Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 11 août 2026
Guide premiers secours SSIAP : gestes qui sauvent en ERP

Ce guide premiers secours SSIAP rassemble les protocoles opérationnels que tout agent de service de sécurité incendie et d’assistance à personnes doit maîtriser en établissement recevant du public (ERP). L’article SSIAP 1 de l’arrêté du 2 mai 2005 rappelle que l’assistance à personnes fait partie des missions principales : avant l’arrivée des secours publics, l’agent est souvent le premier maillon de la chaîne de survie. Ce guide couvre la reconnaissance des détresses vitales, la conduite à tenir face à un arrêt cardio-respiratoire, l’usage du DAE, la gestion des hémorragies, la protection des victimes et la coordination avec le SAMU (15) ou les sapeurs-pompiers (18/112).
Cadre réglementaire et missions de l’agent SSIAP
L’agent SSIAP intervient dans le cadre défini par le règlement de sécurité contre l’incendie des ERP. Ses missions d’assistance à personnes s’articulent avec la formation PSC1, considérée comme socle. Le SSIAP 1 exécute les gestes ; le SSIAP 2 encadre l’équipe et fait le lien avec les secours ; le SSIAP 3 valide la stratégie globale et l’interface avec la direction de l’établissement.
L’agent n’est pas un professionnel de santé : il stabilise, il alerte, il transmet. Toute action doit respecter le principe de non-aggravation et la limite de compétence. En pratique, cela signifie ne jamais donner à boire ou à manger à une victime inconsciente, ne jamais mobiliser un traumatisé du rachis sauf danger immédiat, ne jamais retirer un objet pénétrant.
Protection, alerte, secours : la séquence PAS
Avant tout geste, l’agent applique la séquence Protéger – Alerter – Secourir.
- Protéger : supprimer ou isoler le danger (électrique, chute d’objets, flux de public, fumée). En cas de sinistre incendie associé, la mise en sécurité prime : évacuation ou mise à l’abri selon la stratégie de l’ERP.
- Alerter : transmettre au PC sécurité, puis au 15 ou 18/112. Le message doit contenir : identité de l’appelant, adresse précise et point de rendez-vous, nature de l’événement, nombre et état des victimes, gestes déjà entrepris.
- Secourir : appliquer les gestes adaptés à la détresse observée.
Un agent SSIAP 2 désigne un guide-file pour accueillir les secours à l’entrée de l’établissement, en tenue reconnaissable, avec une radio et le plan d’intervention.
Bilan initial : reconnaître une détresse vitale
Le bilan tient en trois questions :
- La victime parle-t-elle ? Une victime qui parle est consciente, ventile et a une circulation.
- Respire-t-elle ? Basculement prudent de la tête, élévation du menton, observation du thorax pendant 10 secondes.
- Y a-t-il une hémorragie visible ? Recherche active sous les vêtements si le contexte l’évoque (chute, agression, verre).
Ce triage oriente le choix du geste prioritaire. En ERP, il doit être réalisé en moins de 30 secondes pour ne pas retarder l’alerte.
Arrêt cardio-respiratoire et défibrillateur
L’arrêt cardio-respiratoire est la première urgence vitale à laquelle un agent SSIAP peut être confronté. Chaque minute sans réanimation réduit les chances de survie d’environ 10 %.
Conduite à tenir :
- Constater l’inconscience et l’absence de respiration normale (les gasps ne sont pas une respiration efficace).
- Faire alerter le 15 et demander le DAE le plus proche. Tout ERP de catégorie 1 à 4 recevant du public en est équipé (décret n° 2018-1186).
- Débuter la réanimation cardio-pulmonaire : 30 compressions thoraciques (5 à 6 cm de profondeur, 100 à 120/min) suivies de 2 insufflations si l’agent est formé et équipé d’un masque de poche.
- Mettre en œuvre le DAE dès son arrivée : allumer, poser les électrodes selon le schéma, suivre les instructions vocales, s’écarter pendant l’analyse et le choc.
- Reprendre la RCP immédiatement après le choc, sans attendre.
L’agent SSIAP doit connaître l’emplacement exact de chaque DAE de son établissement et vérifier périodiquement la validité des électrodes et de la batterie. Une check-list mensuelle est recommandée.
Position latérale de sécurité
La PLS s’applique à une victime inconsciente qui respire. Elle protège les voies aériennes du risque d’inhalation.
- Vérifier l’absence de traumatisme du rachis.
- Retirer lunettes et objets encombrants des poches.
- Basculer la victime sur le côté d’un seul mouvement, tête en légère extension, bouche orientée vers le sol.
- Contrôler la respiration toutes les minutes jusqu’à l’arrivée des secours.
En cas de traumatisme suspecté, maintenir la tête dans l’axe et surveiller la ventilation sans retourner la victime, sauf si elle vomit.
Hémorragies : compression et garrot
Une hémorragie externe se reconnaît à un saignement qui imbibe rapidement un mouchoir en quelques secondes.
- Compression manuelle directe avec un tissu propre, gants en nitrile obligatoires.
- Si l’hémorragie ne cède pas et que la compression est impossible (membre broyé, plaie diffuse), poser un garrot tourniquet au moins 5 cm au-dessus de la plaie, jamais sur une articulation. Noter l’heure de pose sur le front de la victime au marqueur.
- Allonger la victime, lutter contre le refroidissement avec une couverture de survie.
- Transmettre au 15 : localisation, mécanisme, heure du garrot.
Étouffement, malaise, brûlure
- Étouffement total : 5 claques dorsales entre les omoplates puis 5 compressions abdominales (manœuvre de Heimlich) chez l’adulte conscient. Chez le nourrisson, alterner claques dorsales et compressions thoraciques.
- Malaise : questionner (douleur thoracique, déficit neurologique, diabète connu), mettre au repos dans la position spontanément adoptée, transmettre au 15 tout signe d’AVC (test FAST : visage, bras, parole).
- Brûlure thermique : refroidir à l’eau tempérée (15-25 °C) pendant 15 à 20 minutes, ne pas percer les cloques, protéger par un pansement stérile.
Traçabilité et transmission aux secours
Chaque intervention doit être consignée dans la main courante du PC sécurité : heure d’appel, heure d’arrivée sur les lieux, gestes réalisés, matériel utilisé, identité des témoins. Ce registre a une valeur juridique en cas d’enquête.
Lors de la transmission au SAMU ou aux sapeurs-pompiers, l’agent utilise un langage clair : mécanisme, bilan (conscience, respiration, circulation, plaies), gestes effectués, évolution. Un SSIAP 2 assure le pont radio entre le PC et l’équipe sur le terrain pour éviter les ordres contradictoires.
Matériel indispensable au PC sécurité
Le sac de premiers secours d’un ERP doit contenir au minimum :
- gants nitrile taille M et L, masques de poche avec valve anti-retour ;
- pansements compressifs, bandes, compresses stériles ;
- garrot tourniquet homologué CE ;
- couverture de survie, ciseaux à bouts ronds ;
- flacon de sérum physiologique et solution hydro-alcoolique ;
- registre d’intervention et fiches bilan préformatées.
Le DAE et sa signalétique doivent être vérifiés selon le plan de maintenance du fabricant.
Formation continue et recyclage
Le maintien des compétences SSIAP est obligatoire : recyclage triennal, remise à niveau après plus de trois ans d’inactivité. Les gestes de premiers secours s’oublient vite ; des séances trimestrielles internes, avec mannequin de RCP et DAE de formation, sont vivement recommandées. Un exercice annuel commun avec les sapeurs-pompiers permet de tester la coordination réelle et de corriger les points de friction (accès, ascenseur pompier, cheminement brancard).
Points clés à retenir
- Ce guide premiers secours SSIAP structure la réponse autour de la séquence PAS et du bilan en trois questions.
- La RCP couplée au DAE reste le geste le plus impactant sur la survie en cas d’arrêt cardiaque.
- Compression, garrot horodaté et lutte contre l’hypothermie forment le triptyque des hémorragies graves.
- La traçabilité au PC sécurité protège l’agent et l’établissement.
- La formation continue transforme le protocole écrit en réflexe utile le jour J.
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