Par Emma · Rédactrice eBrigade · Publié le 24 septembre 2026
Coup de chaleur DPS : refroidir la victime en 10 minutes
Sur une course pédestre estivale, un coureur s’effondre au kilomètre 18 : température rectale 41,2 °C, désorientation, absence de sueur. Ce coup de chaleur DPS est une urgence vitale dont la survie dépend d’une seule variable — le délai avant refroidissement actif. Ce guide décrit la reconnaissance de l’hyperthermie d’effort, la technique du cold water immersion et l’organisation du poste médical avancé (PMA) sur un événement sportif d’été.
Le coup de chaleur DPS désigne la prise en charge, par un dispositif prévisionnel de secours, d’un coup de chaleur d’exercice (CCE) — hyperthermie sévère supérieure à 40 °C rectale avec atteinte neurologique — survenant lors d’une manifestation sportive ou culturelle organisée en période de forte chaleur.
Comment reconnaître un coup de chaleur d’exercice ?
Le coup de chaleur d’exercice se distingue de la simple déshydratation par une triade clinique impérative : hyperthermie centrale, atteinte du système nerveux central et contexte d’effort en ambiance chaude.
- Température rectale supérieure à 40 °C mesurée à l’aide d’un thermomètre rectal électronique — seul site fiable en urgence.
- Troubles neurologiques : confusion, agressivité, troubles de la marche, convulsions, coma.
- Peau brûlante, sèche ou moite — l’absence de sueur n’est pas obligatoire chez le sportif jeune.
- Tachycardie supérieure à 130 bpm et polypnée à plus de 30 mouvements/min.
- Contexte d’effort intense en ambiance chaude, humide ou peu ventilée (WBGT > 28 °C).
La mesure axillaire ou tympanique sous-estime la température de 1 à 2 °C et n’a aucune valeur pour un diagnostic de CCE : équipez chaque PMA d’un thermomètre rectal dédié.
Quelle est la technique de refroidissement de référence ?
La règle absolue est « cool first, transport second » : refroidir la victime sur place avant même le transport hospitalier. Chaque minute perdue au-dessus de 40 °C augmente la mortalité de 1 %.
1. Cold Water Immersion (CWI) — technique de référence
Immergez la victime dénudée jusqu’aux épaules dans une cuve d’eau à 2-15 °C, tête maintenue hors de l’eau par un équipier. La CWI abaisse la température centrale de 0,15 à 0,35 °C par minute. Objectif : passer sous 39 °C rectale en moins de 10 minutes, puis sortir la victime pour éviter l’hypothermie de rebond.
2. Alternative : Tarp-Assisted Cooling (TACo)
Si aucune cuve rigide n’est disponible, utilisez une bâche de 2 × 3 m tenue par 4 équipiers formant un hamac rempli d’eau glacée. L’efficacité est équivalente à la CWI et le matériel tient dans un sac PSE.
3. Refroidissement par évaporation
En dernier recours (victime inconsciente non déplaçable, absence d’eau) : vaporisation d’eau tiède sur tout le corps + ventilation forcée par éventail ou ventilateur à batterie. Rendement inférieur (0,05 °C/min) mais toujours supérieur à l’inaction.
4. Adjuvants systématiques
Appliquez des poches de glace aux plis inguinaux, axillaires et cervicaux en complément de la méthode principale. Pour aller plus loin sur la préparation matérielle, consultez notre guide général premiers secours.
Comment organiser un PMA « chaleur » sur un événement sportif ?
Un PMA dédié hyperthermie s’anticipe dès la reconnaissance du dispositif, quatre à six semaines avant l’événement. La check-list matérielle minimale comprend :
- Deux cuves d’immersion rigides (bassin gonflable renforcé de 400 L ou baignoire portable) par tranche de 5 000 participants.
- 200 L d’eau glacée et 60 kg de glace pilée en réserve tampon, réapprovisionnés toutes les deux heures.
- Trois thermomètres rectaux électroniques avec sondes à usage unique.
- Une balance de terrain pour évaluer la perte hydrique (peser avant/après la course sur les 100 premiers dossards).
- Un circuit d’évacuation prioritaire SMUR négocié avec le SAMU départemental et tracé sur la main courante numérique du poste de secours.
Positionnez le PMA « chaleur » à l’arrivée et au ravitaillement le plus exposé (généralement mi-parcours), avec signalétique bleue distincte du poste de secours généraliste.
Comment transmettre un bilan hyperthermie au SAMU ?
Le régulateur médical attend un bilan chronologique en moins de 90 secondes. Utilisez le format T-CAB adapté au CCE :
- T — Température rectale initiale, heure de mesure, température atteinte après refroidissement.
- C — Conscience (échelle AVPU), pupilles, convulsions éventuelles.
- A — Airway et respiration, saturation en oxygène.
- B — Battements cardiaques, pression artérielle, temps de recoloration capillaire.
Précisez la durée d’immersion, la nature des adjuvants et l’évolution neurologique minute par minute. Un bilan victime transmis en 90 secondes reste le marqueur qualité de tout DPS.
Comment prévenir les coups de chaleur en amont ?
La prévention primaire repose sur trois leviers concrets à intégrer au dossier de sécurité de l’événement :
- Décalage horaire du départ (5 h ou 20 h) si l’indice WBGT prévisionnel dépasse 28 °C à l’heure initiale.
- Ravitaillements enrichis en électrolytes tous les 3 km avec brumisateurs, éponges glacées et zones d’ombre.
- Briefing coureurs 48 h avant : signes d’alerte personnelle (crampes, céphalée, arrêt de la sudation), obligation de s’arrêter, numéro d’urgence du dispositif.
Le chef de dispositif doit disposer d’un seuil d’annulation écrit dans la convention avec l’organisateur : au-delà de WBGT 32 °C, la course est arrêtée sans négociation.
À retenir
- Coup de chaleur d’exercice = température rectale > 40 °C + atteinte neurologique + contexte d’effort.
- Cool first, transport second : le refroidissement démarre avant toute évacuation.
- Cold Water Immersion (2-15 °C) reste la technique de référence, 0,15 à 0,35 °C/min.
- Thermomètre rectal obligatoire — les autres sites sont trompeurs.
- Anticiper matériel, seuil WBGT et convention d’annulation dès la reconnaissance du site.
FAQ
Faut-il attendre l’arrivée du SMUR avant de refroidir ?
Non. Chaque minute au-dessus de 40 °C augmente la mortalité de 1 % environ. Le refroidissement actif par immersion doit démarrer dès la reconnaissance clinique, sur le lieu de la détresse ou au PMA le plus proche, sans attendre le SMUR. La CWI se pratique par tout secouriste PSE1 formé au protocole.
Peut-on utiliser de l’eau glacée sur une victime âgée ?
Oui, mais avec surveillance rapprochée du rythme cardiaque. Chez le patient de plus de 65 ans, la CWI reste indiquée pour un coup de chaleur classique (canicule) mais impose un monitorage tensionnel toutes les deux minutes et un arrêt de l’immersion dès 38,5 °C rectale pour éviter le refroidissement de rebond.
Quelle différence entre coup de chaleur et épuisement à la chaleur ?
L’épuisement à la chaleur conserve une température inférieure à 40 °C et une conscience normale : fatigue intense, céphalée, nausée, crampes. Le repos à l’ombre, l’hydratation orale fractionnée et le rafraîchissement passif suffisent. Le coup de chaleur ajoute troubles neurologiques et hyperthermie > 40 °C : c’est une urgence absolue avec refroidissement actif obligatoire.
Combien de cuves d’immersion prévoir sur un marathon ?
Le consensus international recommande une cuve d’immersion pour 2 500 coureurs sur épreuve de fond en climat chaud, avec doublement du dispositif à l’arrivée. Prévoyez un renouvellement de l’eau glacée toutes les deux victimes traitées afin de conserver une température de bain inférieure à 15 °C.
Quel matériel intégrer au sac PSE pour un événement estival ?
Ajoutez au sac standard : un thermomètre rectal électronique, une bâche 2 × 3 m pour la technique TACo, six poches de glace instantanée, un pulvérisateur à eau de 1 L, deux bouteilles d’électrolytes prêts à l’emploi et une couverture de survie doublée pour la phase post-refroidissement.
Piloter la préparation estivale de vos équipiers
La préparation d’un dispositif à haut risque thermique — recyclages PSE1 à jour, inventaire du matériel de refroidissement, planification des relèves toutes les 4 heures en pleine chaleur — se gère plus sereinement avec un outil unifié. eBrigade (ebrigade.app) centralise le planning des équipiers, l’inventaire des cuves et thermomètres rectaux, le suivi des attestations PSE et la main courante numérique de chaque PMA. Les directeurs d’associations agréées de sécurité civile y pilotent la disponibilité opérationnelle de leurs bénévoles et garantissent la réactivité indispensable face à un coup de chaleur en DPS.
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