Par Julie · Rédactrice eBrigade · Publié le 25 juillet 2026

Ouvrir un centre d'accueil pour évacués : la check-list des 72 premières heures

Une évacuation se décide en minutes. Le centre qui va accueillir les gens, lui, doit être debout en quelques heures — avec des lits, des repas, un registre d’entrée et surtout des femmes et des hommes pour le tenir. C’est là que la plupart des dispositifs improvisés cassent.

Un centre d’accueil des évacués est un lieu public réquisitionné ou mis à disposition par une commune ou un EPCI pour héberger, restaurer et informer temporairement des personnes évacuées d’une zone de danger. Il relève du plan communal ou intercommunal de sauvegarde et se déclenche sous l’autorité du maire, en articulation avec le dispositif ORSEC préfectoral.

Qui décide de l’ouverture d’un centre d’accueil ?

L’ouverture relève du maire, au titre de ses pouvoirs de police générale et de la direction des opérations de secours sur le territoire communal. Dès lors que l’événement dépasse les limites de la commune ou que le préfet prend la direction des opérations, l’ouverture s’inscrit dans le dispositif ORSEC départemental et la préfecture consolide la liste des centres ouverts.

Le cadre est posé par :

  • la loi n° 2004-811 du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile, qui institue le plan communal de sauvegarde (PCS) et la réserve communale de sécurité civile ;
  • le décret n° 2005-1156 du 13 septembre 2005 relatif au PCS, qui impose notamment le recensement des moyens d’hébergement et de ravitaillement ;
  • la loi n° 2021-1520 du 25 novembre 2021 dite loi Matras, qui élargit l’obligation de PCS et crée le plan intercommunal de sauvegarde (PICS) pour les EPCI concernés — le bon échelon quand il faut accueillir les évacués d’un territoire voisin.

C’est précisément la configuration d’une métropole en appui : le sinistre est ailleurs, l’hébergement est chez elle.

Quels lieux retenir — et lesquels écarter ?

Un bon centre d’accueil n’est pas le plus grand bâtiment disponible, c’est le plus rapidement armable.

Les critères qui comptent réellement :

  • accès et stationnement pour bus d’évacuation, véhicules personnels et livraisons ;
  • sanitaires en nombre, et une solution de douches à proximité immédiate (un gymnase voisin suffit souvent) ;
  • cuisine ou zone de restauration collective, même sommaire ;
  • cloisonnement possible : familles, personnes âgées, personnes malades, animaux ;
  • couverture réseau — sans data, ni le registre ni les plannings ne tiennent ;
  • sécurité incendie et capacité ERP compatible avec un usage de nuit.

À écarter en priorité : les bâtiments scolaires en période de rentrée, les sites sans sanitaires nocturnes, et tout lieu situé dans une zone susceptible d’être elle-même évacuée à 24 h.

N’oubliez pas les animaux

C’est le premier motif de refus d’évacuation. Prévoir un espace animalier séparé, avec eau et contention, augmente mécaniquement le taux d’évacuation spontanée. Les métropoles qui l’ont fait en 2026 l’ont toutes constaté.

Check-list H+0 → H+6 : l’armement initial

  • Décision d’ouverture tracée (arrêté ou main courante horodatée), préfecture informée
  • Référent de site désigné, nommément, avec un numéro joignable 24 h/24
  • Alerte envoyée à la réserve communale de sécurité civile et aux agents volontaires
  • Premier créneau armé : accueil / orientation, restauration, logistique, référent
  • Registre d’entrée ouvert (papier ET numérique — voir plus bas)
  • Point d’eau, sanitaires, éclairage de nuit vérifiés
  • Liaison établie avec le SDIS, le SAMU et l’association agréée de sécurité civile présente
  • Signalétique posée depuis la voirie jusqu’à la porte d’entrée

Check-list H+6 → H+24 : tenir la première nuit

  • Planning des vacations nuit et lendemain matin publié, nominatif
  • Relève du référent de site organisée (personne ne tient 24 h)
  • Couchage : lits pliants, matelas, couvertures — quantité comptée, pas estimée
  • Restauration : au moins un repas chaud et une boisson chaude planifiés
  • Point médical : présence secouriste, circuit d’évacuation sanitaire, pharmacie de base
  • Cellule information des familles : un numéro unique communiqué, pas cinq
  • Gestion des dons : point de collecte identifié, tri, refus explicite du hors-besoin
  • Premier point de situation écrit transmis à la cellule de crise

Check-list J+1 → J+3 : passer du réflexe à l’organisation

  • Rotation d’équipes sur 7 jours construite, avec doublure sur chaque poste clé
  • Suivi des heures des intervenants (bénévoles compris) pour éviter l’épuisement
  • Recensement consolidé des personnes hébergées et de leurs besoins spécifiques
  • Solutions de sortie : relogement, familles d’accueil, retour au domicile par zones
  • Approvisionnement en flux : ce qui manque, où, sous combien d’heures
  • Soutien psychologique proposé (CUMP, associations agréées)
  • Main courante tenue en continu — elle servira au RETEX et aux assurances

Combien de personnes faut-il pour armer un centre ?

Il n’existe pas de ratio réglementaire. Les ordres de grandeur constatés sur les dispositifs récents, pour un centre de 300 personnes accueillies, tournent autour de :

FonctionEffectif par vacation (jour)Nuit
Référent de site11
Accueil / enregistrement3 à 41 à 2
Restauration4 à 61
Logistique / couchage2 à 31
Secourisme2 (binôme)2 (binôme)
Information / social21

Soit environ 14 à 18 personnes en journée et 7 à 8 la nuit. Sur des vacations de 6 à 8 heures, un centre de cette taille consomme donc 35 à 45 personnes par 24 heures. Un centre à 3 000 places n’en demande pas dix fois plus, mais rarement moins de quatre fois.

C’est ce calcul, fait à froid, qui détermine la taille du vivier à constituer avant la saison à risque.

Les cinq pièges classiques

  1. Ouvrir sans planning. Les vingt premiers volontaires arrivent spontanément, tiennent 14 heures, et il n’y a personne à 3 h du matin.
  2. Compter sur le téléphone. Une chaîne d’appels pour armer trois centres consomme un agent à plein temps et produit des doublons.
  3. Mélanger les statuts sans les tracer. Réservistes, agents territoriaux, bénévoles associatifs et spontanés n’ont ni la même assurance, ni le même cadre de responsabilité. Il faut savoir qui est qui.
  4. Ne pas fermer le registre d’entrée. Sans recensement fiable, impossible de répondre aux familles ni de dimensionner les repas.
  5. Oublier le RETEX. Les données de crise s’évaporent en trois semaines si elles ne sont pas produites par l’outil du quotidien.

À retenir

  • Le centre d’accueil relève du PCS/PICS et s’ouvre sous l’autorité du maire, en lien avec l’ORSEC.
  • La contrainte dimensionnante n’est pas le bâtiment, c’est l’armement humain en continu.
  • Un centre de 300 places mobilise de l’ordre de 35 à 45 personnes par tranche de 24 heures.
  • Le vivier de bénévoles et de réservistes se constitue avant la crise, jamais pendant.
  • Registre d’entrée, planning de vacations et main courante sont les trois documents qui font tenir le dispositif.

FAQ centre d’accueil des évacués

Quelle différence entre centre d’accueil et hébergement d’urgence ?

Le centre d’accueil est un dispositif de sécurité civile, temporaire, ouvert dans l’urgence d’un événement (feu, inondation, accident technologique) et fermé dès que la situation le permet. L’hébergement d’urgence au sens social relève d’un autre circuit, piloté par l’État et les SIAO, avec des durées bien plus longues. Les deux se croisent quand des évacués ne peuvent pas rentrer chez eux.

Faut-il un arrêté municipal pour ouvrir un centre d’accueil ?

L’ouverture peut être décidée sans formalisme préalable en situation d’urgence, mais la décision doit être tracée : main courante horodatée, information immédiate de la préfecture, et arrêté régularisé lorsque des réquisitions de locaux ou de moyens sont nécessaires.

Qui prend en charge le coût du centre d’accueil ?

Les dépenses engagées par la commune ou l’EPCI dans le cadre de leurs pouvoirs de police restent en principe à leur charge, avec des dispositifs de compensation possibles selon la nature de l’événement (reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, fonds de solidarité, prise en charge par l’État des moyens qu’il engage). La traçabilité fine des heures et des moyens conditionne toute demande ultérieure.

Les bénévoles spontanés peuvent-ils être acceptés ?

Oui, et ils arrivent de toute façon. La bonne pratique est de les enregistrer à l’entrée, de les affecter nommément à un poste et un créneau, et de les intégrer à la réserve communale lorsque c’est possible — ce qui règle la question de la couverture assurantielle pour les missions suivantes.

Combien de temps un centre d’accueil reste-t-il ouvert ?

De quelques heures à plusieurs semaines. Les feux de forêt produisent souvent des ouvertures courtes mais massives, avec des retours par zones dès la levée des interdictions. Il faut néanmoins construire le planning sur au moins sept jours dès J+1 : redescendre un dispositif est facile, le prolonger dans l’improvisation ne l’est pas.

Armer vos centres d’accueil avec eBrigade

Ouvrir un centre, c’est publier un planning de vacations, alerter les bonnes personnes, pointer les présences et suivre le matériel — le tout pendant que la situation change toutes les deux heures. eBrigade (ebrigade.app) est utilisé pour cela par des réserves communales, des métropoles et des associations agréées de sécurité civile : alerte ciblée par compétence et par secteur, planning par site et par créneau, pointage mobile, suivi des ressources et export RETEX. Bordeaux Métropole s’en sert pour piloter ses centres d’accueil pendant les incendies de Gironde de juillet 2026. Voir aussi notre article sur la mobilisation rapide d’une réserve communale et le logiciel de réserve communale de sécurité civile.

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