Par Manon · Rédactrice eBrigade · Publié le 6 septembre 2026
Guide intoxication au monoxyde de carbone : réflexes SSIAP
Une chaudière défaillante, un groupe électrogène ou un chauffage d’appoint peut transformer un malaise apparemment banal en urgence collective. Face à une intoxication au monoxyde de carbone, le chef d’équipe SSIAP doit protéger sans exposer ses agents, évacuer, transmettre une alerte précise et préserver la traçabilité de l’événement.
L’intoxication au monoxyde de carbone désigne l’exposition à un gaz toxique, incolore et inodore issu d’une combustion incomplète. En ERP, plusieurs personnes présentant simultanément maux de tête, nausées, vertiges, faiblesse ou troubles de la conscience doivent faire suspecter une source commune et déclencher une évacuation ainsi qu’un appel immédiat aux secours.
Ce guide opérationnel complète le guide pilier des premiers secours SSIAP en ERP avec une conduite ciblée sur le risque CO, depuis les premiers indices jusqu’à la réouverture des locaux.
À retenir
- Suspectez le monoxyde de carbone devant des symptômes groupés près d’un appareil à combustion.
- N’entrez pas dans une zone potentiellement contaminée sans équipement et compétence adaptés.
- Aérez et coupez l’appareil uniquement si ces actions sont immédiatement accessibles et sans danger.
- Évacuez, appelez le 15, le 18 ou le 112 et interdisez la réintégration.
- Consignez les faits, pas un diagnostic médical, dans la main courante.
1. Comment reconnaître une intoxication au monoxyde de carbone ?
Une intoxication au monoxyde de carbone doit être suspectée lorsque plusieurs occupants d’une même zone présentent des symptômes similaires, surtout à proximité d’une combustion. L’absence d’odeur ou de fumée n’exclut jamais le danger, car le monoxyde de carbone ne se voit pas et ne se sent pas.
Les indices à croiser sont les suivants :
- maux de tête, vertiges ou faiblesse musculaire ;
- nausées, vomissements ou douleurs abdominales ;
- somnolence, confusion, comportement inhabituel ou difficulté à se concentrer ;
- malaise, douleur thoracique, convulsions ou perte de connaissance dans les formes graves ;
- symptômes touchant plusieurs personnes dans une même salle ;
- amélioration rapportée après la sortie du bâtiment ;
- chaudière, poêle, chauffage mobile, moteur thermique, groupe électrogène ou brasero à proximité.
Le chef d’équipe ne pose pas de diagnostic. Il recueille les signes observables, recherche une source possible sans s’exposer et traite le doute comme sérieux. Une alarme de détecteur CO constitue également un signal d’évacuation, même si personne ne se plaint encore.
2. Comment protéger les occupants sans exposer l’équipe SSIAP ?
La priorité consiste à soustraire les personnes à l’atmosphère suspecte tout en évitant un suraccident parmi les agents SSIAP. Une victime ne doit pas être récupérée dans une zone dangereuse par un agent dépourvu d’appareil respiratoire isolant, de formation et de procédure autorisant cette intervention.
Appliquez cette séquence :
- Faites évacuer vers l’air libre par un chemin qui n’impose pas de traverser la zone suspecte.
- Éloignez le point de rassemblement des ouvrants, sorties de ventilation et rejets de combustion.
- Ouvrez portes et fenêtres seulement si elles sont accessibles sans pénétrer ni rester dans la zone contaminée.
- Arrêtez l’appareil à combustion uniquement si la commande est identifiable, immédiatement accessible et manœuvrable sans risque.
- Barrez l’accès et affectez un agent à l’accueil des sapeurs-pompiers.
Le ministère chargé de la Santé recommande d’aérer, d’arrêter si possible les appareils à combustion, d’évacuer puis d’appeler les secours. La formulation « si possible » est décisive : elle n’autorise ni reconnaissance prolongée ni sauvetage improvisé. Pour structurer le déplacement des occupants, utilisez aussi la procédure d’évacuation d’un ERP et de coordination avec les pompiers.
3. Quelles informations transmettre au 15, au 18 ou au 112 ?
L’alerte doit donner immédiatement l’adresse exacte, le nombre estimé de personnes exposées, leur état, la zone concernée et la source de combustion supposée. Le chef d’équipe SSIAP doit ensuite répondre aux questions de l’opérateur et ne raccrocher que sur instruction.
Préparez un message court :
« Ici le poste de sécurité de [nom et adresse de l’ERP]. Suspicion de monoxyde de carbone dans [zone]. [Nombre] personnes présentent [signes observés], dont [nombre] inconscientes. L’évacuation est en cours. La source possible est [appareil]. L’accès secours se fait par [entrée]. Je reste joignable au [numéro]. »
Répartissez ensuite les rôles : un agent guide les secours, un autre maintient le périmètre, tandis que le chef d’équipe centralise le comptage et les informations. Transmettez notamment l’heure d’apparition des signes, la durée d’exposition estimée, les locaux traversés et les actions déjà réalisées. Signalez spontanément toute femme enceinte, tout nourrisson ou toute personne âgée parmi les exposés, populations auxquelles le ministère recommande une attention particulière.
4. Comment prendre en charge les victimes en zone sûre ?
En zone sûre, les victimes doivent rester au repos, être surveillées et bénéficier des gestes correspondant à leur état jusqu’à l’arrivée des secours. L’administration d’oxygène relève des intervenants formés, habilités et dotés du matériel prévu par leur référentiel ; elle ne remplace jamais l’alerte médicale.
Utilisez cette grille sans retarder l’appel :
| État observé | Action immédiate en zone sûre | Information prioritaire |
|---|---|---|
| Consciente, respire | Installer au repos, rassurer, surveiller | Symptômes, heure de début, exposition |
| Inconsciente, respire | Libérer les voies aériennes, placer en position latérale de sécurité, surveiller | Évolution de la conscience et respiration |
| Ne respire pas normalement | Commencer la réanimation cardio-pulmonaire et utiliser le DAE selon la formation | Heure du constat et gestes entrepris |
| Plusieurs personnes atteintes | Regrouper sans mélanger exposés et public indemne, compter, identifier | Nombre total et gravité apparente |
Le pouls oxymètre courant ne permet pas d’écarter à lui seul une intoxication au CO : ne rassurez jamais une victime sur la seule base d’une saturation affichée. L’évaluation médicale reste nécessaire, y compris lorsqu’une personne se sent mieux après être sortie. La fiche toxicologique de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) préconise un transfert hospitalier par les secours d’urgence et une oxygénation aussi précoce que possible par les intervenants compétents.
5. Comment sécuriser la réouverture et tracer l’incident ?
La réintégration est interdite tant que les sapeurs-pompiers ou un professionnel qualifié n’ont pas déclaré les locaux accessibles. Le chef d’équipe SSIAP conserve le périmètre, fait neutraliser l’équipement en cause selon les consignes reçues et documente la chronologie utile au suivi technique et au retour d’expérience.
La main courante doit contenir :
- l’heure de la première alerte et l’identité fonctionnelle du signalant ;
- le lieu précis, les signes constatés et le nombre évolutif de personnes concernées ;
- les horaires d’évacuation, d’appel et d’arrivée des secours ;
- les décisions prises, appareils arrêtés et accès condamnés ;
- les noms ou fonctions des services et responsables destinataires ;
- l’heure, l’auteur et les conditions de toute autorisation de réintégration ;
- les anomalies techniques orientées vers la maintenance.
Écrivez « trois personnes signalent des céphalées dans la chaufferie » plutôt que « trois personnes intoxiquées » : la première formulation décrit un fait vérifiable, la seconde affirme un diagnostic. La méthode rejoint les bonnes pratiques de rédaction d’une main courante SSIAP et de levée de doute en ERP.
Après l’urgence, organisez un retour d’expérience court : origine probable, fonctionnement de l’alerte, délai d’évacuation, qualité du comptage, accès des secours et écarts à la consigne. Mettez ensuite à jour la consigne, la formation et les vérifications techniques concernées.
Checklist prête à intégrer au poste de sécurité
La checklist CO doit tenir sur une page et rester accessible même en cas d’indisponibilité du réseau. Elle doit guider l’action sans remplacer les consignes de l’établissement ni les instructions des secours.
- Symptômes groupés ou alarme CO identifiés
- Zone suspecte non pénétrée sans protection adaptée
- Évacuation vers une zone réellement sûre déclenchée
- Aération et coupure réalisées seulement si sans danger
- Appel au 15, 18 ou 112 effectué
- Nombre et état des victimes transmis
- Accès secours dégagé et agent d’accueil désigné
- Réintégration interdite jusqu’à autorisation
- Chronologie et décisions enregistrées
- Maintenance et RETEX ouverts après l’événement
FAQ sur l’intoxication au monoxyde de carbone en ERP
Une odeur inhabituelle permet-elle de détecter le monoxyde de carbone ?
Non. Le monoxyde de carbone est incolore et inodore. Une odeur peut signaler un autre produit de combustion ou une défaillance, mais son absence ne permet jamais d’écarter une intoxication.
Un agent SSIAP peut-il entrer pour chercher une victime ?
Un agent SSIAP ne doit pas pénétrer dans une atmosphère potentiellement toxique sans protection respiratoire, formation, équipement et procédure adaptés. L’engagement non protégé peut ajouter un sauveteur aux victimes ; il faut évacuer ce qui peut l’être sans exposition et renseigner immédiatement les sapeurs-pompiers.
Quel numéro appeler en cas de suspicion de CO ?
En France, appelez le 15, le 18 ou le 112. Le ministère chargé de la Santé recommande cet appel après avoir aéré, arrêté si possible les appareils à combustion et évacué les locaux.
Peut-on réintégrer lorsque les symptômes disparaissent ?
Non. L’amélioration à l’extérieur renforce même la suspicion d’une exposition liée au bâtiment. La réintégration attend l’avis des sapeurs-pompiers ou d’un professionnel qualifié et la suppression du danger.
Faut-il consigner les noms des victimes dans la main courante ?
La main courante doit limiter les données personnelles au strict besoin opérationnel et aux règles internes de l’établissement. Consignez en priorité les faits, les effectifs, les horaires et les décisions ; transmettez les données médicales sensibles uniquement aux destinataires habilités.
Faire vivre la procédure au quotidien
Une procédure CO efficace repose sur trois preuves : des agents affectés et formés, une consigne accessible, et une chronologie exploitable après l’événement. Un exercice annuel ciblé avant la saison de chauffe permet de tester les itinéraires, le point de rassemblement, l’accueil des secours et le fonctionnement hors réseau.
Pour appliquer ces réflexes sans disperser les informations, eBrigade peut centraliser les plannings SSIAP, les habilitations, les consignes, les affectations et la main courante numérique. Le chef d’équipe dispose ainsi d’un outil concret pour savoir qui est opérationnel, horodater les décisions et transformer chaque retour d’expérience en action suivie.
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