Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 15 janvier 2025
Le terme “contrat bénévole” revient souvent dans les recherches des responsables associatifs, mais il recouvre une réalité juridique précise — et souvent mal comprise. En droit français, un contrat implique une contrepartie. Le bénévolat, par définition, l’exclut. On parle donc correctement de convention de bénévolat, document qui formalise la relation sans créer de lien de subordination ni d’obligation de rémunération. Ce guide fait le point sur ce qui existe, ce que cela protège, et ce que l’association risque si elle n’y prête pas attention.
Pourquoi “contrat bénévole” est un abus de langage
Le Code civil définit le contrat comme un accord de volontés destiné à créer, modifier ou éteindre des obligations. Toute obligation contractuelle suppose une cause — généralement une contrepartie. Or le bénévolat repose sur la gratuité : absence de salaire, absence de rémunération directe ou indirecte.
Un bénévole qui signe un document avec son association ne signe donc pas un contrat au sens légal. Les termes corrects sont :
- Convention de bénévolat : formalise les missions, les engagements mutuels et les modalités pratiques (disponibilités, formations, équipements fournis)
- Charte du bénévole : document unilatéral présentant les valeurs, les règles de conduite et les attentes de l’association
- Lettre de mission ponctuelle : formalise un engagement limité dans le temps pour une action précise (manifestation sportive, collecte, événement)
Ces documents sont utiles, voire indispensables, mais ils ne créent pas de lien de subordination. Le bénévole reste libre de mettre fin à sa participation à tout moment.
Les droits du bénévole garantis par la loi
Couverture par l’assurance de l’association
Toute association qui recourt à des bénévoles doit être couverte par une assurance responsabilité civile. Cette assurance prend en charge les dommages causés à des tiers par les bénévoles dans l’exercice de leurs missions. Elle ne couvre pas automatiquement les accidents corporels subis par le bénévole lui-même : pour cela, l’association doit souscrire une garantie “accidents corporels bénévoles” spécifique. Dans le secteur du secourisme et de la sécurité civile, certaines fédérations (FNSPF, Croix-Rouge, Protection Civile) négocient des contrats groupés qui incluent cette couverture.
Congé engagement civique : 6 jours par an
La loi Égalité et Citoyenneté du 27 janvier 2017 a instauré le congé engagement civique. Tout salarié d’une entreprise de 10 salariés ou plus peut demander jusqu’à 6 jours de congé non rémunéré par an pour exercer des responsabilités bénévoles au sein d’une association (membre du conseil d’administration, trésorier, responsable de formation). Dans les entreprises de 100 salariés et plus, un accord d’entreprise peut prévoir le maintien de la rémunération pendant ces congés. En pratique, ce dispositif reste peu utilisé faute d’information côté bénévoles et côté employeurs.
Remboursement des frais réels
Le bénévole peut se faire rembourser ses dépenses engagées dans le cadre de ses missions sans que ce remboursement ne remette en cause son statut. Les frais éligibles sont :
- Transport : indemnités kilométriques au barème fiscal en vigueur (0,331 €/km pour une voiture de moins de 5 CV en 2026), billets de train ou de bus sur justificatif
- Restauration : repas pris lors de déplacements, sur présentation de justificatif
- Hébergement : nuits d’hôtel pour les missions longue distance, sur justificatif
Ces remboursements doivent correspondre à des dépenses réelles et dûment justifiées. Un remboursement forfaitaire sans justificatif risque d’être requalifié en rémunération par l’URSSAF.
Don de bénévolat et réduction fiscale
Quand un bénévole renonce volontairement au remboursement de ses frais réels, ce renoncement est assimilé à un don au profit de l’association. Il peut demander un reçu fiscal pour bénéficier d’une réduction d’impôt de 66 % (associations d’intérêt général) ou de 75 % (organismes d’aide aux personnes en difficulté, dans la limite de 1 000 € par an). Le bénévole doit en faire la demande expresse et l’association est tenue d’émettre le reçu correspondant.
Les obligations de l’association envers ses bénévoles
L’association ne reçoit pas du bénévole un engagement à sens unique. Elle a des obligations réciproques :
Assurance : couvrir le bénévole pendant ses missions (RC + accidents corporels recommandée). Sans assurance RC, l’association engage directement sa responsabilité civile et financière.
Respect de l’autonomie : ne jamais exercer de lien de subordination. Le bénévole ne peut pas être soumis à des horaires fixes imposés, à des sanctions disciplinaires, ou à une obligation de résultat comparable à celle d’un salarié.
Information claire : remettre au bénévole un document décrivant ses missions, ses interlocuteurs, les équipements mis à sa disposition et les procédures de sécurité applicables. Dans le secteur BTP, transport sanitaire ou sécurité civile, cette information inclut les consignes de sécurité spécifiques.
Protection des données : les données personnelles des bénévoles (identité, coordonnées, disponibilités, formations) sont soumises au RGPD. L’association doit recueillir le consentement, limiter la collecte au strict nécessaire et permettre au bénévole d’exercer ses droits d’accès et d’effacement.
Risque de requalification en contrat de travail
La requalification d’un bénévole en salarié est le risque le plus lourd pour une association. Elle est prononcée par le Conseil de prud’hommes lorsque trois éléments caractéristiques du contrat de travail sont réunis : prestation de travail, rémunération et lien de subordination.
Les situations à risque sont :
- Un bénévole qui intervient régulièrement selon des horaires fixes imposés par l’association
- Des “remboursements” forfaitaires sans justificatif ou supérieurs aux dépenses réelles
- Une impossibilité de fait à refuser une mission sans conséquence sur l’engagement futur
- Une dépendance économique du bénévole vis-à-vis de l’association (il n’a pas d’autre source de revenus)
En cas de requalification, l’association doit s’acquitter des cotisations sociales patronales et salariales sur les 3 dernières années, majorées de pénalités. L’URSSAF peut également procéder à un redressement lors d’un contrôle. C’est un risque existentiel pour les petites structures.
Formaliser sans rigidifier : les bonnes pratiques
Une convention de bénévolat bien rédigée couvre en 1 à 2 pages : l’identité des parties, la description des missions, les disponibilités convenues (sans obligation), les équipements fournis, les modalités de remboursement des frais, la durée (déterminée ou indéterminée) et les modalités de résiliation (préavis raisonnable recommandé, même s’il n’est pas obligatoire).
Elle est signée par les deux parties, conservée dans le dossier du bénévole, et renouvelée en cas de changement de mission ou de responsabilité. Dans le secteur des sapeurs-pompiers volontaires, cette formalisation est intégrée à l’engagement quinquennal réglementé par le Code de la sécurité intérieure. Dans les associations sportives ou d’aide à la personne, elle s’adapte aux contraintes saisonnières.
Gérer les conventions de bénévolat avec un logiciel dédié
La gestion manuelle des conventions (Word, classeurs papier, emails) atteint rapidement ses limites quand une association compte plusieurs dizaines de bénévoles avec des rôles et des niveaux d’engagement différents. eBrigade centralise la gestion des engagements bénévoles : stockage des conventions signées, alertes pour les renouvellements, suivi des remboursements de frais et génération des reçus fiscaux pour les dons de bénévolat. Le tout accessible depuis un poste fixe ou depuis l’application mobile, y compris pour les responsables terrain lors des interventions ou des événements.
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