Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 18 août 2026
Guide premiers secours noyade DPS : protocole en 5 étapes

Une noyade sur une épreuve de nage, un triathlon ou une animation nautique impose une réponse immédiate, mais aussi une organisation préparée en amont. Les premiers secours noyade DPS concernent donc autant le directeur d’une association agréée de sécurité civile que le chef de dispositif présent au bord de l’eau.
Les premiers secours noyade DPS désignent la chaîne organisée qui permet d’alerter, d’extraire une victime du milieu aquatique sans exposer les intervenants, d’évaluer ses fonctions vitales, de traiter l’hypoxie et de transmettre un bilan au secours médical. Cette chaîne doit associer des sauveteurs aquatiques qualifiés aux équipiers secouristes du dispositif prévisionnel de secours (DPS).
Cette méthode en cinq étapes, fondée sur les recommandations nationales de Premiers Secours en Équipe (PSE), complète le guide général des premiers secours par un angle propre aux manifestations au bord de l’eau.
Étape 1 — Comment préparer un DPS exposé au risque de noyade ?
Un DPS exposé au risque de noyade doit distinguer le dimensionnement secouriste du rassemblement et la surveillance ou le sauvetage aquatique. Un agrément de sécurité civile et des qualifications PSE ne suffisent pas, à eux seuls, à transformer chaque équipier en sauveteur aquatique.
Avant de signer la convention avec l’organisateur, consignez les réponses à ces questions :
- L’activité se déroule-t-elle en piscine, en mer, en rivière, sur un lac ou à proximité d’un quai ?
- Qui assure la surveillance de la baignade et qui commande le sauvetage dans l’eau ?
- Quelles qualifications aquatiques, embarcations et aides à la flottabilité sont disponibles ?
- Où se trouvent les points de sortie, les accès du véhicule de secours et le point de rendez-vous des renforts ?
- Quels risques aggravants sont prévus : eau froide, courant, vagues, faible visibilité, plongeon ou sport motorisé ?
Le chef de dispositif formalise un plan d’intervention noyade : zones, moyens d’alerte, rôles, itinéraire d’évacuation, canal radio et relais avec le Service d’aide médicale urgente (SAMU) ou le service départemental d’incendie et de secours (SDIS).
L’arrêté du 7 novembre 2006 relatif aux DPS précise que seules les associations agréées de sécurité civile peuvent contribuer au DPS d’un rassemblement. Le dimensionnement doit être traité avec l’organisateur ; notre méthode pour organiser un DPS d’association agréée détaille cette préparation générale.
Étape 2 — Comment sécuriser le sauvetage aquatique ?
Le sauvetage aquatique commence par la protection du sauveteur. Les recommandations PSE demandent d’alerter les secours spécialisés, d’éviter d’entrer directement dans l’eau lorsque cela est possible et d’utiliser une bouée, une corde, une perche ou une embarcation adaptée.
Appliquez une logique simple : tendre ou lancer avant de nager. Une victime consciente peut agripper son sauveteur et l’entraîner sous l’eau ; un équipier non qualifié ne doit donc jamais improviser une entrée à l’eau.
Le briefing d’ouverture doit répartir quatre fonctions :
- sauveteur aquatique : réalise l’approche et l’extraction selon sa qualification ;
- équipier de berge : prépare la réception, le bilan et le matériel de réanimation ;
- transmetteur : déclenche l’alerte, guide les renforts et maintient la liaison ;
- chef de dispositif : coordonne les actions, anticipe l’évacuation et conserve une vision globale.
La sortie de l’eau doit être rapide. Une immobilisation aquatique du rachis n’est envisagée par des sauveteurs spécialisés que dans des circonstances ciblées, notamment un plongeon ou un accident de sport nautique avec signes évocateurs. En arrêt cardiaque, la priorité reste l’extraction, en limitant autant que possible les mouvements du cou.
Étape 3 — Quel bilan réaliser après la sortie de l’eau ?
Le bilan d’une victime de noyade recherche immédiatement la conscience et la respiration, puis classe l’urgence selon l’état observé. La toux, la fatigue ou une amélioration apparente ne permettent pas au poste de secours d’écarter seul une atteinte respiratoire.
| État observé | Action prioritaire de l’équipe | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Victime consciente, respiration présente | Installer dans la position la mieux tolérée, protéger du froid, poursuivre le bilan | Toux persistante, gêne respiratoire, frissons, circonstances |
| Victime inconsciente qui respire | Libérer les voies aériennes, appliquer la conduite PSE adaptée, surveiller sans interruption | Vomissements, aggravation respiratoire, traumatisme suspecté |
| Victime qui ne respire pas normalement | Commencer la réanimation adaptée à la noyade et demander le DAE | Hypoxie, régurgitations, qualité des insufflations |
| Victime après plongeon ou choc nautique | Traiter la détresse vitale en priorité et limiter les mouvements du rachis | Douleur cervicale, déficit neurologique, mécanisme de l’accident |
Recueillez sans retarder les gestes : heure et lieu de découverte, durée de submersion estimée, température de l’eau si connue, mécanisme, état initial, gestes déjà réalisés et évolution. Une estimation doit rester identifiée comme telle dans le bilan et la fiche d’intervention.
Les références techniques nationales de secourisme publiées par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises constituent la source à suivre. Chaque association doit également appliquer son référentiel interne et ses procédures médicales en vigueur.
Étape 4 — Quels gestes appliquer face à une noyade ?
Face à une noyade, les gestes dépendent de la respiration de la victime. Une victime qui ne respire pas normalement relève d’une réanimation cardio-pulmonaire où la ventilation occupe une place essentielle, car l’arrêt cardiaque consécutif à la noyade est généralement lié au manque d’oxygène.
Pour une victime en arrêt cardiaque, l’équipe suit cette séquence :
- Réaliser idéalement cinq insufflations initiales, puis poursuivre la réanimation selon le référentiel PSE et l’âge de la victime.
- Commencer les compressions uniquement hors de l’eau, sur le sol ou dans une embarcation permettant de les effectuer.
- Administrer rapidement l’oxygène avec le matériel et le débit prévus par le référentiel PSE.
- Sécher le thorax avant de poser les électrodes du défibrillateur automatisé externe (DAE) et respecter ses consignes de sécurité.
- Poursuivre jusqu’au relais, à la reprise d’une respiration normale ou selon les instructions des secours médicalisés.
N’essayez pas de « vider les poumons ». Les claques dans le dos et les compressions abdominales destinées à expulser l’eau sont dangereuses : elles retardent la réanimation et favorisent les régurgitations. Si une régurgitation gêne la ventilation, l’équipe applique la technique PSE prévue pour dégager les voies aériennes, avec maintien de l’axe tête-cou-tronc si un traumatisme cervical est suspecté.
Pour une victime qui respire, séchez-la prudemment sans friction, retirez les vêtements mouillés en évitant les mobilisations inutiles, enveloppez-la et protégez-la du vent. Transmettez le bilan afin d’obtenir la conduite à tenir ; ne laissez pas la victime repartir sur la seule base d’une amélioration subjective.
Étape 5 — Comment transmettre et tracer l’intervention ?
La transmission d’une noyade doit être courte, chronologique et exploitable par la régulation médicale. La traçabilité doit distinguer les faits observés, les horaires certains et les estimations données par les témoins.
Utilisez la trame suivante :
- contexte : site, activité, danger persistant et nombre de victimes ;
- circonstances : submersion ou immersion, mécanisme, durée estimée, extraction ;
- état : conscience, respiration, signes de détresse, traumatisme possible ;
- actions : alerte, insufflations, RCP, DAE, oxygène, réchauffement ;
- évolution : changements constatés et horaires ;
- besoin : accès, moyen d’évacuation, renfort spécialisé ou médical.
Consignez ces éléments dans la fiche bilan et dans la main courante du poste de secours, sans multiplier les recopies divergentes. Après la relève, contrôlez le reconditionnement du DAE, de l’oxygène, de l’insufflateur, de l’aspiration et des couvertures. Un retour d’expérience court doit enfin examiner l’alerte, l’accès à l’eau, la coordination et les écarts au plan prévu.
Checklist du chef de dispositif avant l’ouverture
La checklist noyade vérifie que chaque maillon de la réponse est disponible et compris avant l’arrivée du public.
- Analyse du risque aquatique partagée avec l’organisateur
- Responsable de la surveillance et chaîne de commandement identifiés
- Qualifications et disponibilités des sauveteurs vérifiées
- Bouées, cordes, moyens d’extraction et protections contrôlés
- Oxygène, insufflateur, aspiration et DAE opérationnels
- Accès des secours et point de rendez-vous testés
- Radios, numéros d’urgence et message d’alerte vérifiés
- Scénario noyade répété lors du briefing
- Fiche bilan et main courante prêtes
- Procédure de reconditionnement et RETEX prévue
À retenir
- Un DPS et une surveillance aquatique répondent à des compétences distinctes qu’il faut coordonner.
- La protection du sauveteur prime : utilisez une aide au sauvetage et n’entrez pas seul dans l’eau.
- La noyade est une détresse respiratoire ; cinq insufflations initiales sont idéalement réalisées en cas d’arrêt cardiaque.
- Les compressions abdominales pour expulser l’eau sont proscrites.
- Toute victime sortie de l’eau fait l’objet d’un bilan, d’une surveillance et d’une transmission pour avis.
- Les horaires, gestes et décisions doivent être tracés sans confondre faits et estimations.
FAQ sur les premiers secours noyade DPS
Un équipier PSE peut-il entrer dans l’eau pour sauver une victime ?
La qualification PSE ne vaut pas automatiquement qualification de sauvetage aquatique. L’équipier utilise d’abord un moyen de sauvetage depuis la berge, alerte les spécialistes et n’entre dans l’eau que dans le cadre de ses compétences, de l’organisation prévue et avec une aide à la flottabilité.
Pourquoi réaliser cinq insufflations initiales après une noyade ?
Les cinq insufflations initiales répondent à l’origine généralement hypoxique de l’arrêt cardiaque après noyade. Les recommandations PSE indiquent de les réaliser idéalement avant les compressions ; si elles ne sont pas immédiatement possibles, les compressions débutent jusqu’à ce que la ventilation puisse être effectuée.
Faut-il immobiliser systématiquement le rachis d’une victime de noyade ?
Non. La sortie rapide de l’eau est prioritaire et une lésion vertébrale est peu probable sans mécanisme traumatique. Les sauveteurs spécialisés envisagent l’immobilisation aquatique lors d’un plongeon ou d’un accident nautique associé à des signes rachidiens, sans retarder le traitement d’une détresse vitale.
Une victime consciente peut-elle quitter le poste de secours ?
Le poste ne doit pas banaliser une toux, une gêne respiratoire, des vomissements, des frissons ou une fatigue après submersion. L’équipe complète le bilan, surveille la victime, transmet pour avis médical et applique les consignes reçues, même si la personne dit aller mieux.
Quel numéro appeler pour une noyade pendant un DPS ?
Le transmetteur utilise la procédure convenue avec les secours publics et la régulation médicale. En France, le 15 joint le SAMU, le 18 les sapeurs-pompiers et le 112 le numéro d’urgence européen ; en mer, l’organisation locale doit aussi prévoir la coordination avec le sauvetage maritime.
Passer du protocole à une organisation vérifiable
Un protocole efficace dépend de données simples mais à jour : qualifications, disponibilités, affectations, matériel contrôlé et chronologie de l’intervention. Une information dispersée entre tableaux, messages et cahiers complique la relève au moment où le chef de dispositif a besoin d’une situation fiable.
eBrigade permet de centraliser les personnels, formations et habilitations, de préparer les affectations d’un DPS, de suivre le matériel et les véhicules de secours, puis de tenir une main courante numérique. Pour une association FFSS, Croix Blanche ou Protection Civile, cet outil donne un cadre concret aux cinq étapes : préparer, affecter, intervenir, tracer et améliorer, sans se substituer aux référentiels de secours ni à la décision médicale.
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