Par Marie Lefèvre · Experte associations & sécurité civile · Publié le
Premiers secours en été : réagir aux urgences saisonnières

Les premiers secours en été reposent sur trois priorités : ne pas s’exposer soi-même au danger, alerter rapidement les secours et agir sans retarder la prise en charge. Noyade, coup de chaleur, déshydratation, piqûre grave et morsure de serpent peuvent engager le pronostic vital.
Le risque est particulièrement visible lors des fortes chaleurs. Entre le 1er mai et le 15 juillet 2026, 925 noyades, dont 274 suivies d’un décès sur le lieu de noyade, ont été recensées en France ; selon le bulletin du 24 juillet 2026 de Santé publique France, 73 % des noyades observées sur cette période sont survenues pendant l’une des trois périodes de vigilance canicule.
Coup de chaleur : appeler les secours et refroidir immédiatement
Une température corporelle très élevée associée à une confusion, des convulsions, une somnolence inhabituelle ou une perte de connaissance évoque un coup de chaleur : appelez immédiatement le 15 ou le 112 et commencez le refroidissement.
Le coup de chaleur est une urgence médicale. Il peut associer une température corporelle supérieure ou égale à 40 °C, une faiblesse intense, des troubles neurologiques et une chute de la tension artérielle, selon les recommandations 2026 de l’Assurance Maladie.
Les signes d’alerte sont notamment :
- une confusion, des propos incohérents ou une somnolence anormale ;
- des maux de tête, des vertiges, des nausées ou des vomissements ;
- une peau très chaude, rouge, sèche ou encore moite ;
- une respiration et un pouls rapides ;
- des convulsions ou une perte de connaissance.
En attendant les secours :
- placez la victime dans un lieu frais, ventilé et à l’abri du soleil ;
- retirez les vêtements superflus ;
- mouillez la peau avec de l’eau fraîche et éventez-la, ou appliquez des linges humides ;
- si la personne est pleinement consciente et avale normalement, proposez de l’eau et suivez les consignes du médecin régulateur ;
- surveillez sans interruption sa conscience et sa respiration.
Ne donnez pas d’aspirine, d’anti-inflammatoire non stéroïdien ou de paracétamol pour faire baisser la température : l’Assurance Maladie indique que ces médicaments sont inadaptés au coup de chaleur et peuvent aggraver les symptômes.
L’épuisement dû à la chaleur se manifeste plus volontiers par une transpiration abondante, une faiblesse, des vertiges et des nausées. Mettez la personne au frais, rafraîchissez-la et faites-la boire si elle le peut. Appelez le 15 en cas de trouble de la conscience, d’impossibilité de boire ou d’aggravation.
Noyade : protéger, alerter, ventiler et réanimer
Face à une noyade, n’entrez pas dans l’eau sans compétence ni équipement de sauvetage. Tendez une perche ou lancez un objet flottant, alertez les secours et commencez la réanimation dès que la victime est hors de l’eau si elle ne respire pas normalement.
La chaîne d’action est la suivante :
- Protéger le sauveteur. Depuis la rive, utilisez si possible une bouée, une corde, une perche ou un autre dispositif flottant. Une victime paniquée peut agripper et immerger une personne venue l’aider.
- Alerter. Appelez le 15, le 18 ou le 112. En mer, le 196 permet de joindre directement les centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage.
- Vérifier la conscience et la respiration. Une respiration irrégulière, bruyante ou faite de gasps ne constitue pas une respiration normale.
- Commencer la réanimation si la victime ne respire pas normalement. Les recommandations de l’European Resuscitation Council en vigueur en 2026 prévoient cinq insufflations initiales lorsqu’elles peuvent être réalisées, puis une réanimation standard. La Croix-Rouge française décrit ensuite des cycles de trente compressions thoraciques et deux insufflations. Si les insufflations sont impossibles, commencez les compressions et suivez les instructions du service d’urgence.
- Utiliser le DAE. Faites apporter un défibrillateur automatisé externe, séchez rapidement le thorax, posez les électrodes et suivez les consignes de l’appareil.
- Protéger du froid. Si la victime respire, retirez délicatement les vêtements mouillés, couvrez-la et surveillez-la. Si elle est inconsciente mais respire normalement, placez-la en position latérale de sécurité, sauf instruction contraire des secours.
N’essayez pas de « vider les poumons » par des compressions abdominales : cela retarde la ventilation et les compressions thoraciques. Après une submersion, une toux persistante, une gêne respiratoire, une fatigue marquée, des vomissements ou un trouble du comportement justifient un avis urgent. Même si la personne semble aller mieux, transmettez son état au 15 et appliquez la conduite indiquée par le médecin régulateur.
Pour préparer une équipe intervenant près d’un plan d’eau, consultez aussi notre protocole de premiers secours face à une noyade en DPS.
Piqûres d’hyménoptères : reconnaître l’anaphylaxie
Une piqûre dans la bouche ou la gorge, des piqûres nombreuses ou une réaction généralisée imposent un appel immédiat au 15 ou au 112.
Une douleur et un gonflement limités au point de piqûre sont généralement traités en retirant rapidement le dard visible, sans comprimer la poche à venin, puis en nettoyant la peau et en appliquant du froid à travers un tissu.
D’après l’Assurance Maladie, il faut traiter comme une urgence :
- une piqûre au visage ou au cou, dans la bouche ou dans la gorge ;
- plus de vingt piqûres chez un adulte ou quatre à cinq chez un enfant ;
- un gonflement du visage, des lèvres ou de la langue ;
- un urticaire généralisé, une gêne respiratoire, une voix rauque ou une difficulté à avaler ;
- un malaise, une perte de connaissance ou une chute brutale de l’état général.
Ces signes peuvent révéler une anaphylaxie. Appelez les secours immédiatement. Si la victime dispose de son propre stylo auto-injecteur d’adrénaline prescrit, aidez-la à l’utiliser conformément à son plan d’urgence et aux instructions du 15. Ne remplacez jamais l’adrénaline par un antihistaminique lorsque des signes respiratoires ou circulatoires sont présents.
Morsure de serpent : immobiliser et appeler le 15
Après toute morsure de serpent, éloignez la victime sans chercher à capturer l’animal, appelez le 15 ou le 112 et maintenez la personne au repos.
Retirez les bagues, la montre, les chaussures ou tout objet susceptible de comprimer le membre s’il gonfle. Nettoyez doucement la plaie si cela peut être fait sans retarder les secours, couvrez-la avec un linge propre et immobilisez le membre.
L’Assurance Maladie déconseille formellement de poser un garrot ou un bandage compressif, d’inciser ou d’aspirer la plaie, d’appliquer de la glace ou de tenter d’injecter une substance. Ne faites pas marcher la victime pour rejoindre seule un véhicule ou un service d’urgence : suivez les consignes de la régulation médicale.
Chaleur au travail : les obligations applicables en 2026
L’employeur doit intégrer le risque de chaleur au DUERP et prévoir des mesures concrètes dès qu’un épisode de chaleur intense peut compromettre la santé ou la sécurité des travailleurs.
Le cadre issu du décret relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur est applicable depuis le 1er juillet 2025. Les articles R. 4463-1 à R. 4463-8 du Code du travail rattachent les épisodes de chaleur intense aux niveaux jaune, orange et rouge de la vigilance canicule de Météo-France.
Les mesures présentées par le ministère du Travail comprennent notamment :
- l’adaptation des horaires, des cadences et des périodes de repos ;
- l’aménagement des postes et la réduction du rayonnement solaire ;
- la mise à disposition d’eau potable fraîche en quantité suffisante ;
- des moyens de rafraîchissement et des équipements adaptés ;
- une attention particulière aux travailleurs vulnérables ou isolés ;
- une procédure de signalement et de secours face aux symptômes liés à la chaleur.
L’application de ces règles fait l’objet de contrôles : au 7 juillet 2026, l’inspection du travail avait déjà effectué plus de 3 800 contrôles et prononcé 402 mises en demeure, principalement pour défaut d’évaluation du risque chaleur ou absence d’aménagement des postes extérieurs, selon le bilan 2026 du ministère du Travail.
Une procédure estivale doit indiquer qui déclenche l’alerte, où conduire une personne symptomatique, qui appelle les secours, comment guider leur arrivée et comment maintenir la surveillance. Notre guide sur les obligations de l’employeur en cas de canicule complète cette organisation.
Préparer les entreprises, collectivités et événements
Une préparation efficace associe analyse des risques, personnel formé, matériel contrôlé et consignes immédiatement accessibles.
Avant la saison estivale :
- actualisez le DUERP pour les activités extérieures, les locaux chauds, les déplacements et le travail isolé ;
- identifiez les zones fraîches, les points d’eau, les accès des secours et l’adresse précise à transmettre ;
- vérifiez la trousse de secours selon les risques réels et les recommandations du médecin du travail ;
- contrôlez l’état, la signalisation et l’accessibilité des DAE ;
- affichez les numéros 15, 18, 112 et 114 ainsi que la procédure d’alerte interne ;
- vérifiez la présence effective de SST dont le certificat est valide sur chaque site ou équipe ;
- briefez les encadrants sur les signes de coup de chaleur, de noyade et d’anaphylaxie ;
- pour un rassemblement, faites dimensionner le dispositif prévisionnel de secours selon le référentiel national et les caractéristiques de l’événement.
Après une intervention, consignez les faits observés, les horaires, l’alerte donnée, les gestes réalisés et le relais avec les secours. Cette traçabilité aide à reconstituer l’événement et à corriger les failles d’organisation sans inclure d’interprétation médicale non vérifiée.
Quelle formation de premiers secours choisir ?
Le PSC convient au grand public, le SST répond aux risques professionnels et la sensibilisation GQS permet une initiation courte.
La Sécurité civile présente deux parcours citoyens :
- le PSC, Premiers secours citoyen, formation de sept heures qui a remplacé l’appellation PSC1 ;
- la sensibilisation GQS, Gestes qui sauvent, d’une durée de deux heures.
Pour l’entreprise, la formation initiale SST dure quatorze heures. Le certificat est valable vingt-quatre mois et son maintien nécessite une session MAC de sept heures, selon l’INRS. La formation doit être complétée par des exercices adaptés au site : alerte, guidage des secours, utilisation du DAE, prise en charge d’un malaise dû à la chaleur et organisation des remplacements.
Questions fréquentes sur les premiers secours en été
Une peau sèche est-elle indispensable pour reconnaître un coup de chaleur ?
Non. La peau peut être sèche ou moite. Les signes les plus préoccupants sont la température très élevée, la confusion, les convulsions, la somnolence et la perte de connaissance. En cas de doute, appelez le 15 ou le 112 et commencez à rafraîchir la personne.
Faut-il donner à boire à une personne victime de la chaleur ?
Oui seulement si elle est pleinement consciente et avale normalement. Ne forcez jamais une personne confuse, somnolente, inconsciente ou qui vomit à boire. Appelez le 15 et suivez les instructions du médecin régulateur.
Une personne sortie de l’eau et qui se sent bien peut-elle rentrer chez elle ?
Une amélioration apparente ne suffit pas à exclure une atteinte respiratoire. Une toux persistante, une gêne respiratoire, des vomissements, une fatigue inhabituelle ou un comportement anormal imposent une alerte urgente. Dans tous les cas, demandez au 15 quelle surveillance ou quelle évaluation médicale est nécessaire.
Faut-il retirer immédiatement le dard d’une abeille ?
Oui. Retirez-le rapidement en évitant autant que possible de comprimer la poche à venin, puis nettoyez et refroidissez la zone. Surveillez l’apparition de signes généraux et appelez immédiatement les secours en cas de gêne respiratoire, de gonflement du visage ou de malaise.
Existe-t-il une température maximale unique interdisant le travail ?
Le Code du travail ne fixe pas un seuil maximal unique applicable à toutes les activités. L’employeur doit évaluer le danger selon le poste, l’effort, l’exposition au soleil, les équipements, l’humidité et l’état des travailleurs, puis adapter l’organisation dès que la chaleur menace leur santé ou leur sécurité.
Associations agréées de sécurité civile, services de santé au travail, collectivités et organisateurs doivent pouvoir vérifier rapidement les qualifications, les disponibilités, le matériel et les échéances de maintien des compétences. eBrigade centralise ces informations, facilite la préparation des dispositifs et aide à conserver une organisation opérationnelle pendant toute la saison estivale.
Pour aller plus loin :
Gérez vos équipes terrain avec eBrigade
Planning, formations, habilitations, pointage — tout en un.
Demander une démo gratuite