Par Joseph · Expert eBrigade Technologies · Publié le 15 janvier 2025

Le SDACR : obligation légale et enjeu opérationnel

Le Schéma Départemental d’Analyse et de Couverture des Risques est un document fondateur de l’organisation des secours en France. Rendu obligatoire par la loi du 3 mai 1996, codifiée à l’article L.1424-7 du Code général des collectivités territoriales, il est adopté par le conseil d’administration du SDIS et révisé tous les cinq ans. Il analyse les risques courants et particuliers du département et définit en conséquence les objectifs de couverture opérationnelle.

Sa révision quinquennale exige une base statistique solide sur les cinq années précédentes : nombre d’interventions par type et par secteur géographique, délais de départ et d’arrivée, taux d’occupation des engins, évolution des risques dans le département. Ces données doivent être précises, comparables d’une année sur l’autre, et exportables dans les formats attendus par la Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises (DGSCGC).

En l’absence de traçabilité numérique, la production de ces statistiques mobilise les états-majors SDIS pendant plusieurs semaines de consolidation manuelle. C’est un travail chronophage, source d’erreurs, qui détourne les officiers de leurs missions opérationnelles. Un SDIS de taille moyenne (10 000 à 15 000 interventions par an) peut mobiliser deux à trois semaines-officier pour produire les statistiques d’une seule révision quinquennale. L’automatisation de cette chaîne est un enjeu de performance et de conformité.

La nomenclature DGSCGC : un référentiel à intégrer nativement

Pour être exploitables dans le SDACR, les rapports d’intervention doivent utiliser une nomenclature standardisée. La DGSCGC distingue quatre grandes catégories d’intervention.

Les SAP (Secours à Personnes) regroupent les interventions médicales, accidents de la vie courante, malaises, accouchements. Cette catégorie représente souvent 60 à 70 % des interventions totales d’un SDIS, une part en constante augmentation du fait du vieillissement de la population et de la désertification médicale en zone rurale.

Les INC (Incendies) couvrent les feux de bâtiments, feux de véhicules et feux de végétation. Catégorie historique du secours incendie, elle représente aujourd’hui une part minoritaire des interventions — en général 10 à 15 % selon les départements.

Les AVP (Accidents sur la Voie Publique) regroupent les accidents de la circulation routière, souvent combinés avec une intervention SAP pour les victimes. Leur fréquence est très corrélée aux axes routiers et aux périodes saisonnières.

Les OD (Opérations Diverses) couvrent inondations, risques technologiques, aides à personne, animaux, et tout ce qui n’entre pas dans les catégories précédentes. Leur volume a tendance à croître avec l’intensification des événements météorologiques extrêmes.

Un logiciel de gestion pour SDIS doit intégrer cette nomenclature nativement, afin que le chef d’agrès sélectionne directement la bonne catégorie lors de la saisie du rapport, sans reclassement manuel en fin d’année.

Les cinq indicateurs SDACR à automatiser en priorité

Parmi les nombreux indicateurs que peut contenir un SDACR, cinq méritent une attention particulière car ils sont les plus fréquemment demandés par les préfectures et les plus difficiles à produire manuellement.

Le délai de départ est l’indicateur principal. Il mesure le temps entre la réception de l’alerte par le CIS et le départ du premier engin. L’objectif national est un délai inférieur à 10 minutes pour 90 % des interventions. Un logiciel qui horodate automatiquement chaque étape — réception alerte, début de mobilisation, confirmation des effectifs, départ engin — calcule cet indicateur sans saisie manuelle supplémentaire.

Le taux de disponibilité des effectifs mesure la capacité du CIS à constituer un équipage minimum à tout moment. En croisant les données de plannings et d’astreintes avec les données d’intervention, le logiciel calcule le taux de fois où l’effectif minimum était atteint au moment du départ.

La répartition géographique des interventions permet d’identifier les zones sous-couvertes. Couplée à la géolocalisation des rapports d’intervention, elle alimente directement la cartographie du SDACR.

L’évolution du volume par type d’intervention sur cinq ans montre les tendances — augmentation des SAP liée au vieillissement de la population, évolution des feux de forêt liée au changement climatique — qui justifient les ajustements de couverture dans la révision du schéma.

Le temps moyen d’engagement par type d’intervention permet de calculer le taux d’occupation des engins et d’optimiser la répartition des moyens entre CIS.

La saisie mobile sur le terrain : le changement de paradigme

Le rapport d’intervention doit être saisi au plus près de l’événement, idéalement pendant le retour au CIS ou dès la fin de l’intervention. La mémoire des détails s’estompe rapidement, et une saisie différée de plusieurs heures ou jours produit des données moins fiables, avec des erreurs sur les horaires et les effectifs engagés.

Une application mobile dédiée permet au chef d’agrès de saisir le compte rendu en deux à quatre minutes depuis son smartphone, avant même de regagner la caserne. L’interface est optimisée pour la saisie rapide : listes déroulantes pour le type d’intervention et les effectifs, carte pour géolocaliser le sinistre, champs texte courts pour les observations. Les photos prises sur le terrain peuvent être attachées directement au rapport.

Une fois validé par le chef d’agrès, le rapport est automatiquement intégré dans les statistiques du CIS. Le chef de centre voit en temps réel sur son tableau de bord le volume d’activité du mois, la répartition par type, les délais moyens. Il n’a plus à attendre la consolidation mensuelle pour avoir une vision de l’activité de son centre.

Ce changement de paradigme élimine aussi les pertes de données liées aux formulaires papier : un rapport manuscrit peut se perdre, être illisible, ou ne jamais être saisi dans le système de centralisation. La saisie mobile directe garantit que 100 % des interventions sont tracées dès le retour terrain.

L’agrégation multi-niveaux : CIS, groupement, SDIS

L’un des avantages majeurs de la saisie numérique est l’agrégation automatique des données à plusieurs niveaux de l’organisation. Chaque CIS voit ses propres statistiques en temps réel. Le groupement de secours voit les statistiques consolidées des CIS qui le composent. L’état-major du SDIS voit la vision départementale complète, mise à jour en continu.

Cette architecture multi-niveaux permet des analyses qui étaient impossibles avec des tableaux Excel séparés : comparaison des délais de départ entre CIS d’un même groupement, identification des zones où les interventions SAP ont augmenté de plus de 20 % en deux ans, calcul du taux d’occupation des VSAV par tranche horaire.

Le directeur du SDIS peut piloter la performance opérationnelle en temps réel, sans attendre la consolidation annuelle. Les alertes sur les indicateurs dégradés — un délai de départ qui dépasse l’objectif sur un secteur pendant plusieurs semaines — sont visibles immédiatement et permettent d’agir rapidement, avant que le problème ne soit formalisé dans un rapport annuel.

L’export DGSCGC : production automatisée et conformité garantie

La remontée des statistiques à la DGSCGC et à la préfecture suit des formats précis, définis par circulaire. En mode manuel, la production de ces exports mobilise plusieurs personnes pendant plusieurs jours, avec des risques d’erreur sur les codes catégories et les regroupements géographiques.

Avec un logiciel adapté, l’export est généré en quelques secondes depuis le tableau de bord. Les données sont déjà structurées dans le format attendu, les codes DGSCGC sont appliqués automatiquement selon la nomenclature en vigueur, et l’export peut être produit pour n’importe quelle période sans travail supplémentaire.

L’historique pluriannuel est également disponible immédiatement. Lors de la révision quinquennale du SDACR, les cinq années de données sont accessibles d’un clic — plus besoin de retrouver et consolider des fichiers Excel de plusieurs années précédentes, souvent stockés sur des serveurs locaux avec des formats hétérogènes ou des colonnes renommées par différents agents.

La traçabilité complète de chaque rapport — qui a saisi, qui a validé, quand, et l’historique des éventuelles corrections — protège le SDIS en cas d’audit de l’Inspection Générale de la Sécurité Civile ou d’enquête judiciaire suite à un sinistre. L’intégrité des données statistiques est garantie par le système lui-même, sans dépendre de la rigueur de chaque agent.

Du pilotage opérationnel au décisionnel stratégique

Le tableau de bord d’un SDIS numérisé devient un outil de pilotage stratégique. Au-delà du simple comptage des interventions, il permet d’identifier des tendances et de prendre des décisions éclairées sur l’organisation des secours.

Un CIS dont les délais de départ de nuit dépassent régulièrement 10 minutes révèle un problème d’effectif en astreinte nocturne. Une augmentation de 30 % des interventions SAP en trois ans dans un secteur vieillissant justifie une révision du maillage territorial. Un taux d’occupation des VSAV supérieur à 60 % sur certaines tranches horaires suggère d’optimiser les plannings de gardes pour ces créneaux.

Ces analyses nécessitaient autrefois des études spécifiques commandées à des cabinets externes, avec des délais de plusieurs mois. Avec un logiciel intégrant toutes les données d’intervention, elles sont disponibles en quelques clics depuis le tableau de bord. La décision opérationnelle redevient une démarche data-driven, fondée sur des faits mesurés plutôt que sur des perceptions.

eBrigade intègre nativement la saisie mobile des rapports d’intervention, la nomenclature DGSCGC, le calcul automatique des indicateurs SDACR et l’export aux formats attendus par les préfectures. Les SDIS et CIS qui l’utilisent réduisent le temps de production des statistiques annuelles de plusieurs semaines à quelques heures, tout en améliorant la fiabilité et la traçabilité des données d’activité opérationnelle.


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