Par Joseph · Expert eBrigade Technologies · Publié le 27 juillet 2026

Vigilance feux de forêt : trois échelles, un seul planning

Le niveau de vigilance passe à l’orange un mercredi à 17 h, pour le lendemain. À ce moment précis, il ne reste plus que la soirée pour savoir qui patrouille demain, avec quel véhicule, sur quel secteur, et qui prend la relève à 18 h. C’est là, et pas dans la lecture de la carte, que les dispositifs de surveillance se jouent.

La vigilance feux de forêt désigne le niveau de danger d’incendie publié pour un territoire donné et la journée à venir. Elle sert à deux choses très différentes : informer le public des comportements à éviter, et déclencher des mesures réglementaires et opérationnelles — restrictions d’accès, arrêt des travaux, armement des patrouilles.

Trois échelles coexistent, et elles ne se superposent pas

C’est la première source de confusion sur le terrain : le mot « niveau » ne renvoie pas au même objet selon qui parle.

Ce qui est publiéPar quiMaille et échéanceCe que ça déclenche
Danger météorologique d’incendieMétéo-FranceZones météo, jour même et 3 jours suivants, actualisé 2 fois par jourRien directement : c’est l’entrée technique du système
Météo des ForêtsMétéo-FranceDépartement, pour le lendemain et le surlendemain, 4 niveaux (faible, modéré, élevé, très élevé)Information et sensibilisation du grand public
Vigilance préfectoralePréfet, avec le SDIS et les services de l’ÉtatDépartement ou massif, mise à jour à chaque changement, 5 niveauxLes restrictions réglementaires et l’armement des dispositifs

En Aquitaine, la vigilance préfectorale est publiée sur cinq niveaux — faible, moyenne, élevée, très élevée, exceptionnelle — couramment désignés par leurs couleurs : vert, jaune, orange, rouge, noir. Le vert correspond par défaut à la période du 1er octobre au 28 février, le jaune à la saison à risque du 1er mars au 30 septembre ; les niveaux orange, rouge et noir relèvent, eux, d’une décision préfectorale.

Autrement dit : un département peut être en « élevé » sur la Météo des Forêts sans que la vigilance préfectorale soit passée à l’orange, et l’inverse est possible aussi. La première est une information météo, la seconde une décision administrative qui intègre l’état de la végétation, l’activité opérationnelle des jours précédents et la disponibilité des moyens de lutte.

Sur quoi caler son dispositif ?

Sur la vigilance préfectorale, sans exception. C’est elle qui fait foi pour les restrictions, c’est elle que citera un contrôle, et c’est elle qui est cohérente avec l’engagement du SDIS. La Météo des Forêts, publiée deux jours à l’avance, sert à anticiper : elle donne le préavis qui permet de sonder les disponibilités avant que la décision tombe.

Ce que chaque niveau change concrètement

Les mesures sont fixées par arrêté — en Gironde, dans les Landes et en Lot-et-Garonne par le règlement interdépartemental de protection de la forêt contre l’incendie (RIPFCI), en Dordogne par un règlement départemental distinct. Elles évoluent d’une année sur l’autre : ce qui suit décrit la logique, pas le texte applicable chez vous, qu’il faut vérifier chaque saison.

  • Vert et jaune — activité normale, obligations permanentes (emploi du feu, débroussaillement, déclaration des travaux). Le dispositif de surveillance est en veille.
  • Orange (élevé) — l’usage d’engins thermiques et électriques est interdit sur les pistes et chemins forestiers sur une plage horaire d’après-midi et de soirée, la présence en forêt est restreinte sur ces mêmes horaires. Les patrouilles sont armées.
  • Rouge (très élevé) — mêmes interdictions, arrêt anticipé des moteurs pour les travaux forestiers en début d’après-midi. Le dispositif monte en puissance, avec des effectifs souvent doublés.
  • Noir (exceptionnel) — interdiction d’usage d’engins toute la journée, présence humaine interdite en forêt, événements sportifs et culturels annulés, sites de loisirs, plages et pistes cyclables fermés. Le dispositif est à son maximum, avec surveillance de nuit.

Le saut coûteux n’est pas du vert au jaune : c’est le passage du jaune à l’orange, qui transforme une veille en dispositif armé, souvent avec moins de 24 heures de préavis.

Le vrai sujet : le délai entre la décision et l’équipe constituée

Une organisation qui surveille un massif ne manque pas d’information — la carte est publique et actualisée. Ce qui manque, c’est le temps entre « le niveau monte » et « l’équipage est parti ». Trois choses le mangent :

  1. Chercher qui est disponible. Si les disponibilités ne sont pas déclarées à l’avance, chaque montée de niveau se rejoue au téléphone, en soirée, une personne après l’autre.
  2. Vérifier qui peut y aller. Tout le monde ne peut pas tout faire : conduite du véhicule de patrouille, radio, connaissance du secteur, formation suivie avec le SDIS. Sans référentiel à jour, on l’apprend au moment de partir.
  3. Confirmer. Un message envoyé n’est pas une équipe constituée. Sans accusé de réception, le responsable rappelle tout le monde « pour être sûr », et le délai double.

Écrire le plan d’armement une fois, l’exécuter à chaque montée

Un plan d’armement par niveau est un tableau très simple, écrit hors saison, qui répond d’avance à la question « qui fait quoi si demain c’est orange ». Il tient en une page :

  • Pour chaque niveau : nombre d’équipages, secteurs couverts, amplitude horaire, véhicules affectés
  • Le cadre d’astreinte de la journée, nommément, avec un numéro joignable
  • La règle de relève (personne ne tient une journée de rouge seul) et l’heure de bascule
  • Les compétences requises par poste, et la liste des personnes qui les détiennent
  • Le canal d’alerte principal et son canal de repli (push et SMS ne tombent pas en panne ensemble)
  • Le point de rassemblement et la fréquence radio par secteur
  • Ce qui est tracé pendant la vacation : départs, retours, anomalies, contacts avec le public

L’intérêt de l’écrire à froid est double : la décision se prend en quelques minutes le jour venu, et le dispositif devient descriptible — donc justifiable auprès de la préfecture, du SDIS et du financeur.

Anticiper avec l’échéance J+2

C’est l’usage le plus rentable de la Météo des Forêts. Deux jours avant, on ne mobilise pas : on sonde. Une demande de disponibilité envoyée le lundi pour un mercredi possiblement orange coûte un message et fait gagner la soirée du mardi. Les personnes qui répondent « non » sont aussi utiles que celles qui répondent « oui » : elles sortent du champ des rappels.

À retenir

  • Trois échelles cohabitent ; seule la vigilance préfectorale déclenche les restrictions et l’armement.
  • La Météo des Forêts, publiée à J+1 et J+2, sert à sonder les disponibilités avant la décision.
  • Le point de bascule opérationnel est le passage du jaune à l’orange, souvent avec moins de 24 h de préavis.
  • Le plan d’armement par niveau s’écrit hors saison, pas le soir où le niveau monte.
  • Les restrictions varient par département et par année : le règlement applicable se revérifie chaque saison.

FAQ vigilance feux de forêt

La Météo des Forêts a-t-elle une valeur réglementaire ?

Non. C’est un outil d’information et de sensibilisation du public, publié à l’échelle du département pour le lendemain et le surlendemain. Les interdictions découlent des arrêtés préfectoraux et de la vigilance qui leur est attachée.

Combien de niveaux existe-t-il exactement ?

Cela dépend de l’échelle. La Météo des Forêts en compte quatre. La vigilance préfectorale en Aquitaine en compte cinq, du vert au noir. D’autres régions retiennent d’autres découpages : il n’existe pas de barème national unique côté vigilance préfectorale.

Qui décide du passage à l’orange ?

Le préfet, sur la base du danger météorologique évalué par Météo-France, complété par l’appréciation du SDIS et l’analyse de l’activité opérationnelle récente. Ce n’est donc pas une conséquence automatique d’un seuil météo.

Peut-on travailler en forêt en vigilance rouge ?

Les travaux forestiers sont fortement restreints, avec généralement un arrêt des moteurs en début d’après-midi et une interdiction d’usage des engins sur une plage horaire définie. Le détail figure dans le règlement applicable au département — il se vérifie avant chaque chantier, pas après.

Faut-il tracer les patrouilles effectuées ?

Rien n’oblige un format particulier, mais l’expérience est constante : les structures qui savent dire combien d’heures de surveillance elles ont réalisées, sur quels secteurs et avec quels moyens, sont celles qui obtiennent les financements et les véhicules. Une trace horodatée vaut mieux qu’un souvenir de saison.

Armer un dispositif de surveillance avec eBrigade

Un plan d’armement ne vaut que s’il s’exécute vite. eBrigade (ebrigade.app) porte les briques qui font gagner la soirée : disponibilités déclarées à l’avance par créneau et par secteur, alerte multicanale ciblée par compétence et par disponibilité avec accusé de réception, plannings de vacations par niveau, suivi des heures de surveillance et cartographie opérationnelle des équipes engagées. C’est le socle utilisé par les réseaux de défense des forêts contre l’incendie, comme la DFCI en Aquitaine, et par les comités communaux feux de forêts. À lire ensuite : organiser une saison de patrouilles et le logiciel DFCI et le logiciel pompiers et sécurité civile.

Sources : Météo-France, dispositif Météo des Forêts (4 niveaux, publication départementale à J+1 et J+2, actif du 28 mai au 30 septembre 2026) ; DFCI Aquitaine, carte de vigilance et évaluation du risque (5 niveaux, saison à risque du 1er mars au 30 septembre, mesures fixées par le RIPFCI pour la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne et par un règlement départemental en Dordogne). Consultés le 27 juillet 2026.

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