Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le 23 septembre 2026
Guide premiers secours entorse cheville : protocole RICE

L’entorse de cheville figure parmi les trois accidents les plus fréquents en entreprise et en dispositif prévisionnel de secours (DPS). Pourtant, une prise en charge mal cadrée dans les dix premières minutes multiplie par trois le risque de séquelles chroniques. Ce guide premiers secours entorse cheville détaille le protocole RICE, les critères d’Ottawa pour évaluer la gravité, et la traçabilité SST à assurer avant la reprise du poste.
Les premiers secours en cas d’entorse de cheville consistent à appliquer sans délai le protocole RICE — Repos, Ice (glace), Compression, Élévation — pendant les 48 à 72 premières heures suivant le traumatisme, tout en évaluant la gravité de la lésion à l’aide des critères d’Ottawa pour orienter la victime vers une consultation médicale si nécessaire.
Qu’est-ce qu’une entorse de cheville ?
Une entorse de cheville est une lésion des ligaments de l’articulation tibio-tarsienne, provoquée par un mouvement forcé de torsion — le plus souvent en inversion (pied qui « part » vers l’intérieur). Elle représente environ 6 000 cas quotidiens en France selon la Haute Autorité de Santé.
On distingue trois stades de gravité :
- Entorse bénigne (stade 1) : simple étirement du ligament, douleur modérée, marche possible.
- Entorse moyenne (stade 2) : déchirure partielle, œdème net, appui difficile.
- Entorse grave (stade 3) : rupture ligamentaire complète, hématome, impossibilité totale d’appui.
Comment reconnaître une entorse grave sur le terrain ?
Une entorse est considérée comme grave si la victime ne peut plus faire quatre pas en appui, présente une douleur exquise sur la malléole ou sur la base du 5ᵉ métatarsien, ou si un craquement a été perçu au moment du traumatisme. Ce sont les critères d’Ottawa, référentiels utilisés par les urgentistes pour décider d’une radiographie.
Le sauveteur secouriste du travail (SST) ou l’équipier PSE1 doit vérifier :
- La capacité d’appui : quatre pas immédiatement après l’incident et à l’accueil des secours.
- La palpation des malléoles : douleur intense sur les 6 derniers centimètres du bord postérieur de la malléole = signe d’alerte.
- La palpation du médio-pied : douleur au niveau du naviculaire ou de la base du 5ᵉ métatarsien.
- L’aspect visuel : gonflement rapide, hématome en « œuf de pigeon », déformation.
En présence de l’un de ces signes, une prise en charge médicale est indispensable dans les 24 heures.
Quels sont les 5 gestes du protocole RICE en cas d’entorse ?
Le protocole RICE (également appelé GREC en français : Glace, Repos, Élévation, Compression) reste la référence internationale pour les 48-72 premières heures. Voici les 5 étapes à réaliser dans l’ordre :
- Mettre la victime au repos immédiat. Interrompre toute activité, retirer la chaussure avant l’apparition de l’œdème (ensuite, l’extraction devient traumatique). Ne pas mobiliser l’articulation.
- Appliquer du froid pendant 15 à 20 minutes. Utiliser une poche de glace enveloppée dans un linge — jamais de glace au contact direct de la peau (risque de brûlure par le froid). Renouveler toutes les deux heures durant les 24 premières heures.
- Comprimer avec un bandage élastique. Enrouler la cheville de la base des orteils jusqu’à mi-mollet, en serrage modéré et régulier. La compression réduit l’œdème et stabilise l’articulation.
- Surélever le membre inférieur. Positionner la cheville au-dessus du niveau du cœur pour favoriser le retour veineux et limiter le gonflement. Maintenir cette position autant que possible.
- Évaluer, orienter et tracer. Réévaluer la douleur à 15 minutes, appliquer les critères d’Ottawa, orienter vers un médecin si nécessaire, puis renseigner le registre des accidents bénins ou déclencher une déclaration d’accident du travail.
À proscrire absolument dans les 72 premières heures : la chaleur (bain chaud, pommade chauffante), les massages, la mobilisation forcée, l’alcool et les anti-inflammatoires non stéroïdiens sans avis médical (ils peuvent masquer une lésion grave).
Quand faut-il appeler le 15 ou le 18 ?
Le SAMU (15) ou les sapeurs-pompiers (18) doivent être contactés en cas d’entorse associée à une déformation visible du pied, une plaie ouverte au niveau de l’articulation, un membre froid ou insensible, une suspicion de fracture, ou lorsque la victime est isolée et incapable de se déplacer par ses propres moyens.
Pour tous les autres cas d’entorse suspectée grave (impossibilité d’appui après 4 pas, douleur exquise osseuse), l’orientation se fait vers un service d’urgence par transport non médicalisé, dans un délai de 24 heures maximum.
En dispositif prévisionnel de secours, le chef d’équipe PSE consigne l’événement dans la main courante du poste de secours et transmet un bilan complet aux secours publics selon la méthode SAMPLE.
Comment prévenir les entorses en milieu professionnel ?
La prévention des entorses de cheville s’inscrit dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Les mesures les plus efficaces sont :
- Sécuriser les circulations : signalisation des dénivelés, éclairage des escaliers, revêtements antidérapants dans les zones humides.
- Fournir des EPI adaptés : chaussures de sécurité montantes (S3) sur chantier, semelles antidérapantes en cuisine collective, coques métalliques en logistique.
- Former les équipes : le référentiel INRS intègre les traumatismes ostéo-articulaires dans les recyclages SST. Un audit premiers secours en entreprise permet d’identifier les zones à risque.
- Équiper les postes : la trousse de secours en entreprise doit contenir bandes élastiques, poches de froid instantané et écharpes triangulaires.
- Assurer la présence de SST : garantir un ratio suffisant de sauveteurs secouristes formés selon l’effectif du site.
À retenir : les 5 réflexes SST face à une entorse
- Retirer la chaussure avant l’apparition de l’œdème.
- Appliquer du froid 15-20 min toutes les 2 heures.
- Comprimer sans étrangler avec une bande élastique.
- Surélever le membre au-dessus du cœur.
- Appliquer les critères d’Ottawa avant d’autoriser la reprise.
Ces cinq réflexes doivent être maîtrisés par chaque SST et intégrés aux mises en situation lors des recyclages MAC-SST, à réaliser tous les 24 mois selon l’INRS.
FAQ premiers secours entorse cheville
Peut-on marcher avec une entorse de cheville ?
Une entorse bénigne autorise une reprise progressive de la marche après 24 à 48 heures de repos, avec strapping ou chevillère. Une entorse moyenne ou grave nécessite une mise en décharge complète pendant 5 à 10 jours et un avis médical avant reprise de l’appui.
Faut-il mettre du chaud ou du froid sur une entorse ?
Uniquement du froid pendant les 72 premières heures. La chaleur augmente l’œdème et l’inflammation en phase aiguë. Elle peut être introduite après 3 jours, en alternance avec le froid, pour favoriser la récupération.
Combien de temps dure une entorse de cheville ?
Une entorse bénigne guérit en 7 à 10 jours. Une entorse moyenne demande 3 à 6 semaines. Une entorse grave impose 6 à 12 semaines de rééducation, avec un risque d’instabilité chronique en cas de mauvaise prise en charge initiale.
Une entorse est-elle un accident du travail déclarable ?
Oui, toute entorse survenue sur le lieu de travail ou pendant le trajet domicile-travail est un accident du travail déclarable par l’employeur dans les 48 heures. Elle doit être inscrite dans le registre de suivi des sauveteurs secouristes du travail et signalée à la CPAM.
Quelle est la différence entre entorse et foulure ?
En langage courant, « foulure » désigne une entorse bénigne (stade 1). Médicalement, seul le terme entorse est retenu. Toute lésion ligamentaire suite à un traumatisme en torsion est classée comme entorse, du stade 1 au stade 3.
Que faire si la douleur persiste après 5 jours ?
Une douleur persistante à J+5, un œdème stable ou une impossibilité d’appui doit motiver une consultation médicale et une imagerie (radiographie, échographie ligamentaire). Une entorse mal traitée devient chronique dans 20 à 40 % des cas selon la Société Française de Rhumatologie.
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