Par Julie · Rédactrice eBrigade · Publié le 15 janvier 2025
La Responsabilité Sociétale des Entreprises n’est plus l’apanage des grands groupes cotés. Les SDIS, associations de sécurité civile, entreprises de transport sanitaire et structures du BTP subissent une pression croissante de leurs financeurs et partenaires institutionnels pour démontrer leur engagement environnemental et social. Ignorer la RSE, c’est progressivement se fermer des sources de subventions, perdre des appels d’offres et peiner à recruter des bénévoles ou des salariés engagés.
Pourquoi la RSE concerne les organisations de terrain
La DPEF (Déclaration de Performance Extra-Financière) n’est légalement obligatoire que pour les entreprises de plus de 500 salariés. Pourtant, les collectivités territoriales — régions, départements, communes — intègrent depuis 2023 des critères RSE dans leurs appels à projets et conventions pluriannuelles d’objectifs. Une association de pompiers volontaires sollicitant une subvention départementale ou un groupement d’intervention du secteur sanitaire répondant à un marché public est désormais évalué sur sa capacité à rendre compte de son impact.
Les fondations privées (Fondation de France, fondation Abbé Pierre, mécénat d’entreprises) exigent, elles aussi, des rapports d’impact structurés. Enfin, les 18-35 ans — première cible du recrutement bénévole — choisissent leurs engagements en fonction des valeurs affichées et des preuves concrètes d’action. Un SDIS ou une association qui publie un bilan RSE annuel se distingue immédiatement.
Les trois piliers RSE appliqués aux équipes terrain
Pilier environnemental
Pour une organisation terrain, l’essentiel des émissions carbone provient des déplacements. Un centre de secours rural dont les 60 sapeurs-pompiers volontaires parcourent en moyenne 25 km aller-retour à chaque intervention génère environ 1,5 tonne de CO2 par an rien que sur les trajets domicile-caserne. Auxquels s’ajoutent la consommation des véhicules d’intervention (un véhicule de secours à victimes consomme entre 12 et 18 litres/100 km), la consommation énergétique des locaux (chauffage, éclairage des hangars) et la gestion des déchets d’intervention (équipements à usage unique, EPI en fin de vie).
Pilier social
Les indicateurs sociaux sont souvent les plus simples à collecter pour une organisation terrain : nombre d’heures de bénévolat ou de volontariat, taux de formation des membres, diversité des effectifs (répartition par genre, tranche d’âge), taux de rétention sur 3 ans, nombre d’accidents ou de situations de stress post-traumatique déclarés. Le burn-out des bénévoles reste un angle mort de nombreuses structures — le mesurer est un premier pas pour le prévenir.
Pilier gouvernance
Transparence des décisions (publication des comptes, comptes rendus d’AG), conformité RGPD pour la gestion des données membres et des dossiers d’intervention, lutte contre les conflits d’intérêts dans les achats d’équipements, conformité aux référentiels réglementaires sectoriels (référentiel national SDIS, normes NF EN 15725 pour les équipements de protection).
Calculer l’empreinte carbone d’une structure terrain
Le bilan GES (Gaz à Effet de Serre) d’une organisation terrain se décompose en trois périmètres définis par le GHG Protocol, repris par l’ADEME :
- Scope 1 : émissions directes — carburant des véhicules d’intervention, chauffage fioul ou gaz des locaux. Ce sont les émissions les plus simples à mesurer (factures de carburant, relevés des compteurs).
- Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie — consommation d’électricité des casernes, des entrepôts, des véhicules électriques rechargés sur site.
- Scope 3 : toutes les autres émissions indirectes — déplacements domicile-lieu d’engagement des bénévoles ou salariés, achats de matériels et équipements, déchets générés sur les interventions.
L’ADEME met à disposition deux outils gratuits : Bilan GES pour les bilans complets avec facteurs d’émission officiels, et Mon Bilan Carbone pour les PME et associations souhaitant une approche simplifiée. Les facteurs d’émission sectoriels (transport sanitaire, BTP, activités de secours) sont disponibles dans la base Empreinte de l’ADEME, mise à jour annuellement.
Une organisation terrain de taille moyenne (50 à 150 membres actifs) peut réaliser son premier bilan carbone en 2 à 3 jours de travail, en se concentrant sur les Scopes 1 et 2 la première année.
Les indicateurs RSE prioritaires à mettre en place
Plutôt que de vouloir tout mesurer d’emblée, une démarche RSE pragmatique consiste à sélectionner 6 à 10 indicateurs actionnables, c’est-à-dire des indicateurs sur lesquels la structure peut effectivement agir :
| Indicateur | Ce qu’il mesure | Source de données |
|---|---|---|
| Heures de bénévolat annuelles | Engagement social, valorisation du volontariat | Logiciel de gestion des membres |
| Km parcourus par les membres | Empreinte transport (Scope 3) | Notes de frais, remboursements kilométriques |
| Taux de membres formés (%) | Capital humain, sécurité des interventions | Registre de formation |
| Consommation énergie (kWh/an) | Empreinte énergétique (Scopes 1 et 2) | Factures fournisseur énergie |
| Taux de féminisation des effectifs | Diversité, attractivité | Registre membres |
| Taux de rétention à 3 ans | Bien-être, fidélisation | Historique des adhésions |
La règle d’or : ne retenir que les indicateurs pour lesquels les données existent déjà ou peuvent être collectées sans créer de charge administrative supplémentaire.
Structurer et publier un rapport d’impact RSE
Un rapport d’impact RSE efficace pour une organisation terrain ne dépasse pas 8 à 12 pages. Sa structure type :
- Présentation de la démarche : pourquoi la structure s’engage, quel cadre de référence (ODD de l’ONU, label associatif, référentiel sectoriel).
- Faits marquants de l’année : 3 à 5 actions concrètes menées (installation de panneaux photovoltaïques, passage à une flotte hybride, programme de prévention du stress post-traumatique).
- Tableau de bord des indicateurs : données N et comparaison N-1 pour visualiser la progression.
- Bilan carbone simplifié : émissions par scope, comparaison avec l’année précédente, objectif de réduction.
- Perspectives : engagements pour l’année suivante, indicateurs cibles.
La publication sur le site web de la structure, le partage avec les financeurs et la présentation en AG suffisent à valoriser ce travail. Aucune certification n’est requise pour les petites structures.
Passer à l’action sans se noyer dans les indicateurs
La tentation de vouloir tout mesurer simultanément est le principal frein à la mise en place d’une démarche RSE. L’approche la plus efficace consiste à démarrer par les données déjà disponibles dans les outils existants — logiciel de gestion des membres, comptabilité, plannings d’interventions — et à construire progressivement un tableau de bord fiable sur 2 à 3 ans avant d’élargir le périmètre.
Les erreurs courantes à éviter : confondre la RSE avec une opération de communication (elle doit reposer sur des données vérifiables), vouloir compenser les émissions avant de les avoir réduites, et négliger le pilier social au profit du seul bilan carbone.
eBrigade centralise nativement les données qui alimentent les indicateurs RSE sociaux des organisations terrain : heures de bénévolat et de volontariat, déplacements via les notes de frais, suivi des formations, composition des équipes. Un export mensuel depuis la plateforme suffit à alimenter le tableau de bord RSE annuel, sans ressaisie ni tableur redondant — ce qui permet aux responsables de se concentrer sur l’essentiel : comprendre les données et décider des actions à mener.
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