Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 13 septembre 2026

Guide premiers secours fracture ouverte : 5 réflexes en DPS

Tente « Poste de secours » d'une association de secouristes installée sur une place publique pendant un événement
Poste de secours tenu par une association agréée de sécurité civile pendant une manifestation publique, place Bellecour à Lyon. Photo Sebleouf · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Une chute sur un événement sportif, un choc contre une structure ou un accident de circulation peut provoquer une fracture ouverte. Pour une équipe secouriste, les premières minutes imposent une coordination rigoureuse.

Les premiers secours fracture ouverte consistent à rechercher une détresse vitale, maîtriser une éventuelle hémorragie, protéger la plaie sans toucher l’os, immobiliser le membre dans la position trouvée et transmettre rapidement un bilan au médecin régulateur. Toute manipulation ou tentative de réalignement peut aggraver les lésions.

Ce guide s’adresse aux chefs d’équipe PSE et aux encadrants de dispositifs prévisionnels de secours (DPS). Les gestes doivent rester conformes aux référentiels internes de l’association agréée de sécurité civile, aux compétences détenues par les équipiers et aux consignes de la régulation médicale.

À retenir

Une fracture ouverte est une urgence traumatique exposée à des risques hémorragiques, vasculo-nerveux et infectieux. L’équipe PSE doit appliquer cinq réflexes :

  1. sécuriser la zone et effectuer le bilan d’urgence vitale ;
  2. arrêter en priorité tout saignement abondant ;
  3. protéger la plaie sans toucher l’os ni retirer un corps étranger ;
  4. immobiliser le membre sans corriger sa déformation ;
  5. transmettre le bilan, surveiller et tracer la prise en charge.

Ne remettez jamais un fragment osseux en place. N’appliquez pas de froid sur une fracture ouverte et ne donnez ni boisson ni aliment à la victime.

Comment reconnaître une fracture ouverte en DPS ?

Une fracture ouverte désigne une fracture associée à une plaie qui met le foyer osseux en communication avec l’extérieur. L’os peut être visible, mais son absence à travers la plaie n’exclut pas la fracture ouverte.

Après un traumatisme, recherchez notamment :

  • une plaie située en regard d’une douleur osseuse intense ;
  • une déformation, un raccourcissement ou une position anormale du membre ;
  • une impossibilité ou une forte difficulté à mobiliser le membre ;
  • un saignement, parfois abondant ;
  • une pâleur, des sueurs, une somnolence ou une dégradation de l’état général ;
  • une perte de sensibilité, une coloration anormale ou une motricité diminuée en aval de la lésion.

Le diagnostic définitif appartient au médecin et repose généralement sur l’imagerie. Sur le terrain, l’équipage traite la situation comme une fracture dès que le mécanisme, la douleur, la plaie ou la déformation la rendent plausible. L’Assurance Maladie rappelle qu’une fracture ouverte de jambe constitue une urgence et recommande de ne pas manipuler ni réaxer le membre (Ameli, fracture de la jambe).

Comment assurer les premiers secours sur une fracture ouverte ?

Les premiers secours sur fracture ouverte suivent une séquence courte : bilan vital, contrôle de l’hémorragie, protection stérile, immobilisation puis surveillance. Le chef d’équipe répartit explicitement les rôles afin d’éviter les gestes simultanés ou contradictoires.

1. Protéger et rechercher une détresse vitale

Sécurisez d’abord la zone : circulation, chute d’objet, machine, électricité ou mouvement de foule peuvent menacer la victime et les secouristes. Portez les équipements de protection adaptés, notamment des gants à usage unique.

Effectuez ensuite le bilan d’urgence vitale. Une détresse respiratoire, circulatoire ou neurologique prime sur la fracture. Limitez les mobilisations et prenez en compte le mécanisme de l’accident, car une lésion du rachis ou un polytraumatisme peut être associé.

2. Maîtriser immédiatement une hémorragie abondante

Une hémorragie massive doit être arrêtée avant l’immobilisation. Appliquez la conduite à tenir prévue par les Références techniques nationales de Premiers Secours en Équipe (PSE) et par votre autorité d’emploi.

En présence d’un fragment osseux ou d’un corps étranger visible, ne le touchez pas et ne le retirez pas. La compression ne doit pas appuyer directement sur l’os saillant. Si le saignement demeure important et massif, le recours au garrot relève de la procédure hémorragie et des compétences acquises par l’équipier.

La Direction générale de la sécurité civile publie les Références techniques nationales de secourisme, qui doivent rester la base documentaire de l’équipe.

3. Protéger la plaie sans la nettoyer

Une fracture ouverte non hémorragique doit être recouverte d’un pansement stérile avant l’immobilisation. Ne cherchez pas à explorer, laver ou désinfecter profondément la plaie sur le terrain.

Évitez également de retirer des gravillons, un objet fiché ou un vêtement collé. Une découpe prudente du vêtement autour de la zone peut faciliter l’accès si elle n’impose aucune mobilisation dangereuse. Contrairement à certains traumatismes fermés, le froid n’est pas appliqué sur une fracture ouverte.

Pour approfondir la protection des lésions associées, consultez le guide sur les premiers secours face à une plaie grave en DPS.

4. Immobiliser dans la position trouvée

Immobilisez le membre en respectant sa déformation et sans tenter de le réaligner. Un réalignement est douloureux et relève d’une décision médicale ou d’une consigne médicale explicite.

Avant et après l’immobilisation, relevez les éléments observables en aval de la lésion selon vos procédures : couleur et température de l’extrémité, sensibilité, motricité et pouls périphérique lorsque sa recherche fait partie de votre protocole. Signalez immédiatement toute modification.

Choisissez le matériel correspondant à la localisation et à la morphologie de la victime. La préparation du lot d’immobilisation doit faire partie de l’inventaire du matériel d’un DPS, avec contrôle des attelles, pansements stériles, couvertures et dispositifs de maintien.

5. Transmettre, surveiller et réévaluer

Transmettez rapidement un bilan structuré au SAMU ou à l’interlocuteur prévu par l’organisation du DPS. Précisez le mécanisme, l’heure de survenue, la localisation, l’aspect de la plaie, l’intensité du saignement, les gestes réalisés et l’évolution des constantes.

Surveillez ensuite :

  • la conscience et la respiration ;
  • l’apparition de signes de détresse circulatoire ;
  • l’efficacité du contrôle de l’hémorragie ;
  • la douleur et son évolution ;
  • l’état de l’extrémité du membre ;
  • la tolérance de l’immobilisation.

Protégez la victime contre le froid et rassurez-la. Toute aggravation impose une nouvelle transmission. La méthode détaillée figure dans le guide pour transmettre un bilan victime aux secours.

Quelle checklist utiliser avant l’évacuation ?

La checklist fracture ouverte permet au chef d’équipe PSE de vérifier les actions critiques avant tout relevage ou transfert. Elle ne remplace ni le bilan ni les consignes médicales.

Point de contrôleAction attendueErreur à éviter
SécuritéNeutraliser ou contourner le dangerExposer l’équipe à un suraccident
Fonctions vitalesRechercher et traiter toute détresseSe concentrer uniquement sur le membre
HémorragieContrôler le saignement selon le référentielAppuyer sur un os saillant
PlaiePoser une protection stérileNettoyer profondément ou retirer un objet
ImmobilisationRespecter la position et la déformationRéaxer spontanément le membre
SurveillanceRéévaluer la victime et l’extrémité du membreOublier de signaler une aggravation
TransmissionDonner un bilan horodaté et completEmployer des termes vagues ou poser un diagnostic certain

Comment préparer une équipe PSE à cette situation ?

Une équipe PSE se prépare aux fractures ouvertes par des exercices courts associant technique, commandement et transmission. Le scénario doit évaluer la capacité collective à hiérarchiser les priorités, pas seulement la pose d’une attelle.

Programmez au minimum des ateliers portant sur :

  • une fracture ouverte sans hémorragie massive ;
  • une fracture ouverte avec hémorragie grave ;
  • un traumatisme de membre associé à une suspicion de lésion du rachis ;
  • une aggravation pendant la surveillance ;
  • une relève entre deux équipes avec transmission complète.

Le guide du chef d’équipe PSE constitue le pilier utile pour travailler la répartition des rôles, le contrôle des gestes et la coordination avec les secours publics.

Après chaque exercice ou intervention, organisez un débriefing factuel : chronologie, décisions, difficultés matérielles, qualité du bilan et actions correctives. Une anomalie récurrente doit déboucher sur une formation, une modification de checklist ou un réassort identifié.

Que faut-il tracer après la prise en charge ?

La traçabilité d’une fracture ouverte doit restituer les faits observés, les horaires, les gestes accomplis et les consignes reçues. Elle protège la continuité des soins et permet un retour d’expérience exploitable.

Consignez notamment :

  • le mécanisme et l’heure estimée du traumatisme ;
  • les observations initiales, sans diagnostic affirmatif ;
  • les constantes et leurs heures de mesure ;
  • la présence d’un saignement, d’un os ou d’un corps étranger visible ;
  • les gestes réalisés et le matériel utilisé ;
  • les contrôles effectués avant et après immobilisation ;
  • l’heure du bilan, l’identité fonctionnelle du destinataire et les consignes reçues ;
  • les réévaluations jusqu’au transfert de responsabilité.

Les données de santé doivent rester accessibles aux seules personnes autorisées. Évitez les photographies prises avec un téléphone personnel et appliquez la politique de conservation de votre association.

FAQ sur les premiers secours et la fracture ouverte

Les réponses suivantes résument les questions opérationnelles les plus fréquentes. En intervention, les référentiels PSE, le protocole de l’autorité d’emploi et la régulation médicale demeurent prioritaires.

Peut-on remettre l’os en place lors d’une fracture ouverte ?

Non. Un secouriste ne doit ni repousser un fragment osseux ni réaligner spontanément une fracture ouverte. Le membre est immobilisé dans la position trouvée, sauf consigne médicale explicite.

Faut-il désinfecter une fracture ouverte ?

Non. L’équipe protège la plaie avec un pansement stérile adapté, sans exploration ni nettoyage profond. La prise en charge médicale et chirurgicale traite ensuite le risque infectieux.

Peut-on poser de la glace sur une fracture ouverte ?

Non. Les Références techniques nationales PSE excluent l’application de froid sur une fracture ouverte. La plaie doit être protégée et le membre immobilisé selon le protocole applicable.

Quand poser un garrot sur une fracture ouverte ?

Le garrot est indiqué face à une hémorragie importante et massive lorsque la conduite à tenir PSE le prévoit. Sa pose, son emplacement et sa surveillance doivent respecter la formation de l’équipier et être précisément horodatés.

Quels numéros appeler en dehors d’un DPS ?

En France, appelez le 15 pour le SAMU, le 18 pour les sapeurs-pompiers ou le 112, numéro d’urgence européen. Décrivez le lieu, le mécanisme, l’état de la victime et le saignement, puis suivez les consignes de l’opérateur.

Mieux coordonner la prise en charge au quotidien

Une fracture ouverte exige des gestes justes, mais aussi un équipage qualifié, du matériel contrôlé et une transmission traçable. Exercices, inventaires et retours d’expérience transforment ces cinq réflexes en automatisme collectif.

Pour appliquer cette organisation sur chaque DPS, eBrigade permet de centraliser les qualifications des secouristes, les affectations, les inventaires, les disponibilités et les comptes rendus. Le chef d’équipe dispose ainsi d’informations fiables avant l’engagement et d’une trace structurée après la mission.

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