Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 21 août 2026
Choc anaphylactique en entreprise : réagir en 5 étapes SST

Un choc anaphylactique en entreprise peut tuer en 10 minutes si l’adrénaline n’est pas injectée à temps : une piqûre de guêpe à la pause, un plateau-repas mal étiqueté, une injection mal tolérée en infirmerie suffisent à déclencher la crise. Pourtant, la plupart des sauveteurs secouristes du travail (SST) sont formés à la position latérale de sécurité mais hésitent devant un stylo auto-injecteur, faute de scénario clair. Ce guide donne aux coordinateurs SST, aux référents secouristes et aux RH les 5 étapes exactes à appliquer avant l’arrivée du SAMU face à un choc anaphylactique en entreprise.
Le choc anaphylactique en entreprise désigne une réaction allergique généralisée et brutale déclenchée par un allergène (aliment, venin d’hyménoptère, médicament, latex) qui provoque en quelques minutes une chute de la tension artérielle, un œdème des voies respiratoires et un risque d’arrêt cardio-respiratoire. Il constitue une urgence absolue : le seul traitement de première ligne validé par la Société française de médecine d’urgence est l’injection intramusculaire d’adrénaline dans la face antéro-latérale de la cuisse.
Pourquoi le choc anaphylactique en entreprise est-il une urgence sous-estimée ?
Le choc anaphylactique tue chaque année 60 à 80 personnes en France selon l’ANSES (rapport 2023 sur les allergies alimentaires), et 30 % des épisodes graves surviennent hors du domicile — dont une part significative sur le lieu de travail. Trois raisons expliquent cette sous-estimation.
- Le déclencheur est souvent banal : un fruit à coque dans un cookie, une piqûre lors d’une pause en terrasse, une trace de crustacé dans une sauce industrielle.
- Les signes sont trompeurs les premières minutes : la victime évoque un simple malaise, un « nœud dans la gorge », des démangeaisons. Le tableau se dégrade en 5 à 15 minutes.
- L’adrénaline injectable n’est pas dans la trousse SST standard : elle n’est délivrée que sur ordonnance nominative, à la personne allergique connue.
Résultat : le SST se retrouve à gérer une victime qui perd connaissance sans disposer du seul médicament capable d’inverser la réaction. La conduite à tenir doit donc être répétée en amont, pas improvisée.
Comment reconnaître un choc anaphylactique en moins de deux minutes ?
Un choc anaphylactique se reconnaît à l’association brutale d’au moins deux signes cutanés, respiratoires, cardio-vasculaires ou digestifs après contact avec un allergène. La règle enseignée en formation AFGSU et par la Société française d’allergologie est la suivante : deux systèmes atteints = anaphylaxie jusqu’à preuve du contraire.
Signes cutanéo-muqueux (les plus fréquents, 80 à 90 % des cas) :
- Urticaire généralisée, plaques rouges qui grattent.
- Œdème du visage, des lèvres, des paupières, de la langue.
- Sensation de chaleur, rougeur diffuse (« flush »).
Signes respiratoires (à considérer comme graves) :
- Voix rauque, sensation d’étranglement, difficulté à avaler.
- Toux sèche, sifflements, gêne respiratoire progressive.
- Cyanose (lèvres et extrémités bleutées).
Signes cardio-vasculaires :
- Malaise, sensation de tête vide, sueurs froides.
- Pouls rapide et faible, chute de la tension.
- Perte de connaissance.
Signes digestifs :
- Douleurs abdominales, vomissements, diarrhée soudaine.
À retenir : dès qu’un signe respiratoire ou cardio-vasculaire apparaît, il s’agit d’une anaphylaxie de grade ≥ 2 selon la classification de Ring et Messmer. L’injection d’adrénaline devient urgente.
Quels gestes de premiers secours effectuer avant l’arrivée du SAMU ?
Le protocole SST face à un choc anaphylactique en entreprise tient en 5 étapes chronologiques, à mémoriser et à afficher à côté de la trousse de secours.
- Écarter immédiatement l’allergène. Retirer le dard de guêpe en grattant à l’ongle ou avec une carte (jamais avec une pince, qui injecte le venin), interrompre une perfusion, éloigner l’aliment suspecté.
- Allonger la victime, jambes surélevées si elle est consciente. Si elle a des difficultés respiratoires majeures, laissez-la en position demi-assise. Si elle est inconsciente mais respire, position latérale de sécurité.
- Alerter le 15 (SAMU) ou le 112. Formulation type : « Suspicion de choc anaphylactique, [homme/femme] de [âge], contact avec [allergène], signes actuels : [urticaire + œdème lèvres + gêne respiratoire]. Nous sommes au [adresse précise, étage, code d’accès]. » Restez en ligne, le régulateur guide.
- Injecter l’adrénaline auto-injectable si la victime en dispose (ordonnance nominative), ou si un défibrillateur automatisé externe équipé d’un compartiment adrénaline est prévu par le protocole médical de site. Injection dans la face antéro-latérale de la cuisse, à travers les vêtements si nécessaire.
- Surveiller en continu conscience, respiration et pouls jusqu’à l’arrivée des secours. Prêt à démarrer une réanimation cardio-pulmonaire (RCP) et à utiliser un défibrillateur automatisé externe en cas d’arrêt cardio-respiratoire.
Une seconde injection d’adrénaline est possible 5 à 15 minutes après la première si les signes persistent — c’est pourquoi les personnes allergiques connues sont équipées de deux stylos.
Comment utiliser un stylo auto-injecteur d’adrénaline ?
Un stylo auto-injecteur d’adrénaline (Epipen®, Anapen®, Jext®, Emerade®) délivre une dose fixe (0,15 mg enfant, 0,30 mg adulte ou 0,50 mg selon modèle) en intramusculaire dans la cuisse. La technique diffère légèrement selon les marques mais suit toujours quatre étapes.
| Étape | Geste | Point de vigilance |
|---|---|---|
| 1. Préparer | Retirer le capuchon de sécurité (bleu, jaune ou blanc selon marque) | Ne jamais mettre le pouce sur l’embout de sortie |
| 2. Positionner | Poser l’embout perpendiculairement sur la face externe de la cuisse | À travers un jean fin ou un pantalon oui, à travers une ceinture ou une poche non |
| 3. Déclencher | Appuyer fermement jusqu’au « clic » | Maintenir 3 à 10 secondes selon le modèle (lire la notice affichée) |
| 4. Masser | Frotter 10 secondes la zone d’injection | Noter l’heure exacte et le côté injecté pour le SAMU |
Le stylo utilisé se conserve dans son étui et est remis aux secours à leur arrivée : ils vérifient la dose délivrée. Une notice illustrée doit être affichée dans l’infirmerie et dans la trousse SST des sites employant une personne allergique déclarée.
Que doit organiser le coordinateur SST au-delà de la crise ?
Traiter un choc anaphylactique ne s’improvise pas le jour J : il se prépare dans le DUERP et les procédures SST. Cinq actions structurent la démarche.
- Recenser les allergies graves déclarées dans le respect du RGPD (donnée de santé, consentement explicite). Fiche confidentielle en infirmerie, connue du référent secouriste et du médecin du travail.
- Autoriser et sécuriser le stockage d’auto-injecteurs personnels dans un lieu accessible, verrouillé, non exposé à la chaleur (l’adrénaline se dégrade > 30 °C).
- Intégrer un scénario anaphylaxie aux recyclages SST annuels : reconnaissance des signes, simulation avec un stylo d’entraînement (Epipen Trainer, sans aiguille ni médicament).
- Rédiger une procédure d’urgence affichée dans les zones à risque (restaurant d’entreprise, salle de pause, poste chimie).
- Tracer chaque incident dans le registre des accidents bénins ou dans le registre SST, et déclarer en accident du travail si la crise a lieu pendant l’activité professionnelle.
Le suivi des habilitations et des recyclages est le point où la plupart des organisations décrochent : un secouriste dont la formation SST a expiré n’est plus juridiquement reconnu comme tel. Un outil de gestion des formations, avec alertes automatiques à J-90, J-60 et J-30 avant expiration, évite les trous de couverture — c’est exactement le rôle d’un logiciel comme eBrigade (ebrigade.app), qui centralise le suivi des SST, des recyclages MAC, des fiches d’aptitude médicale et des interventions premiers secours pour les RH, les coordinateurs SST et les référents secouristes en entreprise.
À retenir
- Deux systèmes atteints après exposition à un allergène = anaphylaxie, jusqu’à preuve du contraire.
- Adrénaline IM cuisse = seul traitement de première ligne. Position allongée jambes surélevées, alerte 15, surveillance continue.
- Le stylo est nominatif : les personnes allergiques connues doivent en avoir deux en permanence.
- La procédure se prépare en amont : DUERP, recensement RGPD, recyclages SST annuels, affichage clair.
FAQ
Un SST peut-il injecter l’adrénaline d’un collègue sans être médecin ?
Oui. L’article 122-1 du Code de la santé publique et la doctrine de la Direction générale de la santé (instruction DGS/DGOS 2013) autorisent toute personne, formée ou non, à utiliser un auto-injecteur d’adrénaline en situation d’urgence vitale. Le geste relève de la non-assistance à personne en danger s’il n’est pas fait.
Faut-il équiper l’entreprise d’un stock d’adrénaline injectable ?
L’adrénaline n’est disponible que sur ordonnance nominative en France. Un employeur ne peut pas constituer de stock « générique » sauf via un protocole écrit avec le médecin du travail (rare et encadré). En revanche, il peut et doit autoriser les salariés allergiques à conserver leurs propres stylos sur site.
Combien de temps garder la victime en surveillance après la crise ?
Toute personne ayant présenté un choc anaphylactique est transportée à l’hôpital, y compris si les signes disparaissent après l’injection. Une réaction biphasique (rechute) peut survenir 4 à 24 heures plus tard. Ne jamais laisser repartir la victime seule après l’incident.
Le port du DAE couvre-t-il un risque anaphylactique ?
Non. Un défibrillateur automatisé externe traite un arrêt cardio-respiratoire mais ne traite pas la cause allergique. Il devient utile si le choc anaphylactique évolue vers un arrêt cardiaque — d’où l’intérêt d’avoir les deux réflexes coordonnés dans le protocole.
Quelle traçabilité RGPD pour les allergies déclarées ?
Les données d’allergie sont des données de santé au sens de l’article 9 du RGPD. Elles nécessitent un consentement explicite, une base légale (sauvegarde des intérêts vitaux), un accès restreint (médecin du travail, référent SST désigné) et une durée de conservation limitée à la présence effective du salarié dans l’entreprise.
Combien de SST recyclés faut-il pour couvrir un site ?
Le Code du travail impose au moins un SST par atelier à risque et un pour 20 salariés dans les autres cas. Le nombre exact de SST obligatoires selon l’effectif est encadré et doit apparaître dans le DUERP.
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