Par Joseph · Expert eBrigade Technologies · Publié le · Mis à jour le
CCFF : définition, missions et statut des comités en 2026
Qu’est-ce qu’un Comité Communal Feux de Forêts (CCFF) ?
Un CCFF, ou comité communal feux de forêts, est un groupe de bénévoles d’une commune qui, sous l’autorité du maire, surveille les massifs en période de risque, donne l’alerte sur les départs de feu, informe le public et appuie les sapeurs-pompiers. Il ne remplace pas les secours : son rôle premier est de voir, de signaler et de guider. Nés dans les années 1970 sur le pourtour méditerranéen, ces comités rassemblent environ 12 000 bénévoles sur l’arc méditerranéen, dont près de 1 300 dans le seul Vaucluse, selon l’exposé des motifs d’une proposition de loi déposée au Sénat en juin 2026.
Une circulaire du ministre de l’Intérieur du 16 avril 1984 a invité les préfets à en multiplier la création. Les CCFF s’inscrivent dans la politique de défense des forêts contre l’incendie (DFCI) du code forestier, et apparaissent désormais hors du Sud-Est, à mesure que le risque gagne de nouveaux territoires.
Quel statut pour un CCFF en 2026 ?
Il n’existe pas de statut légal unique. Selon les communes, le CCFF est :
- une association loi 1901, avec son bureau, ses statuts et sa propre assurance ;
- ou une composante de la réserve communale de sécurité civile (RCSC), créée par délibération du conseil municipal dans le cadre des articles L. 724-1 et suivants du code de la sécurité intérieure. Les membres relèvent alors du régime des réservistes, qui prévoit la réparation intégrale des dommages subis en service.
Ce choix détermine la couverture des bénévoles en cas d’accident et la relation avec la mairie. Dans plusieurs départements, comme le Var ou les Bouches-du-Rhône, une association départementale des CCFF (ADCCFF) fédère les comités et organise la formation. Dans le Var, elle désigne des correspondants dans chacun des sept comités techniques de massif co-animés par l’État et le Département.
Ce qui a bougé en 2026. Le 29 juin 2026, le sénateur Lucien Stanzione a déposé une proposition de loi (n° 804) « visant à reconnaître et à sécuriser le statut des comités communaux feux de forêt ». Elle prévoyait de leur consacrer un chapitre du code de la sécurité intérieure : missions définies par la loi, soutien de la commune, formation initiale et continue avec le concours du SDIS, compte rendu annuel. Le dossier législatif du Sénat indique toutefois, à la mi-octobre 2026, que ce texte est caduc, sans avoir été adopté. Le cadre reste donc inchangé, mais le diagnostic du texte, une protection juridique incertaine qui freine le recrutement, reste d’actualité.
Les quatre missions d’un CCFF
- Surveiller les massifs pendant la saison, par des patrouilles qui ont aussi un effet dissuasif sur les imprudences et les mises à feu.
- Alerter immédiatement les secours en cas de fumée suspecte ou de départ de feu, en localisant précisément le foyer.
- Sensibiliser les habitants, les promeneurs, les campeurs et les agriculteurs : interdiction de fumer et de faire du feu, accès aux massifs, débroussaillement.
- Appuyer les sapeurs-pompiers : guidage des colonnes sur les pistes, connaissance du terrain, ravitaillement des intervenants et de la population.
Selon les consignes départementales, certains comités peuvent agir sur un feu naissant, mais ils ne sont pas des forces de lutte. Lorsqu’ils concourent à une opération de secours, ils sont placés sous l’autorité du commandant des opérations de secours, comme tous les moyens engagés.
La saison : le principal défi organisationnel
Hors saison, le comité recrute, forme et prépare son matériel. En été, généralement de juin à septembre, il patrouille en adaptant son dispositif au niveau de danger et aux arrêtés préfectoraux qui réglementent l’accès aux massifs. À l’automne, il dresse le bilan pour la commune.
Le repère quotidien est la Météo des forêts de Météo-France, publiée chaque jour en saison depuis 2023. Elle donne pour chaque département, pour le lendemain et le surlendemain, un niveau de danger parmi quatre : faible, modéré, élevé, très élevé. Voir notre article sur la vigilance incendie et l’adaptation des effectifs.
L’arithmétique du planning est vite lourde : couvrir 90 jours d’été avec deux patrouilles quotidiennes de deux bénévoles représente 360 présences à planifier, sans compter les renforts des jours de danger élevé et les creux de disponibilité de juillet et d’août.
Formations : ce que suivent les bénévoles
Aucun texte national n’impose de programme commun : la formation est définie dans chaque département, souvent par l’association départementale en lien avec la préfecture et le SDIS. Dans les Bouches-du-Rhône, d’après le règlement intérieur de la RCSC-CCFF d’Aurons, la formation initiale est dispensée sous couvert de l’ADCCFF 13, hors période estivale, en quatre modules : la place du comité dans l’organisation des secours (deux jours), la radio, la lecture des cartes et les coordonnées DFCI, puis les moyens hydrauliques (une journée chacun). S’y ajoutent des stages de premiers secours (PSC1), de conduite tout-terrain ou de gestion d’un comité, et une formation locale adaptée au terrain de la commune.
Les radios dépendent elles aussi du département : dans le Var, les comités disposent de leur propre réseau, « Var Orange », dont deux saisonniers du Département assuraient la veille en 2023. Dans tous les cas, garder la trace de qui a suivi quel module et quand permet de n’engager en patrouille que des bénévoles formés, et de répondre à la mairie ou à l’assureur en cas d’accident.
Patrouilles et mobilisation d’urgence
Une patrouille suit un protocole constant : un secteur défini, des horaires connus de la coordination, un contact radio à la prise et à la fin du service, un compte rendu de tournée. Le planning croise les disponibilités des bénévoles, le niveau de danger du jour et les secteurs prioritaires fixés avec la commune et le SDIS. Il doit rester assez souple pour absorber les renforts décidés la veille au soir, quand la Météo des forêts passe au rouge.
Un départ de feu impose parfois de renforcer le dispositif en quelques heures. Le rappel par téléphone, bénévole après bénévole, atteint vite ses limites. Une alerte groupée par SMS ou par notification, à laquelle chacun répond en indiquant sa disponibilité, donne au responsable un état immédiat des volontaires.
Matériel et véhicules : vérifier avant chaque sortie
Selon les moyens de la commune, un comité dispose de véhicules tout-terrain de patrouille, parfois d’une citerne légère, de radios, de tenues et de trousses de premiers secours. Ce matériel travaille dans la poussière, la chaleur et sur des pistes dégradées : son état doit être contrôlé avant chaque sortie.
Contrôle technique, entretien, assurance, plein, état des pneus, charge des radios, contenu des trousses : quand ces informations sont dispersées entre un carnet, un tableur et la mémoire du responsable matériel, un véhicule indisponible peut être affecté à une patrouille, ou un dégât constaté la veille passer inaperçu. Une fiche par véhicule et par lot, avec ses échéances et les anomalies signalées après chaque tournée, évite de le découvrir au moment de partir.
Ce que la loi du 10 juillet 2023 change pour les comités
La loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023, adoptée après les grands incendies de 2022, a renforcé les obligations légales de débroussaillement (OLD) de l’article L. 131-10 du code forestier. Le maire contrôle leur mise en œuvre et peut, après mise en demeure, faire exécuter les travaux d’office aux frais du propriétaire. Depuis le 1er janvier 2025, le vendeur ou le bailleur d’un bien soumis aux OLD doit en informer l’acquéreur ou le locataire dès l’annonce immobilière.
Le CCFF ne contrôle pas le débroussaillement, mais il connaît les quartiers exposés et peut relayer l’information de la mairie auprès des habitants. Côté commune, voir notre article sur le suivi des OLD.
Coordination avec le SDIS, bilan et financement
En saison, le comité rédige des comptes rendus de patrouille : horaires, secteurs couverts, observations, contacts avec des personnes en infraction aux arrêtés préfectoraux. En fin de saison, il remet un bilan annuel à la mairie, partagé avec le SDIS et l’association départementale : nombre de patrouilles, heures de bénévolat, kilomètres parcourus, alertes données, actions de sensibilisation, état des formations. Les heures de bénévolat pèsent dans les discussions budgétaires.
Le budget repose d’abord sur la commune : carburant et entretien des véhicules, tenues, radios, trousses de premiers secours, formation et assurance. À Aurons, par exemple, les membres sont assurés par la mairie, avec une assurance complémentaire souscrite auprès de l’ADCCFF 13. La gouvernance associe le maire, ou son adjoint délégué, et un responsable opérationnel qui assure la liaison quotidienne avec le SDIS.
Questions fréquentes sur les CCFF
Quelle est la différence entre un CCFF et une réserve communale de sécurité civile ?
La réserve communale de sécurité civile est un cadre juridique du code de la sécurité intérieure qui couvre tous les risques de la commune. Le CCFF est un comité spécialisé dans les feux de forêts : il peut en être une composante, ce qui fait bénéficier ses membres du régime des réservistes, ou rester une association. Voir notre article sur la réserve communale de sécurité civile.
Faut-il être pompier pour entrer dans un CCFF ?
Non. Les CCFF recrutent des citoyens bénévoles, souvent des habitants qui connaissent bien les massifs de leur commune. La formation initiale organisée dans le département apporte les bases : organisation des secours, radio, lecture de carte et premiers secours.
Un CCFF peut-il éteindre un feu ?
Ce n’est pas sa mission principale. Le comité détecte, alerte et guide les secours ; certains peuvent agir sur un feu naissant si les consignes départementales le prévoient. Dès qu’une opération est engagée, les bénévoles se placent sous l’autorité du commandant des opérations de secours.
Les bénévoles d’un CCFF sont-ils assurés ?
Cela dépend de la forme du comité. Rattachés à la réserve communale, ils relèvent du régime des réservistes et sont couverts par la commune ; constitués en association, ils dépendent du contrat de l’association. Dans les deux cas, mieux vaut vérifier les garanties avant la saison.
Digitaliser la gestion d’un CCFF avec eBrigade
eBrigade est un logiciel de gestion opérationnelle déjà utilisé par des CCFF en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il centralise la gestion des bénévoles (fiches individuelles, compétences et formations avec alertes automatiques avant échéance), le suivi des véhicules et du matériel, les plannings de patrouilles avec inscription depuis l’application mobile et contrôle des compétences requises, la mobilisation par SMS et notification push avec réponse des bénévoles, les rapports de mission édités en PDF pour le SDIS, et les exports d’heures, de participations et de kilomètres pour le bilan annuel de la mairie. Le responsable passe moins de temps sur l’administratif et plus sur le terrain.
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