Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le
Réforme du PSC1 : l'intégration des hémorragies massives change la donne en 2026
En bref — ce qu’il faut retenir. Depuis le printemps 2026, le référentiel interne PSC1 publié par la DGSCGC intègre explicitement un module « hémorragies massives » (reconnaissance, compression manuelle, garrot tactique, emballage de plaie). La durée reste de 7 heures, les attestations antérieures restent valides sans recyclage obligatoire, et les organismes habilités ont jusqu’au 31 décembre 2026 pour basculer sur la nouvelle version. L’objectif affiché : faire passer la France de la logique « alerter / masser » à celle de « stopper le saignement avant l’arrivée des secours ».
La Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises (DGSCGC) a publié au printemps 2026 une nouvelle version du référentiel interne de formation PSC1 (Prévention et Secours Civiques de niveau 1). Pour la première fois depuis la précédente révision, le module consacré aux hémorragies massives est profondément renforcé et fait son entrée explicite dans le tronc commun destiné au grand public. Une évolution discrète mais structurante, qui répond à un constat partagé par les acteurs de la sécurité civile : la frontière entre risques quotidiens et menaces exceptionnelles s’efface.
Pourquoi cette mise à jour intervient maintenant
Plusieurs facteurs convergents ont poussé la DGSCGC à réviser le référentiel. Le retour d’expérience des attentats de la décennie passée a montré que les premières minutes étaient décisives, et que les témoins étaient trop rarement formés à arrêter une hémorragie cataclysmique. En parallèle, les services d’urgence relèvent une stagnation du taux de survie sur les accidents de la voie publique avec polytraumatisme, où la perte sanguine reste la première cause de décès évitable avant l’arrivée des secours.
Selon le bilan 2025 de la Sécurité routière (Observatoire national interministériel de la sécurité routière, mars 2026), plus de 3 190 personnes sont décédées sur les routes de France métropolitaine, et les analyses post-accident estiment qu’une part significative de ces décès aurait pu être évitée par un contrôle précoce de l’hémorragie — un chiffre régulièrement cité par le Comité national de l’aide médicale urgente.
Le modèle américain « Stop the Bleed », déployé depuis une dizaine d’années par l’American College of Surgeons et qui revendique en 2026 plus de 4 millions de citoyens formés à travers le monde, a inspiré plusieurs pays européens. L’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne ont intégré des modules similaires dans leurs cursus grand public entre 2023 et 2025. La France emboîte le pas, avec une approche adaptée à son écosystème associatif (Croix-Rouge française, Protection Civile, FFSS, UNASS, FNMNS) et à ses opérateurs publics (SDIS, BSPP, BMPM).
Ce qui change concrètement dans le PSC1
Le volume horaire de la formation reste fixé à 7 heures, mais la répartition pédagogique évolue. Les principales nouveautés portent sur :
- L’identification d’une hémorragie massive : reconnaissance du saignement artériel, distinction avec une plaie simple, évaluation du contexte (catastrophe, attentat, AVP, accident domestique sur outils tranchants).
- La compression manuelle directe réaffirmée comme geste de première intention, avec une démonstration enrichie sur les zones difficiles (cou, aisselle, pli inguinal).
- L’introduction du garrot tactique dans la pédagogie grand public, avec utilisation d’un garrot improvisé à défaut de matériel dédié, et règles strictes de pose (au-dessus de la plaie, jamais sur une articulation, notation de l’heure de pose).
- Le pansement compressif et l’emballage de plaie (« wound packing ») abordés sous forme de découverte, avec une démonstration encadrée.
- La posture face à une scène multi-victimes : sécurisation, alerte, tri sommaire, priorisation des hémorragies actives sur les inconscients qui respirent.
À noter : la réanimation cardio-pulmonaire et l’usage du défibrillateur automatisé externe (DAE) restent au cœur de la formation, sans réduction de leur temps d’apprentissage. C’est principalement le module « malaise » et la partie théorique introductive qui sont resserrés.
Les trois gestes à retenir en priorité
Pour les lecteurs pressés — et pour maximiser la rétention en situation d’urgence — la DGSCGC a hiérarchisé la pédagogie autour de trois actions prioritaires face à une hémorragie massive :
- Appuyer fort : compression manuelle directe sur la plaie, à deux mains si nécessaire, sans interruption.
- Combler : si la plaie est profonde (membre, aisselle, aine), remplir la cavité avec du tissu propre (vêtement, compresse) tout en maintenant la compression.
- Serrer : à défaut d’arrêt du saignement sur un membre, poser un garrot (dédié ou improvisé) 5 à 7 cm au-dessus de la plaie, serrer jusqu’à l’arrêt du saignement, noter l’heure de pose et ne jamais le desserrer avant l’arrivée des secours.
Cette hiérarchisation reprend la logique MARCH (Massive hemorrhage, Airway, Respiration, Circulation, Hypothermia) utilisée en médecine tactique, adaptée ici dans un format mémorisable par le grand public.
Un calendrier de déploiement progressif
Les organismes habilités disposent d’une période de transition jusqu’au 31 décembre 2026 pour basculer sur le nouveau référentiel. Concrètement :
- Les formateurs PSC doivent suivre un module complémentaire de 3 à 4 heures avant de dispenser la nouvelle version.
- Les kits pédagogiques des associations agréées sont en cours de mise à jour : ajout de garrots d’entraînement, de plaies factices avec écoulement simulé, et de mannequins compatibles avec le « wound packing ».
- Les attestations délivrées sous l’ancien référentiel restent valides sans condition. Aucune obligation de recyclage anticipé n’est imposée, mais la Formation Continue PSC est fortement encouragée pour intégrer les nouveaux gestes.
Premiers retours de terrain : ce que montrent les sessions pilotes
Les sessions pilotes conduites entre mars et août 2026 par plusieurs associations agréées — notamment en Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et PACA — font émerger plusieurs constats convergents :
- Le temps d’apprentissage du garrot est inférieur aux prévisions : la plupart des stagiaires maîtrisent la pose sur mannequin après deux ou trois répétitions, soit environ 15 à 20 minutes de pratique.
- L’emballage de plaie reste le geste le plus déroutant pour le grand public, car il va à l’encontre de l’intuition (« ne rien mettre dans une plaie »). Les formateurs insistent sur l’approche en démonstration plutôt qu’en évaluation.
- La charge émotionnelle du module impose un cadrage pédagogique : les plaies factices avec simulation d’écoulement peuvent provoquer des malaises. Un temps de décompression collectif est désormais recommandé en fin de séquence.
- La demande d’équipement personnel explose : plusieurs formateurs rapportent que les stagiaires demandent où acheter un kit individuel (garrot CAT, pansement israélien, gants). Ce phénomène rejoint celui observé aux États-Unis après le déploiement de « Stop the Bleed ».
Ces retours alimentent une révision continue des supports pédagogiques nationaux, pilotée par la DGSCGC en lien avec les associations agréées de sécurité civile.
Quels impacts pour les associations et les entreprises ?
Pour les associations agréées de sécurité civile, l’enjeu est double : former rapidement leurs équipes pédagogiques et adapter leur logistique. Le coût d’équipement par stagiaire augmente légèrement, mais la DGSCGC a confirmé une enveloppe de soutien pour les structures déployant la mise à jour avant la rentrée 2026.
Côté entreprises, la convergence avec le SST (Sauveteur Secouriste du Travail) s’accélère. L’INRS a confirmé début 2026 l’intégration prochaine du module hémorragies massives dans le référentiel SST, avec un calendrier aligné sur celui du PSC1. Plusieurs branches professionnelles exposées (BTP, logistique, agroalimentaire, transports) intègrent déjà ces nouveaux gestes dans leurs plans de prévention, en cohérence avec le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Les dirigeants d’établissements recevant du public (ERP) ont, eux, tout intérêt à anticiper la mise à jour pour leurs équipes de sûreté et d’accueil.
Une culture de la résilience qui s’installe
Au-delà de la technicité, cette réforme traduit un changement culturel. Le citoyen n’est plus seulement appelé à alerter et masser : il devient un maillon actif de la chaîne de survie, capable d’intervenir sur des situations critiques que l’on imaginait, il y a dix ans, réservées aux militaires ou aux professionnels du préhospitalier. Avec environ 40 000 à 50 000 arrêts cardiaques extra-hospitaliers par an en France (données Registre électronique des arrêts cardiaques, RéAC 2025), plusieurs milliers de décès évitables par hémorragie et une exposition croissante aux risques NRBC (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques), la résilience collective ne peut plus reposer sur les seuls services d’urgence.
Les données publiées par la DGSCGC dans son bilan annuel confirment l’appétit citoyen pour ces formations : plus de 600 000 personnes ont suivi un PSC1 en 2025, soit une hausse d’environ 12 % sur un an, et les inscriptions du premier semestre 2026 laissent présager un nouveau record sur l’année pleine.
FAQ — Réforme PSC1 2026 et hémorragies massives
Dois-je repasser mon PSC1 pour être « à jour » du nouveau référentiel ?
Non. Les attestations PSC1 délivrées avant 2026 restent valides sans limite de durée et sans obligation de recyclage. La DGSCGC recommande toutefois de suivre une Formation Continue PSC (généralement 3 à 4 heures) pour intégrer les gestes liés aux hémorragies massives.
Un garrot peut-il réellement être posé par une personne non médicale ?
Oui. Les retours d’expérience américains, israéliens et français (notamment des opérations militaires extérieures) ont démontré qu’un garrot correctement posé par un témoin, dans les premières minutes, sauve des vies sans séquelle majeure si la prise en charge hospitalière intervient dans un délai raisonnable. Le PSC1 2026 enseigne les règles de pose et l’importance de noter l’heure.
Faut-il acheter un kit personnel de contrôle d’hémorragie ?
Ce n’est pas une obligation, mais plusieurs associations encouragent les personnes exposées (professionnels du transport, animateurs d’ERP, encadrants sportifs, parents d’enfants pratiquant des activités à risque) à disposer d’un kit minimal (garrot CAT ou SOFT-T, pansement compressif, gants). Un tissu propre bien utilisé reste cependant une alternative crédible dans l’urgence.
La RCP et le DAE sont-ils toujours au programme du PSC1 ?
Oui, sans réduction. La réanimation cardio-pulmonaire et l’usage du défibrillateur automatisé externe restent le cœur de la formation. Ce sont principalement le module « malaise » et la partie théorique qui ont été resserrés pour dégager du temps au nouveau module hémorragies.
Les attestations PSC1 sont-elles reconnues au travail ?
Le PSC1 n’est pas équivalent au SST (Sauveteur Secouriste du Travail), qui reste la certification de référence en entreprise. Cependant, de nombreuses conventions collectives et politiques internes reconnaissent le PSC1 comme un prérequis ou un atout. L’INRS prévoit d’aligner le référentiel SST sur les nouveaux gestes hémorragiques, ce qui rapprochera encore les deux parcours.
Combien coûte un PSC1 et où le passer ?
Le prix public varie entre 50 et 80 € selon les régions et les associations agréées. Il est gratuit pour les lycéens dans le cadre du dispositif « Génération 2024 et au-delà », et souvent pris en charge par les employeurs ou les collectivités. La liste des organismes habilités est publiée par chaque préfecture.
Structurer ses équipes : la clé de la mise en œuvre
Pour les associations, SDIS et entreprises qui déploient ces nouveaux modules, le suivi opérationnel devient critique : qui est à jour ? quelles sessions planifier ? quel matériel disponible sur quel site ? quelles disponibilités des bénévoles formateurs ?
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