Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le

Guide premiers secours intoxication alcool : agir en DPS

Tente « Poste de secours » d'une association de secouristes installée sur une place publique pendant un événement
Poste de secours tenu par une association agréée de sécurité civile pendant une manifestation publique, place Bellecour à Lyon. Photo Sebleouf · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Sur un festival, une fête étudiante ou une manifestation sportive, attribuer trop vite un comportement anormal à l’ivresse peut masquer une urgence vitale. Ce guide premiers secours intoxication alcool aide les encadrants de dispositif prévisionnel de secours (DPS) à décider, agir et transmettre sans banaliser la situation.

Les premiers secours face à une intoxication alcool consistent à sécuriser la scène, rechercher immédiatement une détresse vitale ou un traumatisme, demander un avis médical, installer la victime selon son état et surveiller son évolution. L’odeur d’alcool ne prouve jamais que l’alcool explique seul les troubles observés.

À retenir

  • Une somnolence inhabituelle, une respiration anormale, des vomissements répétés, une convulsion ou une perte de connaissance imposent une alerte urgente.
  • Une victime qui ne répond pas mais respire doit être placée en position latérale de sécurité (PLS), sauf impossibilité liée au contexte, puis surveillée en continu.
  • Ne laissez jamais repartir seule une personne désorientée ou somnolente.
  • Notez des faits observables et des horaires, pas un jugement comme « simplement ivre ».

Quels signes rendent une intoxication alcool grave ?

Une intoxication alcool devient potentiellement grave dès que la conscience, la respiration, la température ou la sécurité de la victime sont altérées. Le coma éthylique est une urgence hospitalière : l’Assurance Maladie rappelle qu’une consommation massive peut provoquer somnolence, perte de connaissance, baisse de la tension et de la température corporelle.

Recherchez en priorité les signes suivants :

  • réponse incohérente, difficulté à rester éveillé ou absence de réponse ;
  • respiration lente, irrégulière, bruyante ou manifestement anormale ;
  • vomissements répétés, surtout avec somnolence ;
  • peau froide, pâleur, lèvres bleutées ou refroidissement ;
  • convulsion, chute, plaie, douleur ou suspicion de traumatisme crânien ;
  • agitation incontrôlable, agressivité, propos suicidaires ou mise en danger ;
  • association possible avec un médicament, du cannabis ou une autre substance ;
  • aggravation rapide ou horaire de consommation impossible à établir.

Le terme binge drinking, ou alcoolisation ponctuelle importante, désigne une consommation rapide et élevée. L’Assurance Maladie reprend le seuil de six verres, soit 60 g d’alcool pur, par occasion proposé par la Haute Autorité de santé, mais ce repère ne permet pas de prévoir la gravité individuelle. Le gabarit, l’âge, les médicaments, les maladies et les produits associés modifient la réponse de chaque personne.

Comment agir en 5 étapes sur un DPS ?

La conduite à tenir suit cinq étapes : protéger, évaluer, alerter, secourir puis surveiller et tracer. L’équipier applique les référentiels en vigueur de son autorité d’emploi et les consignes du médecin régulateur ; ce guide ne remplace ni la formation PSE ni les procédures opérationnelles.

1. Protéger la victime et l’équipe

Éloignez les verres, véhicules, escaliers, foule ou proches hostiles. Portez les équipements prévus si des liquides biologiques sont présents et demandez un renfort lorsque le comportement met en danger la victime ou les secouristes.

Conservez une approche calme : une seule personne parle, se présente et explique chaque geste. Préservez l’intimité sans isoler l’équipe. En cas d’agressivité, maintenez une distance de sécurité et sollicitez les moyens de sécurité prévus par l’organisateur ; la contention improvisée n’est pas une réponse de premiers secours.

2. Évaluer sans conclure trop vite à l’ivresse

Effectuez le bilan secouriste prévu : conscience, liberté des voies aériennes, respiration et recherche d’une détresse circulatoire. Recherchez une chute, un choc à la tête, une douleur, un saignement, une maladie connue et les produits éventuellement consommés.

Interrogez la victime ou les témoins avec des questions courtes : quoi, combien, quand, avec quoi et quelle évolution ? Recueillez les emballages ou informations utiles sans fouiller les effets personnels hors du cadre prévu. Une confusion peut aussi évoquer un traumatisme, un AVC, une hypoglycémie ou une intoxication mixte.

3. Alerter et transmettre un bilan factuel

Appelez le 15, le 18 ou le 112 devant un signe de gravité, une perte de connaissance, une respiration anormale, une aggravation ou au moindre doute sérieux. Transmettez l’âge estimé, l’état de conscience, la respiration, les blessures, les substances déclarées, les horaires et l’évolution observée.

Évitez « la victime est ivre ». Préférez : « répond à la voix puis se rendort », « trois vomissements depuis 22 h 10 » ou « chute avec impact crânien rapportée à 21 h 45 ». Pour structurer cette séquence, utilisez aussi le guide sur la transmission du bilan victime aux secours.

4. Installer et secourir selon l’état

Une victime consciente reste au repos, dans une position adaptée à ses plaintes, sous surveillance. Ne la faites pas marcher pour la “réveiller”, ne provoquez pas de vomissement, ne donnez pas de café et ne la placez pas sous une douche froide. En cas de somnolence, de vomissements ou d’altération de la conscience, ne donnez rien à boire ou à manger sans consigne médicale.

Si la victime ne répond pas mais respire normalement, libérez les voies aériennes, placez-la en PLS selon votre référentiel et surveillez sa respiration. Le guide dédié à la victime inconsciente qui respire détaille cette conduite. Si la victime ne respire pas normalement, commencez immédiatement la réanimation cardio-pulmonaire, faites apporter un défibrillateur automatisé externe et suivez les instructions des secours.

5. Surveiller, relever et tracer

Réévaluez régulièrement la conscience, la respiration, les plaintes et les signes visibles. Protégez la victime du froid, notamment en extérieur : l’alcool procure une impression trompeuse de chaleur alors qu’il favorise la perte thermique.

Inscrivez dans la fiche bilan et la main courante les horaires, observations, actions, appels, consignes reçues et identité des intervenants. Organisez la relève explicitement : personne désignée, état transmis et prochain contrôle annoncé. Pour replacer cette action dans l’organisation globale, consultez le guide du DPS lors d’un événement sportif et le pilier consacré aux gestes de premiers secours.

Quelle décision prendre selon l’état de la victime ?

La décision dépend de l’état clinique observé, pas du nombre de verres déclaré. Le tableau suivant sert d’aide-mémoire opérationnelle ; l’avis du médecin régulateur et le référentiel de l’autorité d’emploi restent prioritaires.

Situation observéeAction immédiateSurveillance et transmission
Consciente, cohérente, sans signe de gravitéRepos, bilan complet, arrêt de la consommationRéévaluer et demander un avis selon le contexte
Somnolente, difficile à réveiller ou vomissements répétésAlerte urgente, protection des voies aériennes, rien par la boucheSurveillance continue de la conscience et de la respiration
Inconsciente et respire normalementPLS selon le référentiel, alerte immédiateContrôle continu de la respiration jusqu’au relais
Ne respire pas normalementRCP, DAE, alerte immédiatePoursuivre selon les consignes jusqu’au relais
Chute, choc crânien ou intoxication mixte suspectéeConsidérer les risques associés, limiter les mouvements inutilesDécrire les faits et mécanismes au médecin régulateur
Agitation dangereuseSécuriser, garder une distance, demander des renforts adaptésObserver sans confrontation et tracer les faits

Comment préparer l’équipe avant l’événement ?

Un protocole court, partagé au briefing, réduit les hésitations face à l’intoxication alcool. Le chef de dispositif doit attribuer les rôles et vérifier que le circuit d’alerte fonctionne avant l’ouverture au public.

Checklist de préparation :

  • rappeler les critères d’alerte et les numéros 15, 18 et 112 ;
  • désigner qui réalise le bilan, qui appelle et qui sécurise l’environnement ;
  • localiser DAE, oxygène, matériel de bilan et couvertures selon la dotation autorisée ;
  • définir le contact avec l’organisateur, la sécurité et le point d’accès des secours publics ;
  • préparer une zone de prise en charge visible de l’équipe mais protégée du public ;
  • rappeler les règles de confidentialité et les informations strictement utiles à tracer ;
  • prévoir la gestion d’une victime mineure selon les procédures de l’association ;
  • intégrer ce scénario au briefing et au retour d’expérience.

Les références techniques nationales de secourisme, publiées par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, constituent la base à consulter pour actualiser les procédures. La fiche de l’Assurance Maladie sur le binge drinking et les gestes à adopter complète utilement la sensibilisation du public.

FAQ sur les premiers secours et l’intoxication alcool

Faut-il faire boire de l’eau à une personne alcoolisée ?

Une personne pleinement consciente, sans nausée ni trouble de déglutition, peut recevoir des consignes adaptées après évaluation. En revanche, ne donnez rien par la bouche à une personne somnolente, confuse, qui vomit ou dont l’état se dégrade, car elle peut faire une fausse route. Suivez l’avis médical transmis.

Le café aide-t-il à dégriser plus vite ?

Non. Le café ne corrige ni l’altération de la conscience ni les risques respiratoires, traumatiques ou thermiques. Il peut donner une impression trompeuse d’amélioration et retarder l’alerte.

Quand placer une victime alcoolisée en PLS ?

Placez en PLS une victime qui ne répond pas et qui respire normalement, conformément au référentiel appliqué et aux consignes des secours. La PLS aide à maintenir les voies aériennes dégagées et limite le risque d’inhalation en cas de vomissement.

Peut-on laisser la victime dormir sous surveillance d’un ami ?

Une somnolence anormale peut annoncer une aggravation. Une victime difficile à réveiller, confuse, blessée ou qui vomit nécessite une évaluation secouriste et un avis urgent ; un ami non formé ne remplace pas la surveillance organisée ni la régulation médicale.

Quelles informations inscrire dans la main courante ?

Notez les heures, signes observés, réponses de la victime, évolution, gestes réalisés, bilan transmis, consignes reçues et relais effectué. Limitez-vous aux informations nécessaires à la prise en charge et évitez les commentaires moralisateurs.

Passer du protocole à une pratique fiable

Une prise en charge sûre repose autant sur les gestes que sur la coordination et la traçabilité. Le chef de dispositif doit pouvoir savoir qui est disponible, qui prend la relève, quel matériel est engagé et à quel moment le bilan a été transmis.

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