Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le
Positions d'attente en secourisme : guide PSE1 complet
Face à une victime consciente, le choix d’une position d’attente adaptée conditionne son confort, limite l’aggravation de la détresse et facilite la prise en charge par les secours. Les positions d’attente en secourisme regroupent les postures que le secouriste installe en attendant l’arrivée d’un renfort médicalisé, selon le bilan réalisé. Mal choisie, la position peut aggraver un état déjà fragile : une victime cardiaque allongée à plat ou une personne traumatisée du bassin assise sont deux erreurs classiques observées en session PSE1.
Cet article liste les positions d’attente du référentiel national des acteurs de la sécurité civile, les critères de choix selon la pathologie et les points de vigilance à transmettre dans votre bilan.
À quoi sert une position d’attente en secourisme ?
Une position d’attente est une posture mise en place par le secouriste pour maintenir ou améliorer les fonctions vitales d’une victime consciente, dans l’attente de l’évacuation. Elle n’est jamais un geste anodin : elle découle du bilan primaire (fonctions vitales), du bilan secondaire (plainte, antécédents, circonstances) et des gestes de secours engagés.
Trois objectifs sont poursuivis simultanément :
- limiter l’aggravation d’une détresse circulatoire, respiratoire ou neurologique ;
- soulager la douleur ou l’anxiété de la victime consciente ;
- sécuriser le transport jusqu’au vecteur sanitaire (brancard, VSAV, ambulance).
En France, les postures reposent sur les Recommandations relatives à l’unité d’enseignement « Premiers secours en équipe de niveau 1 » publiées par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). Chaque équipier secouriste PSE1 doit savoir les installer, les justifier et les surveiller.
Quelles sont les positions d’attente à connaître ?
Six positions couvrent la quasi-totalité des situations rencontrées en poste de secours, en dispositif prévisionnel ou en entreprise. Chacune répond à un critère de bilan précis.
Position latérale de sécurité (PLS)
La PLS concerne uniquement la victime inconsciente qui respire. Elle évite l’obstruction des voies aériennes par la chute de la langue ou l’inhalation de liquides. Elle n’est donc pas une « position de confort » mais une position de sauvegarde. Pour aller plus loin, consultez le guide PLS en entreprise et la conduite à tenir face à une victime inconsciente qui respire.
Position allongée horizontale, à plat dos
Posture par défaut pour la plupart des victimes conscientes sans détresse spécifique : malaise non étiqueté, suspicion de traumatisme vertébral, traumatisme des membres inférieurs sans détresse circulatoire. Les jambes restent au niveau du corps, la tête alignée dans l’axe.
Position demi-assise (buste relevé 30 à 45°)
À adopter devant toute détresse respiratoire (asthme, œdème pulmonaire, inhalation de fumées), toute douleur thoracique, et devant un traumatisme thoracique fermé. Le buste relevé facilite le travail du diaphragme et réduit la précharge cardiaque. Elle s’installe calmement, en soutenant la victime pour éviter tout effort.
Position allongée, jambes surélevées (environ 30 cm)
Indiquée en cas de détresse circulatoire compensée : pâleur, sueurs, pouls rapide, tension basse — hors suspicion de traumatisme du bassin, du rachis ou des membres inférieurs. L’objectif est de favoriser le retour veineux. Attention : ce n’est pas une position systématique pour tout malaise.
Position en décubitus dorsal, cuisses fléchies
Réservée aux traumatismes ouverts ou fermés de l’abdomen avec victime consciente. Les genoux pliés, soutenus par une couverture roulée, réduisent la tension pariétale et la douleur.
Position d’auto-protection
Si la victime consciente vomit ou présente un saignement actif dans la bouche, elle est installée sur le côté, dans une position proche de la PLS mais maintenue éveillée, pour prévenir l’inhalation. On parle parfois de « PLS consciente ».
Comment choisir la bonne position d’attente selon l’état de la victime ?
Le choix découle d’une lecture en cascade du bilan : fonctions vitales, puis plainte principale, puis contexte traumatique. Ce tableau de décision rapide sert aussi de support pédagogique en formation continue.
| État de la victime | Position d’attente recommandée |
|---|---|
| Inconsciente, respire | Position latérale de sécurité (PLS) |
| Détresse respiratoire | Demi-assise, 30 à 45° |
| Douleur thoracique / suspicion cardiaque | Demi-assise, repos strict |
| Détresse circulatoire sans traumatisme | Allongée, jambes surélevées |
| Traumatisme du bassin, du rachis, des membres inférieurs | Allongée horizontale, immobilisée |
| Traumatisme de l’abdomen (consciente) | Allongée, cuisses fléchies |
| Vomissements, saignement buccal | Sur le côté, consciente |
| Pas de détresse identifiée | Position choisie par la victime (confort) |
Règle d’or : la position doit toujours être réévaluée à chaque modification du bilan. Une détresse qui apparaît change la posture.
Quelles erreurs éviter avec les positions d’attente ?
Les erreurs les plus fréquentes rencontrées en évaluation PSE1 et lors des retours d’expérience de dispositifs prévisionnels de secours sont évitables avec un peu de méthode.
- Appliquer une position par automatisme, sans refaire le bilan (ex. jambes surélevées sur une suspicion de fracture du bassin).
- Mobiliser brutalement une victime consciente douloureuse sans l’informer et sans soutien.
- Oublier la couverture isothermique après installation, surtout en extérieur, pour prévenir une hypothermie masquée.
- Négliger la surveillance : la position d’attente n’est pas une position d’abandon. Les constantes et la conscience sont réévaluées régulièrement.
- Déplacer la victime pour la « mettre à l’aise » alors que la mobilisation elle-même peut aggraver un traumatisme.
Rappelez-vous : si la victime refuse une position proposée et qu’elle est consciente, orientée et sans détresse, sa position de confort prime. Toute contrainte doit être justifiée par le bilan.
Comment tracer la position adoptée dans le bilan ?
La position d’attente doit figurer dans le bilan transmis au Centre de Réception et de Régulation des Appels (CRRA 15) ou au Centre de Traitement de l’Alerte (CTA 18). C’est une information clinique utile au médecin régulateur, surtout si la position a modifié l’état de la victime (amélioration de la respiration en demi-assise, par exemple).
Sur votre fiche bilan, la position apparaît généralement dans la rubrique « gestes réalisés » ou « conditionnement ». Notez :
- la position retenue et l’heure d’installation ;
- la justification clinique (plainte, détresse, traumatisme) ;
- toute évolution après mise en position (amélioration, aggravation, stabilité).
Pour maîtriser cette étape, consultez comment remplir une fiche bilan et transmettre un bilan aux secours en 90 secondes. Une fiche bilan dématérialisée horodate automatiquement les gestes et évite les oublis en situation stressante.
À retenir
- Une position d’attente en secourisme se choisit sur bilan, jamais par habitude.
- La PLS reste réservée à l’inconscient qui respire ; les autres postures concernent la victime consciente.
- Demi-assise pour détresse respiratoire et douleur thoracique ; jambes surélevées pour détresse circulatoire sans traumatisme ; allongée par défaut.
- Toute position doit être justifiée, surveillée et tracée dans le bilan.
- Le confort exprimé par la victime consciente reste prioritaire en l’absence de détresse.
Questions fréquentes
Peut-on mettre une victime consciente en PLS ?
Non. La PLS est réservée à la victime inconsciente qui respire. Pour une victime consciente qui vomit ou saigne de la bouche, on utilise une position latérale « consciente » (sur le côté, en maintenant le dialogue).
Quelle position pour une suspicion d’infarctus ?
La position demi-assise, buste relevé à 30-45°, repos strict, interdiction d’effort. On évite tout allongement complet qui augmente le travail cardiaque et peut aggraver la détresse.
Faut-il surélever les jambes à chaque malaise ?
Non. La surélévation des jambes est indiquée uniquement en cas de détresse circulatoire sans suspicion de traumatisme du bassin, du rachis ou des membres inférieurs. Devant un malaise sans signe de choc, l’allongement horizontal suffit.
Combien de temps peut-on maintenir une position d’attente ?
Jusqu’à l’arrivée du renfort médicalisé ou à l’évacuation. La surveillance est continue : conscience, respiration, circulation, douleur. Toute dégradation impose une réévaluation et éventuellement un changement de position.
Qui est responsable du choix de la position ?
Le chef d’équipe secouriste (PSE2) ou le secouriste PSE1 présent le plus gradé. En cas de doute ou de conflit entre la victime et le secouriste, le médecin régulateur du 15 est contacté pour arbitrage.
Les positions d’attente sont-elles enseignées en PSC1 ?
La PLS et quelques positions de base figurent au PSC1. Les six positions complètes font partie du programme PSE1 (Premiers Secours en Équipe de niveau 1) et sont approfondies dans la formation continue des associations agréées de sécurité civile.
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