Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 28 août 2026

Guide premiers secours traumatisme crânien : protocole DPS

Tente « Poste de secours » d'une association de secouristes installée sur une place publique pendant un événement
Poste de secours tenu par une association agréée de sécurité civile pendant une manifestation publique, place Bellecour à Lyon. Photo Sebleouf · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Sur un dispositif prévisionnel de secours (DPS), un choc à la tête peut sembler banal puis s’aggraver. Ce guide premiers secours traumatisme crânien donne aux responsables d’associations agréées de sécurité civile et aux chefs de dispositif une méthode immédiatement exploitable, sans remplacer les référentiels de formation ni la régulation médicale.

Un traumatisme crânien désigne tout choc direct ou toute décélération brutale affectant le crâne et susceptible de provoquer une lésion du cerveau, même sans plaie ni perte de connaissance initiale. La conduite secouriste consiste à protéger, rechercher une détresse vitale, limiter les mouvements, demander un avis médical, surveiller l’évolution et transmettre un bilan horodaté.

Quels signes font suspecter un traumatisme crânien grave ?

Un traumatisme crânien devient particulièrement préoccupant devant une altération de la conscience, une convulsion, des vomissements, une faiblesse d’un membre, une anomalie pupillaire ou une aggravation secondaire. L’absence de perte de connaissance ne suffit jamais à écarter une lésion.

Le choc peut être direct — chute, collision sportive, objet reçu sur la tête — ou indirect, par décélération brutale. Le référentiel national de premiers secours du ministère de l’Intérieur rappelle que les lésions peuvent évoluer et qu’un trouble de conscience peut apparaître plusieurs minutes ou plusieurs heures après l’accident : c’est l’intervalle libre.

Recherchez notamment :

  • une somnolence, une confusion, une agitation inhabituelle ou une amnésie des faits ;
  • des céphalées croissantes, des nausées ou des vomissements ;
  • une convulsion, un trouble de la parole, de l’équilibre ou de la motricité ;
  • une asymétrie nette et fixe des pupilles ;
  • une plaie, une déformation, un hématome autour des yeux ou un écoulement par le nez ou l’oreille ;
  • une douleur cervicale, des fourmillements ou une perte de sensibilité ;
  • chez l’enfant, une pâleur, une prostration ou un comportement inhabituel signalé par l’entourage.

Le contexte compte aussi : âge extrême, traitement anticoagulant ou antiagrégant, alcoolisation, choc à forte énergie et symptômes qui progressent doivent être signalés au médecin régulateur. Le secouriste ne pose pas de diagnostic de commotion ; il décrit des faits, leur horaire et leur évolution.

Comment agir en 5 étapes sur un DPS ?

Le guide premiers secours traumatisme crânien repose sur cinq actions ordonnées : sécuriser, évaluer, stabiliser, transmettre puis surveiller. En présence d’une détresse vitale, le traitement de la détresse prime sur l’immobilisation et l’équipe applique son référentiel PSE ainsi que les consignes de la régulation.

1. Protéger la victime et figer le mécanisme

Sécurisez l’aire, interrompez l’activité et évitez une seconde collision. Notez immédiatement l’heure du choc, la hauteur de chute, la vitesse ou l’énergie supposée, le port d’un casque, une éventuelle perte de connaissance et les observations des témoins.

Ne laissez pas la victime repartir seule, reprendre le sport ou regagner son véhicule. Un responsable doit identifier les témoins et préserver l’accès des secours publics sans créer d’attroupement.

2. Rechercher d’abord une détresse vitale

Évaluez la conscience et la respiration selon votre bilan secouriste. Une victime qui ne respire pas normalement relève sans délai de la réanimation cardio-pulmonaire et du défibrillateur ; une victime inconsciente qui respire relève de la conduite prévue par le référentiel PSE, avec alerte immédiate.

Traitez aussi une hémorragie externe menaçante selon le protocole. Ne retardez jamais un geste vital au seul motif de maintenir le rachis.

3. Limiter les mouvements sans geste improvisé

Demandez à la victime consciente et coopérante de ne pas bouger la tête. Un équipier formé peut maintenir la tête dans l’axe et l’équipe restreint les mouvements du rachis si le bilan ou le mécanisme le justifie, conformément au référentiel et aux consignes reçues.

Le retrait d’un casque, l’administration d’oxygène et l’utilisation d’un dispositif d’immobilisation sont des gestes de secouristes formés. N’improvisez ni mobilisation, ni test forcé du cou, ni remise debout. Protégez en parallèle la victime du froid, de la chaleur et du public.

4. Alerter et transmettre un bilan structuré

Demandez un avis médical devant tout traumatisme crânien pris en charge par l’équipe. Appelez le 15 ou utilisez la chaîne d’alerte prévue au DPS ; le 112 reste le numéro d’urgence européen et le 18 celui des sapeurs-pompiers.

Le bilan doit suivre une trame stable :

  1. Circonstances : heure, mécanisme, énergie, protection portée.
  2. État initial : conscience, respiration, plaintes et lésions visibles.
  3. Signes neurologiques : mémoire, comportement, motricité, sensibilité, pupilles.
  4. Évolution : apparition, disparition ou aggravation des signes, avec horaires.
  5. Actions : gestes réalisés, paramètres relevés et réponse de la régulation.

La méthode complète pour transmettre un bilan victime aux secours en 90 secondes aide à rendre ce message bref et exploitable. Ne raccrochez pas avant l’accord de l’interlocuteur et reformulez les consignes reçues.

5. Surveiller, horodater et organiser la relève

Surveillez sans interruption la conscience, la respiration, les plaintes et tout signe nouveau. Les paramètres et la fréquence des contrôles suivent le référentiel de l’équipe et les instructions médicales ; toute dégradation déclenche un nouveau bilan et une nouvelle transmission.

Une fiche bilan victime correctement remplie restitue l’état initial et chaque évolution. Lors d’une relève, le chef transmet oralement les horaires, signes, paramètres, gestes et consignes : une fiche sans passation ne suffit pas.

Quelle checklist préparer avant l’ouverture du poste de secours ?

Une checklist dédiée au traumatisme crânien réduit les oublis lorsque plusieurs victimes arrivent ou que le poste est bruyant. Le directeur d’association doit l’intégrer aux briefings, aux exercices et à la doctrine générale de premiers secours et gestes essentiels.

Point à contrôlerPreuve opérationnelle attendue
CompétencesÉquipiers PSE à jour et rôles de bilan, maintien, transmission attribués
AlerteTéléphone ou radio testé, adresse et point de rendez-vous affichés
MatérielOxygène, aspiration, DAE, immobilisation et consommables contrôlés selon la dotation
TraçabilitéFiches bilan disponibles, horloge commune et identifiant unique par victime
ÉvacuationAccès ambulance libre, guidage prévu et liaison avec l’organisateur définie

Avant chaque mission :

  • rappelez qu’un choc crânien sans perte de connaissance peut nécessiter un avis médical ;
  • imposez un horaire commun aux radios, téléphones et outils de suivi ;
  • prévoyez qui reste auprès de la victime pendant l’alerte ;
  • testez la remontée d’une aggravation vers le chef de dispositif ;
  • consignez l’événement dans la main courante du poste de secours sans y recopier inutilement des données médicales détaillées.

Quelles erreurs faut-il absolument éviter ?

Les erreurs les plus dangereuses sont la banalisation du choc, la mobilisation inutile et l’arrêt prématuré de la surveillance. Une victime qui parle normalement juste après l’impact peut néanmoins présenter une aggravation secondaire.

  • Minimiser parce qu’il n’y a pas de plaie : une lésion cérébrale peut survenir après une décélération sans impact visible.
  • Faire marcher la victime pour la “tester” : ce geste expose à une chute et mobilise inutilement le rachis.
  • Donner à boire, à manger ou un médicament : attendez les consignes médicales et respectez le cadre de compétences.
  • Laisser repartir avec un proche sans avis : transmettez le bilan et appliquez strictement la décision de régulation.
  • Écrire “RAS” : consignez des observations précises, datées et comparables.
  • Confondre fiche bilan et main courante : la première suit la prise en charge individuelle ; la seconde retrace l’activité opérationnelle avec un accès maîtrisé.

À retenir

Le guide premiers secours traumatisme crânien tient en une règle : tout choc à la tête mérite un bilan, un avis médical et une surveillance attentive dans le cadre d’un DPS. Les cinq réflexes sont simples : protéger, rechercher une détresse, limiter les mouvements, transmettre puis surveiller.

  • Un état initial rassurant n’exclut pas une aggravation retardée.
  • Une détresse vitale est traitée immédiatement selon le référentiel PSE.
  • Les horaires, symptômes et évolutions doivent être factuels.
  • Le chef de dispositif garantit la continuité entre équipiers, régulation et secours publics.

Sources de référence : recommandations nationales de premiers secours PSE du ministère de l’Intérieur et conduite à tenir devant un mal de tête après traumatisme selon l’Assurance Maladie.

FAQ sur les premiers secours après un choc à la tête

Les réponses suivantes clarifient les décisions les plus fréquentes en poste de secours. Elles ne remplacent ni l’évaluation de l’équipe formée ni les instructions du médecin régulateur.

Faut-il appeler le 15 après tout traumatisme crânien ?

Dans le cadre d’un DPS, le référentiel PSE prévoit de demander un avis médical devant tout traumatisme crânien. L’équipe transmet son bilan au 15 ou par la chaîne définie sur le dispositif, puis applique les consignes reçues.

Peut-on laisser dormir une victime après un choc à la tête ?

Une somnolence peut être un trouble de conscience et doit être évaluée, non banalisée. Gardez la victime sous surveillance, transmettez ce signe avec son heure d’apparition et suivez la décision médicale ; ne prenez pas seul une décision de retour ou de sommeil.

Que faire si la victime vomit ?

Un vomissement après un choc crânien fait partie des signes à transmettre rapidement. Protégez les voies aériennes, limitez les mouvements, adaptez la position à l’état de conscience selon votre référentiel et demandez les consignes de la régulation.

Faut-il retirer le casque d’un cycliste ou d’un sportif ?

Le retrait du casque est une technique secouriste délicate, réalisée par des intervenants formés lorsqu’elle est indiquée. Un témoin non formé ne doit pas improviser ce geste ; l’équipe PSE suit son référentiel et traite en priorité toute détresse vitale.

Combien de temps faut-il surveiller la victime ?

Il n’existe pas de durée universelle à décider localement. L’équipe maintient une surveillance attentive jusqu’au relais ou jusqu’à la conduite définie par la régulation, car des troubles peuvent apparaître après un intervalle libre.

Comment fiabiliser ce protocole au quotidien ?

Un protocole fiable associe compétences à jour, rôles attribués, alertes testées et traces accessibles. Pour un directeur d’association secouriste, la difficulté n’est pas seulement de connaître le geste : il faut savoir immédiatement qui est habilité, quel matériel est disponible et où retrouver le bilan.

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