulement sur l’année du recyclage. Il faut aussi intégrer les délais d’inscription afin d’éviter une rupture de couverture.
Un certificat expiré ne conduit pas automatiquement à recommencer toute la formation initiale. Le document de référence du dispositif SST de l’INRS indique que le salarié ne peut plus exercer comme SST après l’échéance, mais qu’il peut suivre un MAC pour recouvrer sa certification si le délai écoulé ne compromet pas sa réussite aux évaluations. Dans le cas contraire, une nouvelle formation initiale est conseillée.
Le PSC1, le PSE ou l’AFGSU ne donnent pas automatiquement le certificat SST. Certaines compétences peuvent permettre un parcours adapté, mais le candidat doit satisfaire aux exigences de certification du dispositif SST. L’employeur doit donc vérifier le titre détenu et sa pertinence au regard de l’organisation des secours, sans inscrire une équivalence qui n’existe pas.
Passeport de prévention : ce qui change pour le SST en 2026
La formation de sauveteur secouriste du travail entre dans le Passeport de prévention, mais son calendrier de déclaration dépend de la personne qui dispense la formation.
Le Portail officiel du Passeport de prévention classe le sauvetage secourisme du travail en catégorie 3. Selon le calendrier actualisé après le décret du 12 juin 2026 :
- les organismes de formation déclarent les formations éligibles de toutes les catégories depuis le 1er juillet 2026 ;
- pendant la période transitoire qui court jusqu’au 31 décembre 2026, les employeurs ne déclarent que les formations éligibles des catégories 1 et 2 qu’ils dispensent en interne ;
- à compter du 1er janvier 2027, les employeurs devront aussi déclarer les formations éligibles des catégories 3 et 4, ce qui inclut le SST dispensé en interne.
Le Passeport de prévention améliore la traçabilité individuelle, mais il ne remplace ni la matrice de couverture, ni le document d’organisation des secours, ni les justificatifs nécessaires au suivi interne. En pratique, les RH doivent rapprocher les déclarations du Passeport, les certificats reçus et les affectations réelles des salariés.
Coordination avec le CSE, le SPST et le DUERP
L’employeur reste responsable du dispositif ; le CSE, le service de prévention et de santé au travail (SPST) et les SST contribuent à l’adapter aux risques réels.
Le médecin du travail donne l’avis prévu par l’article R. 4224-16 sur les mesures de premiers secours lorsque l’organisation entre dans ce cadre. Le CSE est consulté sur le DUERP et ses mises à jour lorsqu’il existe. Les SST peuvent faire remonter des observations de terrain, mais ils ne se substituent ni à l’employeur pour l’évaluation des risques ni au SPST pour le suivi de santé.
Le DUERP doit être actualisé lorsqu’une information nouvelle sur un risque apparaît ou lorsqu’un aménagement important modifie les conditions de santé, de sécurité ou de travail. Sa mise à jour au moins annuelle concerne les entreprises d’au moins onze salariés, conformément à l’article R. 4121-2 du Code du travail.
Un pilotage utile consiste à examiner périodiquement :
- les changements d’activité et les nouveaux risques ;
- les interventions et presque-accidents, sous une forme qui respecte la confidentialité ;
- les échéances de formation et les absences à venir ;
- les écarts de couverture par site et par plage horaire ;
- l’accessibilité du matériel de premiers secours, que l’article R. 4224-14 exige d’adapter aux risques et de rendre facilement accessible ;
- les actions correctives décidées après un exercice ou un événement.
Intervention et registre des accidents bénins : ne pas confondre
Toute intervention ne doit pas être inscrite automatiquement dans un registre des accidents bénins. Ce registre ne peut être utilisé que si l’entreprise et l’accident remplissent les conditions légales.
Le Code de la sécurité sociale subordonne la tenue du registre à plusieurs conditions, dont la présence permanente d’un professionnel habilité ou d’une personne chargée d’une mission d’hygiène et de sécurité possédant les qualifications requises, l’existence d’un poste de secours d’urgence et le respect des obligations relatives au CSE.
Seuls les accidents qui n’entraînent ni arrêt de travail ni soins médicaux pris en charge peuvent être inscrits dans ce registre. Si l’état de la victime impose ensuite des soins ou un arrêt, l’employeur doit effectuer la déclaration d’accident du travail dans les conditions applicables. Le guide sur le registre des accidents du travail bénins détaille le circuit et les mentions à conserver.
Les comptes rendus d’intervention ordinaires doivent rester proportionnés à leur finalité. Limitez les données de santé, les accès et la durée de conservation aux besoins réellement identifiés.
FAQ sur le référent secouriste en entreprise
Le SST est-il obligatoire dans toutes les entreprises ?
Non. Le Code du travail impose explicitement un membre du personnel formé dans les ateliers où sont accomplis des travaux dangereux et sur les chantiers qui remplissent les conditions de l’article R. 4224-15. Dans toutes les entreprises, l’employeur doit néanmoins organiser les secours et adapter les moyens aux risques.
Existe-t-il un nombre minimum de SST par salarié ?
Non, aucun ratio général n’est fixé par la réglementation. L’employeur doit respecter les cas obligatoires et déterminer un effectif suffisant à partir des risques, des horaires, des lieux et des absences. Un pourcentage global ne démontre pas que chaque équipe est effectivement couverte.
Un titulaire du PSC1 peut-il être désigné comme SST ?
Pas automatiquement. Le PSC1 atteste des compétences de premiers secours, tandis que le certificat SST comprend un cadre propre au travail et à la prévention des risques professionnels. Un parcours adapté peut être proposé selon les justificatifs du candidat, mais la certification SST suppose la réussite aux évaluations prévues.
Que faire si le certificat SST a expiré ?
Le salarié ne doit plus être compté comme SST certifié. Il faut vérifier rapidement avec un organisme habilité s’il peut recouvrer sa certification par un MAC. Une nouvelle formation initiale est conseillée lorsque le délai ou la perte de compétences risque de compromettre la réussite aux évaluations.
Une lettre de mission est-elle obligatoire ?
Le Code du travail n’impose pas un document intitulé « lettre de mission » pour chaque secouriste. Une formalisation écrite reste utile pour définir le périmètre, la suppléance et le temps consacré à la mission. Le document exigé par l’article R. 4224-16 concerne les mesures d’organisation des premiers secours prises par l’employeur.
Le référent secouriste peut-il refuser d’intervenir ?
Le secouriste agit dans la limite de sa formation et sans créer de danger pour lui-même ou pour autrui. Comme toute personne, il reste soumis à l’obligation d’assistance prévue par l’article 223-6 du Code pénal, lorsque l’assistance peut être apportée sans risque pour lui ou pour les tiers. Une situation concrète doit toutefois être appréciée selon ses circonstances.
Le Passeport de prévention remplace-t-il le registre interne des SST ?
Non. Il trace les formations et certifications éligibles, mais ne montre pas à lui seul qui est présent sur un site ou un horaire donné. L’employeur doit conserver un suivi opérationnel des affectations, des échéances, des suppléants et des justificatifs.
Centraliser le suivi sans perdre la responsabilité de l’employeur
Un outil de suivi peut réunir les certificats, les dates de MAC, les affectations, les absences et les preuves documentaires. Il doit surtout permettre de repérer une rupture de couverture avant qu’elle ne survienne.
eBrigade permet de centraliser les profils, les compétences et les échéances de formation, puis d’exporter les informations utiles au pilotage. L’outil facilite le suivi, mais la définition du nombre de secouristes, l’analyse des risques et l’organisation des secours restent de la responsabilité de l’employeur.
Pour aller plus loin :
Gérez vos équipes terrain avec eBrigade
Planning, formations, habilitations, pointage — tout en un.
Demander une démo gratuite